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Publié par Laziz

Marc Augé, le tueur des dieuxJe lis ce qui suit dans Le Point : « Nous pourrions faire l’expérience d’un monde sans Dieu. Nous réglerions ainsi l’un des problèmes fondamentaux de l’humanité : la violence exercée au nom de Dieu. » Si cela avait été la réflexion d’un internaute quelconque sur un site de discussions j’aurai trouvé que cela en reflète bien l’esprit, car on peut y dire tout et son contraire. Malheureusement ce n’est pas le cas puisque Marc Augé est un  anthropologue, successeur de Fernand Braudel et François Furet à la tête de l’École des hautes études en sciences sociales. Oui, cette balourdise est de son cru. Un lycéen de 16 ans aurait commis une niaiserie similaire, on aurait mis son professeur sur la sellette.

« Un monde apaisé délivré de la croyance en Dieu. » C’est le titre de l’interview. Si cette utopie sans queue ni tête n’est pas une sottise innommable à quoi rime-t-elle autrement qu’à accentuer l’institutionnalisation de la haine d’une partie de la population envers l’autre ? Et ce distingué fonctionnaire parle de régler la violence. Après on se demande pourquoi il y a des individus frustrés qui ne se retrouvent plus dans ce modèle de société que l’on nomme « démocratie » !

Pourtant, on nous débite confusément que l’on veut une société soi-disant laïque, ce qui laisse entendre par là qu’il s’agit d’un concept sociétal juste et équilibré où on a séparé le religieux de l’État par souci du bien vivre ensemble.

C’est gros comme le nez au milieu de la figure mais l’idée passe comme une lettre à la poste. On se croirait encore à l’époque où les marxistes squattaient les places d’autorité dans la République et durant laquelle les slogans « Dieu est mort » et « Ni maître ni dieu » étaient scandés sans gêne par des allumés.

Plus haut monte le singe, plus il montre son cul.

Plus haut monte le singe, plus il montre son cul.

L’interview commence par cette question du Point : On a l’impression, à vous lire, que l’existence de Dieu relève des neurosciences.

Augé : Ce que nous croyons est le produit de notre cerveau.

Quand je vous parlais plus haut de forum de discussions voici ce qu’écrivait un participant dans la rubrique Science : « Le mammifère doit surtout le développement de son intelligence à la faiblesse de sa constitution, une condition sine qua non pour survivre dans un monde hostile ! »

Du darwinisme en barre, pilier de l’athéisme moderne. Avant Darwin, l’évolutionniste Lavoisier disait « la fonction crée l’organe ». Je ne suis pas certain s’il a expliqué cela exactement ainsi (et je m’en moque) mais c’est ce que tout le monde croit et répète. Car selon la théorie de l’évolution, les êtres se transforment en allant du têtard jusqu’à l’homme grâce au hasard qui fait mieux les choses qu’un Dieu hypothétique, raisonnement soi-disant scientifique qui a fait florès.

Toujours selon Le Point, dans un autre numéroˡ, le monde est en progrès, c’est mieux aujourd’hui qu’avant à ce qu’il paraît. Hélas, ce n’est pas évident pour tout le monde… Ceux qui ne ressentent et ne voient pas les choses de la sorte font partie des perdants, de ceux qui n’ont pas su évoluer ou s’adapter, qui ont raté le train.  

Nous y reviendrons dans un autre article, pour l’instant consacrons-nous sur l’interview de ce directeur de l’École des hautes études en sciences sociales. Il dit : « Ce que nous croyons est le produit de notre cerveau. » Trois petits points de suspension…

Le fait de penser que Krishna, Dieu, l’Être suprême, est celui qui s’exprime dans la Bhagavad-gita ou de le peindre avec une plume de paon sur la tête est-ce le produit de mon cerveau ? Bien sûr que non. Tout cela existait objectivement bien avant que je ne vienne en ce monde. Les croyances religieuses et les objets tout autour de moi ne sont pas les conséquences de ma subjectivité.

Le ton est donné. C’est la conception de la neutralité
de l’enseignement dans une démocratie laïque

Comme Marc Augé est un champion sciences sociales, il a voulu renforcer son point de vue positiviste en citant des expériences conduites sur des religieux à l’université de Pennsylvanie : « Lorsque les expériences mystiques commencent… » Les expériences mystiques, dans une université ! quésaco ?

Bref, Augé explique que les savants se rendent compte que l’information provenant des sens se perd et ce qui en résulte est « une dissolution dans le vide absolu ». Le vide absolu… Qu’est-ce qu’en science le vide absolu ? Le néant des philosophes ? Il le suggère à travers « une discipline appelée neurothéologie » dont voici la conclusion : cette dissolution « peut être interprétée par certains esprits religieux comme la manifestation du Dieu tout-puissant des monothéistes, l’Un des néoplatoniciens ou le Brahma des hindouistes. »

Alors là, j’ai mon voyage ! comme on dit en bon québécois. Le Brahma des hindouistes ! D’abord ce n’est pas le Brahma mais le Brahman, nuance, mais bon, on ne va pas chipoter ici (sourire), je retiens seulement, et favorablement, qu’un hebdomadaire destiné aux français fait mention d’une spiritualité chez les hindous qui s’apparente à la nôtre. À cela près que le Brahman n’a absolument rien à voir avec le vide. Ne pas confondre le nirvana des bouddhistes avec le brahman. Moralité : connaître son ignorance est la meilleure part de la connaissance.

Heureusement, la référence n’est pas sérieuse, ce n’est que littérature iconoclaste pour meubler son récent livre : La sacrée semaine qui vient de changer la face du monde. Il s’en explique du même souffle : « Mais ce roman n’est pas un traité de neurosciences : il me fallait étayer mon histoire sur une expérience qui ne soit pas totalement fantaisiste. » À côté de ces lignes, il y a une caricature où un dessinateur, Antoine Moreau-Dussault, représente Marc Augé en élagueur, tronçonneuse en mains, s’apprêtant à décapiter un totem composé de quatre têtes : Jésus, Mahomet, Bouddha et une païenne. Le ton est donné.

Twee : ce n'est que littérature

C’est notre conception de la neutralité dans une démocratie laïque. Elle est un leurre. Ce mythe pacificateur prend racine dans le mouvement humaniste des Lumières. Les tenants de cette idéologie se voulurent plus royalistes que le roi et s’inventèrent un idéal noble: la Déclaration des droits de l’homme. Marc Augé est un agent de la face sombre de cette utopie : la justice et l’égalité pour tous ; sombres et confuses entités, comme le sont d’ailleurs les idées de progrès, de démocratie ou de laïcité.

Mettre en doute la pureté de leur représentation et de leur intention est souvent, encore aujourd’hui, un sacrilège qui soulève l’ire de leurs défenseurs les plus conservateurs.

Comme je l’ai expliqué avec l’histoire de la démocratie, critiquer celle-ci, même pour l’améliorer, que ce fût dans la Grèce antique, en Amérique ou en France au XVIII siècle, hypothéquait sérieusement sa vie.
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1. Le Point, mai 2016 # 2280   

La Déclaration des droits de la femme

« Ce public et ces hommes -de pouvoir et de savoir- n’existent plus,
et par conséquent le savoir n’a pas de valeur démocratique
dans l’Amérique actuelle. »
C.Wrigth Mills

L’humanisme n’est pas une panacée universelle, elle s’est imposée comme telle par des hommes de la trempe de Marc Augé. Ils poursuivent un but, celui de modeler les hommes et les femmes du monde entier selon une justice dont ils sont persuadés qu’elle transcende les cultures et les religions. Écoutez-le : « Or les droits de l’homme ne sont pas une particularité européenne. Tels qu’ils ont été d’abord formulés au XVIIIe siècle, ils concernent l’espèce humaine et transcendent les différences culturelles. »

Comment ça ils ne sont pas une particularité européenne ? Cette constitution, elle est même française, si je ne m’abuse. Rousseau, Montesquieu et Voltaire sont français, non ? Faut-il rappeler les guerres coloniales qui ont suivi ces vœux pieux de justice et d’égalité après l’élaboration de ces déclarations ? L’horreur et la terreur qui ont mené à leur application ? Si l’Amérique est grande aujourd’hui, si elle passe pour une puissance économique et culturelle, sa démocratie s’est fondée sur un génocide. C’est un secret de Polichinelle.

Augé est concerné par « le statut inférieur de la femme » dans les autres cultures. Ce faisant, cela lui permet d’user légitimement de sa tronçonneuse au nom de son athéisme et de la pacification ˡ qui permettent l’application de cette idéologie. Mais remettons les pendules à l’heure.

Olympe de Gouges sur l'échafaudauJohn Stuart Mill écrivait en 1869 dans De l'assujettissement des femmes : « Je crois que les relations sociales des deux sexes, qui subordonnent un sexe à l'autre au nom de la loi, sont mauvaises en elles-mêmes et forment aujourd'hui l'un des principaux obstacles qui s'opposent au progrès de l'humanité… »

Que dit exactement la Déclaration des droits de l’homme ? Article 1 : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. »  Ce qui rétrospectivement frappe aux yeux dans cette première constitution de 1789, c’est l’aspect patriarcal, la femme n’y est pas mentionnée. Non pas parce que le terme  « homme » est un universel et qu’il inclut également la femme, ce qui aurait été compréhensible, mais parce que la femme à cette époque en France, et pas uniquement, loin de là, a véritablement un « statut inférieur ». Et les Français n’en démordront pas. Olympe de Gouges (1748) se révolta contre ce qu’elle considérait être une imbécilité congénitale et reformula le texte qu’elle appela carrément Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Benoîte Groult écrivit une biographie à son sujet, mais pour faire une longue histoire courte, elle finit sur l’échafaud... (Rappel : c’est seulement en 1940 que les femmes au Québec obtiennent le droit de vote et en 1944 en France.)
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1. La pacification est un terme du vocabulaire militaire et colonial. Après la conquête d'un territoire, ou la déclaration de cette conquête, les rébellions peuvent remettre en cause l'ordre du conquérant. Elles nécessitent une intervention armée pour assurer l'ordre et la maîtrise de la rébellion...

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