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Le blog de Maroudiji

Les grands enjeux de société et les idées qui en font la trame, avec humour, passion et gravité.

Les frontières de l'humain. Henri Atlan et le refus de l’Inde

Les frontières de l'humain. Henri Atlan

  Henri Atlan pense que les hommes, par leur génie, ont fait tomber des barrières du savoir, ces barrières qui empêchaient autrefois de comprendre le fonctionnement des lois de la nature. En deux mots, l'intelligence s'étoffe, work is in progress. Il fait penser à Noah Harari dont j'ai écrit à son propos quelques mots et qui croit, lui-aussi, dur comme fer que l'humanité est le produit de l'évolution des atomes. Littéralement. Il donne d'ailleurs des exemples de ces constructions mécaniques, bien que primaires et qu'elles n'ont jamais conduit à un semblant de vie: «Ainsi, écrit-il dans cet essai et répète à l'envi sur toutes les antennes, un assemblage de molécules, peut dans certaines conditions, s’auto-organiser et présenter des propriétés du vivant, bien qu’aucune des molécules qui le constituent ne soit vivantes.» Démonstration sophistique et éculée dont les scientifiques de sa trempe abusent sans complexe, et il ajoute pour bien enfoncer le clou: «Il est important de souligner que ces phénomènes d'émergence et d’auto-organisation sont mécaniques et que nous n'avons pas besoin de faire appel à des propriétés mystérieuses de la vie.» Depuis plus de quarante ans, je lis et j'entends cette présomption qui ressort du bluff. Les mystères qui constituent l'origine de la création du monde et de la vie humaine en particulier demeurent entiers.

  Les juifs à l'instar de Harari et d’Atlan sont très portés sur le progrès technologique, en l’occurrence la biotechnologie. Ce dernier écrit que «les anciennes classifications ont perdu de leur pertinence. [...] En particulier, la notion même d'humanité, qui distinguerait l'humain du non-humain.» Voilà ce que c'est lorsqu'on ignore l’Inde: on se perd en conjectures au nom de la science. Ce sophisme laisse entendre que le savoir des Grecs, les anciennes classifications, surpassaient tous les autres savoirs et que l’Occident en a été le maître incontesté. Ce qui est faux et prouve qu'en 2007 il n'y a pas eu de progrès dans la correction de cette dérive nauséabonde. Il est de notoriété publique que les hindous ne pratiquaient pas de distinction catégorique entre les humains et les ”choses”. Ils ont toujours considéré que certaines pierres, les diamants entre autres, étaient vivantes et qu'elles généraient des énergies, positives ou négatives. Ils pensaient que les montagnes étaient vivantes. Qu'elles avaient une âme, comme les arbres ou les chiens. À légal des hommes. En tant que scientifique réputé, Atlan induit malheureusement ses lecteurs en erreur lorsqu'il écrit: «Mais on sent bien qu'il y a là une grande confusion, qu’entretient un va-et-vient incessant entre des notions relativement récentes produites par les sciences biologiques et des notions plus anciennes qui ne les recouvrent pas —vie, embryon, conscience, humanité... Les définitions anciennes ne sont plus pertinentes.»
  Ce n'est pas parce que les juifs, les Grecs ou les Egyptiens ne connaissaient pas le développement d'un embryon dans le ventre d'une femme que cette ignorance était le lot de l'humanité. Atlan a de surcroît la manie de se référer à la Bible pour comparer l'évolution de la science: les «douleurs de l’enfantement signeraient d'une certaine façon la fin de la malédiction biblique du premier couple humain.» Albert Camus prônait plus de rigueur et d'intégrité. Il disait: «L'honnêteté consiste à juger une doctrine par ses sommets, non pas par ses sous-produits.» Car si l'on n’a pas visité deux marchés, on ne peut pas savoir lequel est le meilleur, voilà un crédo que les scientifiques devraient adopter sans retenue. 

  Que ceux qui veulent apprendre sachent que des milliers d'années avant J.-C., les sages hindous donnaient la description scientifique d'un embryon humain et de son évolution dans des compositions savantes et littératures orales, notamment le Bhagavat-Purana. Je vous traduis un extrait. Ce sont à l'origine quatre versets en sanskrit: 
  «Sous la supervision de Dieu, l’entité vivante, l’âme, est conçue pour entrer dans le ventre d’une femme grâce à la particule d’un sperme masculin et assume un type particulier de corps. 
—La première nuit, le sperme et l’ovule se mélangent. À la cinquième nuit, le mélange fermente en une bulle. La dixième nuit, il se développe en une forme de la grosseur d’une prune. Et après cela, il se transforme progressivement en une boule de chair.
—Au bout d’un mois, la tête est formée, et au second c'est le tour des mains, des pieds et des autres membres. Au troisième mois, les ongles, les doigts, les orteils, les poils, les os et la peau apparaissent, ainsi que l’organe de la génération et les autres orifices du corps, à savoir les yeux, les narines, les oreilles, la bouche et l’anus. 
—Dans les quatre mois suivant la conception, les sept ingrédients essentiels du corps, à savoir le chyle, le sang, la chair, la graisse, les os, la moelle et le sperme, naissent. Au bout de cinq mois, la faim et la soif se font sentir, et au bout de six mois, le fœtus, enfermé par l’amnion, commence à se déplacer sur le côté droit de l’abdomen.» 

  Les hindous savaient —il suffit de lire leur littérature— que l'enfant dans le ventre de sa mère percevait les sons et s'en familiarisait. À sa naissance, il reconnaissait la voix de son père ou la musique qu'il avait l'habitude d'entendre en tant que fœtus. Tout cela est expliqué dans ces textes, et plus encore. Mais les intellectuels feignent de l’ignorer et les dédaignent. C'est ainsi qu'ils exercent leur science. Si vous leur apportez ces éléments d'information, ils se moquent de vous, ouvertement. Lorsqu'ils réalisent leur ignorance, lorsque les évidences se démocratisent à leur corps défendant, le manque d'humilité les empêche de changer de perspective. Ils s'obstinent dans leurs convictions et leur athéisme. Henri Atlan est biologiste et philosophe. Il est directeur d'études à l’École des hautes études en sciences sociales à Paris et il croit plus que jamais, encore en 2021, que la matière produit la vie, ce qui va à l'encontre de toutes les évidences. Il écrit en conséquence: «Car l'explication du monde est maintenant étendue au vivant: il n'est plus nécessaire d'invoquer une âme immatérielle pour comprendre les activités des corps vivants.» Les nouvelles générations d'historiens et d'enseignants, à l'image de Noah Harari, sont le produit de cette pensée: nous étions des hommes-animaux et nous allons devenir des hommes-machines, grâce à la science.▪︎

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