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Publié par Laziz

Au retour de l'école, Deepack s'allongea sur son lit et se mit à réfléchir. Il formulait mentalement les questions qu'il poserait à son père. Son camarade de classe, Souno, bouddhiste par sa mère, lui ayant déclaré que Dieu n'existe pas, que tout est maya, rien n'est vrai, le monde que le produit de l'imagination, que ce soit notre désir pour la jolie Marilyn (l'institutrice), la douleur causée par une piqûre d'abeille, la peur ou la colère, ce ne sont-là que des incidents illusoires. Preuve à l'appuie, le coude de Souno saignait à la suite d'une chute, mais jusqu'à la fin de la récréation, il ne s'aperçut de rien; c’est seulement lorsqu’il y porta attention, qu’il sentit l’irritation de la peau.

enfant-ecole-dieu.jpg

« Dieu est une invention de l'homme », avait-il conclu, d’une voix sûr de lui. « Tout! autour de toi, insistait-il, est une construction de l’esprit. » Dans la cour de récréation, les enfants s’étaient ralliés à ses idées et applaudissaient de bon cœur. En outre, son père, qui est athée, ne voudrait certainement pas qu’il joue le rôle de mon frère dans la pièce de théâtre que l'instituteur compte monter pour la fête des mères. Devait-on croire en Dieu pour représenter cette pièce de Druva selon le Bhagavat-purana? Et les autres, ceux qui adoraient un autre Dieu, les chrétiens par exemple -Chantal qui devait jouer le personnage de la mère du frère de Druva, Verner ou Lucien- comment les parents allaient-ils le prendre? Une chose le rassurait cependant, malgré toutes ces divergences de vue, la classe entière était enthousiaste à la perspective de jouer cette pièce de théâtre.

 

druva-eloigne.jpgDruva, chassé des bras de son père

Nous attendions tous avec impatiente le début des répétitions. Malgré l'athéisme ambiant, Deepack, tout comme ses parents, croient absolument en Dieu. Au plus loin qu'il pouvait se souvenir, rien dans leur vie n'indiquait qu'il y eût un jour, dans sa famille, même lointaine, l'expérience d'une conversion: ils ont toujours étaient vishnouïtes. Vishnou et ses divines incarnations ont été omniprésents dans leurs existences, ainsi que dans la vie des grands-parents qui possédaient dans leur bibliothèque de nombreux manuscrits anciens et rares sur la culture hindoue. Il y avait également dans la maison des œuvres d’art représentant Vishnou, ou plus exactement Paramatma, cette Âme suprême (avec un grand Â) localisée dans chaque atome de la création, par conséquent dans chaque cœur. Sa mère portait un délicieux médaillon de son effigie au cou. Ces images du divin, il les avait toujours vues. Chacune d'entre elles était originale et se différenciait par des détails spécifiques à chaque avatar. En ce moment d’ailleurs, il observait depuis son lit, sur le mur en face, une lithographie qui était en fait un poster, à la différence du tableau du couloir dont l'effigie était peinte sur une toile, donc un véritable travail artistique. Il la préférait, cependant. Cela ne changeait rien à l’effet que produisait chez lui ce poster chaque fois qu’il le contemplait. C'était sentimental mais il lui semblait que Dieu lui souriait personnellement dès l’instant qu’il y portait le regard, que Dieu l'aimait et veillait sur lui, et que c’était ainsi depuis sa plus tendre enfance, que c'était son âme suprême, rien qu’à lui. Elle était également la forme qu’il voyait dans son cœur lorsqu'il fermait les yeux. 

vishnou-paramatma-krishna.jpg

 Un jour, alors qu’il avait mentionné la célébration à laquelle ses parents et lui avaient participé, en l’honneur du jour anniversaire du Seigneur Ganesh, le dieu éléphant, pendant tout un long trimestre l’école entière avait fait des gorges chaudes de sa croyance. Néanmoins, cette vie intérieure, c’était son grand secret. Il n’en parlait jamais à personne puisqu’il savait que les moqueries auraient fusé.  Or le destin, par l’intermédiaire de ce conteur qui rapportait l’histoire de Druva, un enfant de son âge mis à l’épreuve dans sa foi, semblait vouloir exposer son secret en lui attribuant ce premier rôle au théâtre. Pourtant l'instructeur ne savait rien de son arrière-pensée. Superstition ou fantasme, il  n’osait lui en parler, chat échaudé craint l’eau. Pris dans le jeu métaphysique de ses pensées, il s’interrogeait avec beaucoup de curiosité sur l’apparence de ce Vishnou qui apparaitrait à Druva dans la forêt. Oh, ce n’était qu’un détail, sans importance vraiment. Cependant, en son fort intérieur, il se demandait si le destin, contrairement à ce qu’affirmait Souno, ne prenait pas en charge, par ses propres moyens spirituels, l’intérêt ou la nécessité de lui prouver, comme à Druva, qu’il était sur la bonne voie? Sur le poster, Vishnou a quatre bras, comme toujours. Chaque main tient un objet: un lotus, une massue, une conque et  un chakra (arme redoutable), c'est-à-dire un disque en  feu, tournoyant et tranchant comme un sabre. Vishnou,  suivant les figurations, qui ont trait à ses identités particulières -car il a un nom adéquat pour chacune d’elles-, dispose différemment ces objets. Dans sa vishnou-arjuna-krishna.jpgchambre, le lotus est à droite, et dans le couloir dans la main gauche. Ces différentes manifestations de Dieu correspondent à des archétypes psychologiques. Évidemment, Deepack cultivait pour lui-même une impression profondément plus sentimentale et intime que les explications scripturaires. Bien que Vishnou soit du genre masculin, son visage s’apparente surtout à celui d'une ravissante femme et ses membres sont dénués de toute virilité; en d'autres mots, son corps n'est pas dessiné comme celui des dieux grecs aux muscles saillants (et souvent nus). Sur ce poster, il porte une couronne dorée surmontée de plumes de paon. C'est une caractéristique des formes de Vishnou que de toujours porter une plume de paon sur la tête. Par exemple, Krishna en a une, ainsi que Rama mais les demi-dieux à l'instar de Shiva, Indra ou Ganesh ne jouissent pas de cet atout distinctif réservé au Dieu des dieux.

Pour lire le début de cette histoire: Et si l'on parlait de Dieu!
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