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Publié par Laziz

Chéfia attendit jusqu’à la dernière minute pour questionner son père. Elle voulait surtout parler à sa mère qui ne manquait jamais de lui rappeler l’existence du Dieu miséricordieux, comme elle disait, mais c’est aujourd’hui seulement, alors qu’il la raccompagnait à la maison, qu’elle douta pour la première fois de lui : « Papa, tu crois en Dieu? » Il l’attrapa soudain par la taille et elle se retrouva dans les airs, juste au-dessus de lui. Puis, il la déposa lestement sur une marche de l’escalier et s’exclama : « Il n’y a que les athées pour ne pas croire en Dieu! Allez, dépêche-toi et dis à ta mère que je passerai te prendre à l’école demain. Viens que je te fasse une bise, ma puce.»

  Quand elle entra chez elle, sa mère faisait la lessive dans la buanderie. Chéfia trépignait d’impatience à l’interroger. Mais avant qu’elle n’ouvre la bouche, sa mère, qui l’avait entendue, sans se détourner de son occupation, lui demanda : «Tu as des devoirs? Il vaut mieux que tu les finisses tôt, j’ai loué la suite du film Les abeilles. » Chéfia avait adoré la première partie qu’elle avait vue dans un cinéma de quartier avec son père et sa mère. Les deux étaient en instance de divorce depuis plus d’un an. Mais, à ses yeux d’enfant rien, ne transparaissait dans leurs rapports, sauf que son père était moins présent et qu’il ne couchait plus du tout à la maison, sauf exception. Chéfia ne l’avait jamais aperçu avec une autre femme. Elle se désolait, cependant, si elle ne le voyait pas deux jours de suite. Elle débordait d’affection pour lui, mais elle n’arrivait pas à lire dans son cœur comme dans celui de sa mère. Son côté mystérieux ne le quittait jamais et lui donnait un air rebelle, alors qu’il ne l’était pas. Elle et ses parents avaient décidé qu’elle dormirait chez sa mère, qu’elle aimait plus que tout au monde. C’était normal, Chéfia représentait la prunelle de ses yeux. « Maman, est-ce que papa croit en Dieu?

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- Bien sûr, il croit en Dieu. Cela ne l’empêche pas de jurer comme un païen! » Elle s’arrêta un instant de placer le linge dans la machine à laver et se tourna vers elle: « Quelle question, il parle toujours de Dieu, comme s’il était son copain d’enfance! Tu sais bien, non?

- Je ne m’en souviens pas. » Elle se rapprocha d’elle et enchaîna: « Mais est-ce qu’on peut voir Dieu? Papa, a-t-il jamais vu, Dieu?

- Comment veux-tu que ton père ait vu Dieu, s’il ne prie jamais et ne fait pas le ramadan?

- Mais toi, tu ne pries pas… » Sa mère reprit son activité, sans répondre. Elle fixa le linge, ferma la machine et mis en marche. Le bruit emplit la salle. « Que ce soit moi, ton père ou le Pape, personne ne peut voir Dieu, dit-elle, en haussant le ton pour mieux se faire entendre. C’est un fantasme. Allez, viens!» Ils se rendirent dans la cuisine où sa mère s’affaira à quelques tâches. Alors que Chéfia choisit de s’assoir à table, songeant à ses idées, sa mère lui dit : « Ton maître d’école te le confirmera, il n’ya qu’un seul Dieu et il est invisible de tous. » Cette remarque ne fit qu’accentuer le bouillonnement de ses pensées. « Pourtant, lui rétorqua-t-elle, dans la pièce de théâtre, Druva (je vous mets le lien. Il s'agit du tout début de l'histoire, cela se passe en Inde: link ) décide d’aller trouver Dieu parce que les sages, eux, qui pratiquent le yoga dans la forêt, peuvent le voir. Deepak, mon camarade hindou raconte que Rama c’était Dieu.

- Et son père, est-ce qu’il a vu Dieu?

- Je ne sais pas. » Sa mère poussa une assiette devant elle : « Mange la salade en premier. Et dépêchons-nous si on veut voir la suite du film ce soir. Puisque que tu n’as pas de devoirs, on révisera ton programme d’étude pour la journée avant que tu partes, demain matin.»

Chéfia mangeait tout en réfléchissant. Elle finit par lâcher : « Mais pourquoi, eux, ils ont un Dieu qu’ils peuvent voir, alors que c’est impossible pour nous?

- L’hindouisme est une religion très ancienne, elle date de la préhistoire. Les gens, dans ces temps-là, vivaient dans les déserts et les jungles et croyaient aux légendes inventées par les sages, comme si elles étaient vraies. C’est de la mythologie. À cette époque, hommes et femmes adoraient des pierres qu’ils affublaient des qualités de Dieu. Les hindous n’ont pas qu’un seul Dieu, mais des milliers. L’islam, par contre, est pur, dénué de toute association avec de quelconques dieux et de toute forme d’idolâtrie, il abhorre ces traditions. Tu crois qu’on peut prendre une statue et prétendre qu’elle est Dieu !? » Chéfia ne réagit pas, elle écoutait, intriguée. Comment que des gens pouvaient-ils adorer des statues et les confondre avec Dieu? « Il n’y a qu’un seul Dieu, reprit sa mère, et il est au ciel, là ou personne ne peut se rendre, pas même par la pensée. Une vraie musulmane, ma fille, ne cherche pas à comprendre l’Incompréhensible, par humilité et par l’ordre de Dieu. C’est pour cela qu’il est Dieu. Si c’est un homme comme nous, comment peut-on croire un instant qu’il est le vrai Dieu?

- Chantal dit que Jésus c’est Dieu... se risqua Chéfia.

- Oui, ils disent plein de choses haram les chrétiens, se renfrogna sa mère. Les romains l’ont arrêté comme ils l’auraient fait avec un vulgaire citoyen, et l’ont crucifié, non ? » Sa fille ne répondait pas. Absorbée dans ses pensées, elle se représentait Jésus sur la croix, le sang dégoulinant de son cœur, percée par une lance, et la souffrance qu’il devait ressentir. Et il y avait les signes de sa divinité: le tonnerre et les éclairs. Était-ce une légende? Pourquoi Dieu ne réagit-il pas pour sauver un prophète? Est-ce que Dieu peut souffrir? Dieu n’a pas peur, se dit-elle, il est le plus fort. « Oui, ou non, insista sa mère?

- Oui, je le sais, bien sûr.

- Comment peuvent-ils prétendre qu’il est Dieu alors? Nous, les musulmans, nous ne prenons pas la religion à la légère. Je vais te raconter ce qu’est notre religion, puis on fait la vaisselle et on passe dans le salon. » Elle posa son assiette et s’assit en face de sa fille. Elle parlait tout en mangeant : « Un jour Dieu créa le monde, les hommes et les animaux. Chaque peuple, chaque tribu avait son Dieu. Ils prenaient de l’argile et confectionnaient une forme qu’ils plaçaient sur un autel et adoraient ensuite de père en fils, jusqu’à ce que la statue devienne divine à leurs yeux crédules. C’est Harry Potter, de la magie et des superstitions. Ils vivaient dans l’ignorance des sciences et de la philosophie. Dieu, qui vit au ciel, s’est dit qu’il allait mettre de l’ordre parce que tout cela n’avait pas de sens. Alors, il choisit un peuple parmi tous les peuples de la terre et, parmi lui, le meilleur des hommes, Abraham, à qui il donna les tables de la loi, le Livre saint des juifs. Puis, à la longue, comme le peuple ne prenait pas au sérieux les avertissements des prophètes, Dieu s’est fâché contre lui et l’a chassé et l'a disséminé à travers le monde.

- Et qu’est-ce qu’ils avaient fait?

- La même chose que ce dieu, Rama, dont tu me parles; ils adoraient des idoles et ne suivaient plus leurs devoirs religieux. Ils prennent un homme, un roi ou une statue et ils en font un dieu ! C’est un trait typique chez les gens qui n’ont pas foi en Dieu d’inventer des idoles, des Madona, Elvis Presley ou Marlon Brando. Qu’est-ce qu’ils ont aujourd’hui…

-http://ia.media-imdb.com/images/M/MV5BMTgzMDI2MTYxOV5BMl5BanBnXkFtZTcwMjU2MzQ5NQ@@._V1._SX214_CR0,0,214,314_.jpg Lady Gaga! s’empressa de répondre Chéfia. Et Justin Bieber, mon préféré! » Feignant de ne pas remarquer son enthousiasme, sa mère précisa : « Comme les athées n’ont pas de Dieu, ils remplacent Dieu par Bieber, et c’est tout ce qui compte pour eux, le Bonheur avec un grand B; plus tu as de plaisir, plus tu te rapproches de la Vérité. Ainsi que dans le film, Les abeilles, plus tu te rapproches de la reine, plus tu goûtes au nectar; tu te rappelles? Nous, les musulmans, nous restons simples et soumis au Dieu des croyants, le seul et authentique Dieu. Écoute, Chéfia, ta religion c’est celle qui vient après toutes les autres et qui les abroge, selon la parole du prophète Mahomet. Dieu et l’homme ne font qu’un; ils ne peuvent vivre l’un sans l’autre. Dieu a besoin de l’homme a dit un savant de l’islam.

- C'était qui ? demanda Chéfia.

- Je ne me souviens pas de son nom mais en son temps, il était très respecté. Mais il ne peut le forcer à la lucidité et l’honnêteté, disait-il encore, il ne peut l’amener à lui que lorsque l’homme sait véritablement qu’il a besoin de son aide. Tu crois, ma fille, que sans sa miséricorde, l’homme peut soulever ne serait-ce qu’une paupière pour voir, au réveil du matin!

- Le prophète est plus grand que Jésus alors?

- Un prophète, c’est un prophète. Jésus, c’est un prophète. Il y a eu beaucoup de prophètes, ils sont cités dans la Bible. Mahomet c’est le dernier des prophètes et le guide de l’humanité. Les prophètes sont des envoyés de Dieu pour guider les hommes, ils sont tous égaux. Les différences invoquées par les polémistes ne sont dues qu’à la haine des hommes lorsqu’ils deviennent jaloux les uns des autres, mais au niveau spirituel, nous sommes tous frères et sœurs... Mange, finis au moins ton pain avec le fromage, pour les protéines. En tant que musulman nous célébrons Jésus-Christ au même titre que notre Prophète. Il faut respecter toutes les religions.» Chéfia se leva et alla se verser un verre d’eau au robinet. Un instant après sa mère lui fit signe. « Viens ici, ma fille, je vais te raconter une métaphore pour que tu comprennes mieux. C’est ton père qui me l’a contée la première fois, il y a longtemps. Tu sais ce que sont les soufis, n’est-ce pas?

- Oui, je les ai vus sur Facebook, ils tournent en rond, c’est comme ça qu’ils prient Dieu. Et aussi avec toi et papa, tu sais…

-Oui, au centre culturel. Tu t’en rappelles alors que tu étais toute petite.

-Mais, maman, les soufis sont une secte ou une religion?

- Voyons, Chéfia, qui t’as dit que c’est une secte? Ce sont des musulmans qui pratiquent l’islam. Ils ont suivi l’enseignement des oulémas, ces grands savants qui étaient aussi de grands poètes.

- Alors, raconte-moi la métaphore. Écoute, puis on va voir le film: « Il était une fois un buisson de roses. Il était soigneusement planté et ses racines descendaient loin dans le sol qui avait été préparé par le jardinier. Ces racines étaient Abraham. Une rose se mit à pousser et il fallut lui mettre un greffon pour qu’elle ne devint pas sauvage, mais conforme à ce qu’on attendait d’elle. Le tuteur était Moïse. Un jour, la plus parfaite des roses rouge que l’on ait jamais vue, apparut en bourgeon. Ce bourgeon était Jésus. Puis le bourgeon s’ouvrit et son éclosion était Mahomet. »

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