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Publié par Laziz

CrocodileMême si les Kauravas assuraient la force de leur armée grâce à des piliers de la trempe de Bhisma, Drona, Ashvattama, Bhagadatta, Bhurisravas et de nombreux autres, il en demeurait pas moins qu’ils restaient fragiles aux attaques de Bhima et d’Arjuna. Ce matin, le scénario ressemblait à s'y méprendre aux jours précédents. Si cela continuait ainsi, les Pandavas remporteraient la guerre, car, à part le premier jour, ils avaient le dessus en fin de compte au coucher du soleil. Cette fois-ci Yudhistir avait ordonné à son commandant en chef, Dhristadyumna, d’arranger ses troupes en forme de crocodile, comme s'y étaient pris les Kauravas la veille. Bhisma choisit alors la forme du héron.

 

« Mais où était donc passé Bhima ? » Ainsi s’inquiétait Dristadyuma pour qui le Pandava représentait son âme, c’était son guru, sans lui il ne pourrait vivre; il ne s’imaginait pas rentrer ce soir même sans qu’il soit à ses côtés; il l’aimait plus que tout au monde. Il laissa là ses devoirs présents et partit à sa recherche. Il aperçut finalement son char, vide. Son conducteur, Vishok, était assis, la tête entre les mains. La scène le troubla tant qu’il faillit en perdre conscience. Il demanda ce qui s’était passé et où se trouvait Bhima ? Le cocher expliqua qu’il avait préféré se battre à pied et à la massue, seul contre tous, parce qu'il se sentait plus à l'aise parmi les éléphants, et cela malgré ses formelles admonestations. « Mon devoir, en tant qu'aurige, me dictait de le mettre en garde. Il faut vous dépêcher mon seigneur, il est seul contre tous. » Il lui montra la direction qu’il avait empruntée. Dristadyumna n’avait qu’à suivre un passage jonché de part et d’autre de cadavres d’éléphants, d’hommes et de chars mis en pièces. Il le repéra enfin. Il était en train de se démener comme un forcené, entouré des Dhartarastras. Ils voulaient faire d’une pierre deux coups et reprendre leur revanche devant ce qu’ils croyaient être une occasion en or pour se débarrasser une fois pour toute de leur hantise. Dristadyumna arriva au bon moment car Bhima était mal en point à cause des flèches qui hérissaient son corps et les assaillants ne lui accordant aucun répit. Il déboula en trombe sur son char, provoqua une pluie de flèches, qui couvrit ses ennemis d’un nuage opaque, et pressa Bhima de monter sur son char. Puis il commença à extraire les dards de son corps.
 

Duryodhane avait suivi toute la scène et se précipita sur les lieux pour inciter ses frères à continuer de les harceler; si proches du but, Bhima risquait maintenant de leur échapper. Tous ensembles ils les entourèrent et les criblèrent de flèches. Dhristadyumna sortit de ses gonds et fut pris d’une rage telle qu’on aurait dit qu’il voulait les tuer tous en même temps. Il invoqua le pramohana, une arme divine qui plonge ceux qui en sont affectés dans un état de torpeur, comme paralysés. Quand les soldats qui les soutenaient virent la condition dans laquelle les Dhartarastas étaient tombés, ils déguerpirent sans demander leur reste. Mais Drona avait vu lui aussi la réaction produite par cette arme spéciale et il se dépêcha de remédier à la situation; il invoqua un mantra du même registre pour contrer l’effet. Ses protégés sortirent peu à peu du coma.

 

 

Pendant ce temps, Yudhistir fut informé que Dristadyumna et Bhima étaient aux prises avec les frères de Duryodhane, qu’ils étaient sans protection dans la gueule du loup. Il envoya au plus pressant un contingent composé de douze grands kshatryias sur char. Une vyuha en forme d’aiguille (suchi) fut planifiée pour l’occasion. C’était une colonne étroite à la pointe de laquelle Abhimanyu prit place; il fut étroitement suivi par les fils de Draupadi, les Kaikeyas, Dristaketu et toute une armée rugissante et prête à tout. Comme les défenses des Kauravas avaient déjà été sévèrement affaiblies par le mal causé par l'intrusion de Bhima, il leur fut aisé de percer à travers les rangs.


Drona s’en inquiéta vivement et se mêla encore une fois de retenir les nouveaux venus. Bhima et Dristadyumna sautèrent sur le char conduit par le roi des Kaikeyas et se dirigèrent tout droit à l’encontre de Drona pour le défier. En cour de route, Dristadyumna, qui est né pour tuer Drona, récupéra un char et chargea son précepteur dans l’intention de réaliser la prophétie. Mais celui-ci n’était pas d’humeur à la joute car il fit immédiatement voler en éclats l'arc de Dristadyumna. Il en saisit prestement un autre mais à peine avait-il commencé à fixer la flèche sur la corde que Drona lui réserva le même sort. Quasi simultanément il tua ses chevaux. Dans cette situation compromettante, Dristadyumna n’eut le choix que de sauter dans le char d’Abhimanyu. Parti sur sa lancée, Drona s’attaqua au reste de la colonne et celle-ci essuya une déconfiture alors même qu’elle était commandée par de puissants chefs.

 

Entre temps, les Dhartarastras étaient revenus à eux. Encouragés par la présence de Drona et de leur frère aîné, ils étaient à nouveau d'attaque. Mais ils ne purent soutenir longtemps les terribles assauts de Bhima et durent s’enfuir pour rester en vie. Bhima les poursuivit. Il voulait en tuer quelques-uns et pouvoir divertir ses frères de ses exploits et en exhibant ses trophées le soir, au camp. Duryodhane, qui n’avait pas froid aux yeux, lui barra la route. Le Pandava n’en demandait pas moins. Il lui dit : « O misérable ! Cela fait longtemps que j’attends cet instant, l’heure est finalement arrivée. Prépare-toi à mordre la poussière, aujourd’hui tu vas aller rejoindre tes ancêtres. Je vais enfin pouvoir apprendre la nouvelle à Draupadi qui attend depuis treize ans le moment où je laverai l’insulte que tu lui as faite en la traitant comme une prostituée. Ce soir, ma mère, Kunti, va savourer la nouvelle de ta mort et je la soulagerai du poids des offenses que tu as effrontément accumulées à l’endroit de notre famille. En fait, tu n’as pas beaucoup de choix : ou tu combats comme un héros et je t’envoie dans l’autre monde, ou tu fuis séance tenante comme tes frères, ce qui serait tout à fait approprié à votre mentalité de canaille. » Passant de la parole à l’acte et bouillonnant de rage, cet archer exceptionnel banda son arc et relâcha ses flèches qui toutes atteignirent leur but : elles tuèrent le cocher et les chevaux, sectionnèrent l’étendard royal et firent voler en mille morceaux l’emblème représentant l’autorité des Kauravas. Heureux du succès de sa performance, il lança un cri de joie qui figea de stupeur les soldats de Duryodhane : ils n’en revenaient pas de ce qui était arrivé à leur roi et ne savaient plus où donner de la tête. Bhima ne perdit pas de temps et cibla à nouveau Duryodhane qu’il blessa gravement. Heureusement pour ce dernier, Kripa arriva comme une tornade et l’empêcha d’accomplir son funeste dessein. Jayadratha* et sa division étaient venus à la rescousse; ils s’interposèrent et s’attaquèrent à Bhima pendant que Kripa plaçait Duryodhane sur la banquette de son char et l’emmena en un lieu sûr.

Abhimanyu et les fils de Draupadi prêtèrent main forte à Bhima et le combat prit une dimension apocalyptique. De nombreuses troupes se ruèrent vers cet endroit et la mêlée devint générale. Bhisma, l’Aïeul, avait repris sa destruction systématique. Sa détermination et son agressivité obligèrent les Pandavas à battre en retraite. Le coucher du soleil, heureusement pour eux, avait atteint la ligne d’horizon et indiquait que la nuit maintenant était proche. Cette circonstance sauva des milliers d’hommes d’une mort certaine. Alors, Bhisma se résigna à continuer son massacre et ordonna à ses généraux d’interrompre les combats et de rentrer au camp pour la nuit.


Ce soir là, Yudhistir était heureux de revoir vivants Bhima et Dristadyumna, il tenait leurs têtes entre ses mains qu’il humait par affection; lui aussi avait eu peur, croyant que l’armée ennemie les avait engloutis à jamais.

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* Jayadratha était marié à la sœur des fils de Dhritarastra; Gandhari et son mari eurent 100 fils et une seule fille. Il est un sujet de grand malheur pour les Pandavas. Ils auraient pu le tuer quand il tenta d'abuser de Draupadi alors qu'elle était seule dans la forêt, durant leur exil, mais par la volonté de Yudhistir, et celle de Draupadi, faut-il tout de même mentionner, ils lui pardonnèrent. Plus tard, il sera le principal responsable de la mort d'Abhimanyu.

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Ou le début :

Jour six : à la recherche de Bhima
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