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Publié par Ahmed

dumezil-mythes.gifJe n’ai pas étudié le Mahabharata, mais je l’ai lu et relu avec passion, ainsi que d’autres œuvres littéraires classiques de l’Inde, dont les Puranas. Comme je suis foncièrement positif, je suis convaincu, à parcourir ce qui s’est écrit sur le sujet, que ma lecture naïve de ces textes, loin des travaux des académiciens, m’a rendu un grand service : j’ai exploré cette littérature de l’intérieur, accroché aux lèvres du narrateur pour ainsi dire. 

Et pour mieux m’imprégner de leur histoire ancienne et des enseignements, j’ai voyagé dans toute l’Inde; j’ai fréquenté les habitués des temples, les brahmanes, ainsi que les simples villageois; j'ai pris un vif intérêt à m’imprégner de leurs sentiments religieux en participant activement à leurs rites d'adoration, leurs chants de dévotion, leur méditation et le yoga. 

Ainsi, j’ai suivi mon propre chemin, loin des anthropologues, historiens et indianistes, ce qui me permet aujourd’hui, en ce milieu avancé de ma vie, de commenter des ouvrages écrits par d’imminents érudits et que je présente ici. N’est ce pas un beau projet? 

Comme je débute cette entreprise de raconter le Mahabharata selon la perspective du poème lui-même, en confrontant les diverses interprétations française sur le sujet, je devrais vous donner une idée sur mes prétentions de narrateur. Autrefois, j’ai écrit sur le sujet et je vous présente donc un passage dans lequel je décris la disparition de cette grande famille royale des Kurus. Bonne lecture. 

inde haridwar gange

«Parle donc Arjuna, qu’est-ce qui te met dans tous ces états? » Dès qu’il fut arrivé à destination et qu’il mit en sûreté la caravane de vieillards, de femmes et d’enfants, Arjuna s’est dépêché d’aller rencontrer Vyasa, l’illustre sage. Lui seul pouvait le délivrer de son incapacité physique et mental, ou, du moins, lui expliquer ce qui lui arrivait. Avant d’annoncer le drame à son frère, le roi Yudhistir, et à ses frères, il tenait à prendre conseil de lui, car il ne savait pas comment présenter la chose : « O maître d’entre les maîtres, Vyasadeve, je reviens de Dwarka où je me suis rendu en mission. J’y ai appris que Krishna et Balarama ont quitté ce monde… Puisque tous les hommes étaient morts, on m’a confié la tâche de protéger les faibles de la ville. Mais dès que cette horrible nouvelle a atteint mes oreilles, que mon meilleur ami, notre protecteur à tous, l’Être suprême, Krishna n’est plus, qu'il est retourné dans son royaume, l’énergie qui nourrit l’intelligence, la force et le caractère des humains m’a quitté sur-le-champ. Je ne pouvais cependant succomber à cette douloureuse peine, car le temps travaillait contre moi : la plus belle ville du monde, Dwarka, allait être submergé par les flots d’une mer impétueuse; ce n’était qu’une question de temps très court avant que la capitale des Kurus ne devienne un souvenir dans l’esprit des hommes.»

  mahabharata Krisna ArjunaDevant Vyasa, Arjuna peine à raconter le drame. La douleur physique se confond avec l’âme nauséeuse. « Sur le retour, continue-t-il, des bandits se jetèrent sur nous. De vulgaires bandits… » Il ravala sa salive et il eut encore besoin d’un moment pour se calmer. « Pour en découdre avec eux, j’armai mon arc divin, Gandiva, que je reçus du dieu Agni. C'est avec cet arc que j’ai affronté les guerriers les plus valeureux, que j’ai abattu des centaines de combattants à la fois sans jamais épuiser les ressources de mon carquois. Ses flèches étaient d'une précision infaillible, elles atteignaient toujours leur cible. Mais ce jour-là, je n’arrivais pas à le bander et faire vibrer sa corde. D’habitude, cette vibration glaçait les cœurs d’épouvante. Aujourd'hui c'est différent. J’ai même invoqué ces fameuses armes célestes, les brahmastras, qui me distinguaient dans tout l’univers par leur puissance et leur efficacité, mais en vain. Aucune ne répondait désormais à mon appel. Même mon carquois, toujours garni des meilleures flèches, se vida! Jamais auparavant cela ne s'est produit... J’étais devenu impuissant. Moi, le protecteur de cette caravane de femmes, d’enfants et de vieillards, dont Krishna en personne me confia la charge, j’étais devenu incapable d’en assurer la défense la plus élémentaire. Les bandits pillèrent les coffres et s’emparèrent de nombreuses femmes. Et moi, le grand Arjuna, dont même les dieux, à l’instar d’Indra, n’osaient me défier, je me retrouvais ridiculisé par une bande de voleurs… Voilà la situation, voilà pourquoi je suis dans cet état. Comment annoncer à mes frères cette fatalité qui nous accable de ses maux atroces. Jamais ils ne pourront le supporter.»  

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