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Le blog de Maroudiji

Les grands enjeux de société et les idées qui en font la trame, avec humour, passion et gravité.

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​« Ne prends pas le sannyasa ! » lui ai-je dit.

​« Supposons que j’aie pris le sannyasa, et que si je vois un gṛhastha ayant une épouse très fidèle et magnifique, je me dise : "Oh, j’ai quitté ma femme. Si j’avais possédé cela, j’aurais été heureux", il a alors immédiatement chuté. » SP

​Dès l'instant de notre rencontre, nous sommes devenus amis pour toujours. Cela devait être écrit dans le ciel. C’était un brahmacari fervent. Un jour, il m’a confié qu’il songeait à prendre le sannyasa ; il recevait beaucoup d’encouragements en ce sens. À cette époque, les gurus gagnaient en prestige lorsque les disciples de Prabhupada recevaient leur danda d’eux. Ses amis sannyasis le poussaient également dans cette voie.

​Le jour où il m’a fait part de son dilemme, ne sachant sur quel pied danser (j’étais marié et il nous fréquentait beaucoup, alors que le mouvement commençait à traverser des périodes difficiles), je lui ai dit catégoriquement qu’il ne devrait jamais prononcer ce vœu. Il a suivi mon conseil et il est resté brahmacari.

​Quelques années plus tard, il fut de nouveau confus quant à sa situation au temple, alors qu'il y occupait de hautes responsabilités.

​Il avait rejoint le mouvement à 18 ans et n’avait aucune expérience du monde extérieur. Il a commencé à être perplexe car il ne supportait plus ce qui se passait au sein de la direction, et en particulier l’attitude excentrique du guru local, mais aussi celle des gurus en général.

​Je l’ai donc aidé financièrement et je lui ai expliqué comment gagner de l’argent, ce qu’il fit avec talent, car c’était un homme déterminé et austère. Sa vie de célibataire ne pouvait toutefois pas durer éternellement ainsi, pensais-je, bien qu’il semblait satisfait de lui-même. Régulièrement, je lui recommandais le mariage, ce qu’il rejetait d’un revers de main, dédaigneux.

​Après quelques années, à ma grande surprise, il me dit : « Je ne me marierai que si je peux trouver une femme comme la tienne. »

​Il avait vécu chez nous pendant un certain temps et avait voyagé avec nous durant des mois à travers l’Amérique du Nord ; il connaissait donc très bien mon épouse. Il était perspicace ; de nos jours, les "caractères védiques" (je parle des femmes) ne se trouvent pas facilement et répondre à ses exigences (sexuelles) en matière de discipline spirituelle frise l'impossible.

​Il a fini par réaliser, après une longue période de célibat, que la vie de grihasta était une alternative plausible. Je lui ai promis que ce serait le cas s'il me laissait m'en charger. J'avais une personne en tête, une femme chaste et belle, mais je savais aussi que le mariage est comme le melon : une question de chance.

​Pour faire court, depuis trente ans maintenant, il vit heureux avec cette dévote.

* ​​En ce moment même, en 2023, je discute sur Facebook avec des dévots au sujet de la vie sexuelle et des relations entre hommes et femmes. Ce qui ressort de mes échanges, c'est que leur préoccupation sur ce sujet n'a plus grand-chose à voir avec les idéaux de la mission de Prabhupada que les anciens dévots chérissaient. Nos conceptions du mariage sont désormais considérées comme archaïques et préjudiciables à la santé mentale des nouvelles générations. Il faut admettre à leur décharge que le piètre résultat produit par cette expérience « transcendentalement védique » ne pouvait pas inspirer la foi en ce mariage traditionnel. Tristement.

​« Les temps changent » Bob Dylan

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