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Publié par Laziz

Le texte suivant est tiré du Mahabharata.
Pour lire l'épisode précédent :

Machiavélique avant la lettre

Cette histoire, telles qu'on les trouve dans le Panchatantra, est racontée dans le Mahabharata par le ministre de Dhritarastra. Elle met en scène un chacal vivant dans la forêt, respecté pour son intelligence et sa connaissance des sciences politiques. Ce sage d'entre les animaux avait quatre amis, un tigre, une souris, un loup et une mangouste.

Un jour, alors qu’ils étaient réunis, ils virent un cerf qui passait régulièrement par là et son odeur, poussée par le vent, leur donna l’eau à la bouche. Pour calmer la frénésie qui s’était emparée d’eux, le chacal attira leur attention sur la nécessité d'élaborer un plan pour venir à bout du ruminant s’ils voulaient s'en lécher les babines. Ainsi, demain même ils pourraient déguster sa chair! Le tigre, le loup, la souris et la mangouste approuvèrent à l’unisson. Le chacal leur dit alors : c’est un grand animal, il est jeune et plein de vie, même le tigre ne court plus derrière lui tellement il est rapide et malin. Le tigre hocha la tête en signe d’approbation et fut tout ouïe pour la suite de l'entretien. Le chacal proposa de conjuguer toutes leurs forces afin de tendre un piège au cerf; ensuite ils se partageraient la carcasse.

Les animaux n'éprouvèrent aucune difficulté à se mettre d’accord mais ils se demandaient comment ils allaient s’y prendre pour arriver à leur fin. C’était un gros problème car dès qu’ils s’en approchaient, le cerf s’enfuyait et la proie leur échappait. Le chacal, intelligent et rusé, leur révéla la manière de procéder. La souris peut facilement approcher le cerf dans son sommeil. Elle lui rongera les sabots afin que, surpris par le loup, il se mettra à galoper, mais mal. -Génial!

Le tigre, sans plus d'explication, avait tout de suite comprit le rôle qu'il avait à jouer. Ils mirent immédiatement le plan à exécution. Les calculs et les prédictions du chacal fonctionnèrent à merveille. Le cerf ne put échapper à leur stratagème. Et, pendant un instant, devant l’animal gisant sur le sol en chair et en os et le travail bien accompli, une onde de plaisir les traversa de part en part. Et le chacal, extatique, de s’exclamer : bien joué! Les yeux fixés sur le cadavre, il leur enjoignit d’aller se baigner à la rivière, d’ici là il aura réfléchi sur la marche à suivre.

Sur ce, les compères s’en allèrent à l’eau pour leurs ablutions et se rafraîchir. Le chacal s’assit auprès de la carcasse et se mit à penser. Il resta ainsi jusqu’à ce que le tigre qui, de par sa force, était déjà de retour, bavant de plaisir. Quand il vit le chacal absorbé dans ses réflexions il lui dit :
-Tu deviens triste à trop penser,
c’est l’occasion d’être heureux, nous allons festoyer!
-Écoute-moi avant de te jeter sur la carcasse, lui
répondit le chacal, tu sais ce qu’à dit la souris? Que c’est par la force de ses membres qu’elle a tué le cerf, c’est grâce à elle que le tigre va pouvoir manger sa part! Alors je me suis dit, devant cette arrogance: "je ne toucherai pas à cette viande dans ce cas, tant de vanité me dégoûte!'' Voilà à quoi je pensais à l'instant. Le tigre interjeta :
-Si c’est ce que la souris a dit et bien je ne mangerais pas de cette viande! À l'avenir je ne dépendrai que de mes forces pour attraper ma proie.

Cela dit, il s’en alla. Et le chacal réussit à tromper son auditoire de cette manière sournoise, le loup, la souris et la mangouste. « Il n’y a pas eu de crocs et de griffes pour se départager le butin » continua le ministre de Dhritarastra.

Le roi Dhritarastra MahabharataQuand ils furent tous partis, le chacal se félicita de l’efficacité de sa politique et il mangea tout seul la viande. C’est ainsi que doit agir un roi s’il veut être heureux. Kanika conseilla longuement celui-ci. « Que ce soit ton fils, ton ami, ton frère, ton père ou même ton maître spirituel, s’il te barre le chemin dans ton désir de prospérité, écrase-le sans scrupules. Peu importe les moyens, par l’argent ou le poison, les cadeaux ou la magie, peu importe, élimine-le ! »

Dhritarastra écoutait, pensif. Il écoutait ce même conseiller qui avait été le cerveau derrière l’incendie de la maison de laque.

Pour lire la suite :

Le début du récit du Mahabharata :

Mahabharata: des animaux et de la morale

La Fontaine et les fables de Bilpai

Voici un joli texte trouvé sur le Web
La Fontaine et les fables de BilpaiLes apologues de Bidpaï sont les plus anciens que l'on connaisse dans ce genre, et Bidpaï aurait été un brachmane Indien.

     Le nom de Bidpaï est assez connu, grâce à La Fontaine. Bidpaï est le nom d'un philosophe indien, auquel les Persans et les Arabes ont attribué un recueil d'apologues intitulé par eux, Calila et Dimna, recueil très célèbre en Orient, et qui a été traduit en latin dès le XIIIe siècle de notre ère.

     L'invention de l'apologue se perd dans la nuit des temps. L'idée de cacher un précepte utile sous le voile de l'allégorie, et de rendre plus sensible une vérité morale en l'appuyant sur une fiction ingénieuse, se retrouve chez tous les peuples de l'antiquité; mais c'est en Orient, et peut-être particulièrement dans l'Inde, qu'il faut chercher l'origine de cette invention.

    Bidpaï est celui qui fit connaître dans tout l'Orient et plus-tard en Occident ce genre de fables mettant en scène des animaux pour parler aux humains. En effet, dans un pays où parmi les croyances se trouve le dogme de la métempsychose, où l'on attribue aux animaux une âme semblable à celle de l'homme, il était naturel de leur prêter les idées, les passions et le langage de l'espèce humaine.

    Les recueils d'apologues et de sentences morales étaient très recherchés au moyen âge qu'ils ne le sont aujourd'hui, et les nombreuses imitations des livres de Bidpaï furent nombreuses. Il a vécu sous un roi puissant, dont il fut le premier ministre, ce qui démontre aussi que son pays était assez civilisé depuis longtemps.

  Il faudrait reconnaître que les Indiens jouissent dans ce genre  de litterature d'une haute supériorité; chez les Indiens, en effet, au lieu d'être un récit isolé, l'apologue est un traité complet de politique et de morale, et qui a une forme presque toujours dramatique. Dans les livres indiens, une fiction principale encadre plusieurs fables ou contes débités par les premiers personnages que les situations amènent dans ces récits ; ces fables sont en prose et semées de vers sentencieux, empruntés aux légendes héroïques ou sacrées et aux drames dans leurs poésies.

 

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