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Publié par Laziz

Il y en a dix-huit, dix-huit jours.

Après le lever du soleil et leurs ablutions terminées, dans les deux camps les soldats n’attendaient que le signal pour se lancer l’un contre l’autre dans une lutte à mort. Le choc des deux armées fut terrible. Bhima prit les devants, agressif. Obsédé par son désir de décimer les fils de Dhritarastra, il se rua en direction de Bhisma dans l’espoir de les atteindre alors que nombre d’entre eux se trouvaient derrière lui. À peine la guerre commencée que la tragédie semblait imminente face à la détermination de Bhima; il était déjà si proche de son but! Immédiatement les Kauravas envoyèrent des renforts pour parer à l’attaque. Quant à Bhisma il en n'avait cure, il causait des ravages dans le camp ennemi. Même Arjuna avait du mal à contenir la furie de ce vieillard qui, malgré son âge, donnait l’impression d’être la Mort personnifiée en action. Sous ses coups les corps s’entassaient à vue d’œil. Arjuna réussit néanmoins à contenir son ardeur et à créer, en retour, la panique dans les rangs des Kauravas; les soldats maintenant couraient dans tous les sens pour sauver leur vie.

Partout les guerriers s’affrontaient sans demi-mesure. Bhima se battait maintenant contre Duryodhane, à l’arc au lieu de la massue, leur arme habituelle; Kritavarma contre Satyaki, Abhimanyu contre Brihadbala, Ghatotkacha contre Alambusha, Dhristadyumna contre Drona, etc. Les cadavres d’éléphants et de chevaux s’accumulaient en un rien de temps et il n’y avait personne pour les enlever tellement la mêlée se déchirant était intense. À midi, on ne pouvait encore déterminer qui avait le dessus tant les pertes et les gains des deux côtés s’équivalaient. Évidemment personne ne pensait à manger alors que la mort les guettait; les guerriers n’avaient tout simplement pas d’appétit ni la tête à se nourrir. Les combats continuèrent sans interruption, sans que l'épais nuage de poussière qui grondait au-dessus du champ de Kurukshetra ne se reposa; Indra lui-même semblait participer à la bataille : des éclairs jaillissaient de la poussière et saturaient le nuage; tantôt sous les traits de Kali, tantôt rappelant la complexion du corps de Krishna, noirs, il se transformait, changeait de couleurs, et lorsque les brahmasta déchiraient le ciel, il s’illuminait et grondait encore plus sourdement aux sons qui s’élevaient de la terre, des barrissements d’éléphants, des armes qui s’entrechoquaient, des cris de guerre, et au-dessus de tout ce bruit, on entendait la voix de Bhima qui dominait.

Le fils d’Arjuna, Abhimanyu, se distingua particulièrement par ses talents de guerrier et impressionna agréablement l’aïeul lorsqu’il s’attaqua à lui. Ce dernier tirait beaucoup de plaisir à la façon dont le jeune homme maniait les armes, et, en ce domaine, c'était un connaisseur. Cependant Abhimanyu n’était pas à prendre à la légère, il n'était pas là pour faire un show et l'ennemi ne tarda pas à s'en rendre compte, même des généraux importants tels que Kritakarma ou Shalya, venus à la rescousse, en eurent pour leur grade. Le noble grand-père allait lui aussi rapidement réaliser que "l'enfant", comme il l'appelait, ne jouait pas. En effet, il venait de tuer son conducteur de char et lui couper son arc en deux. Ahuri, la colère submergea Bhisma et en retour il fracassa son char. Puis, faisant appel à des généraux de gros calibres, tous ensemble ils entourèrent Abhimanyu pour freiner ses ardeurs mortifères. Celui-ci ne se laissa pas démonter et les tint tous à bonne distance, tel père, tel fils. Et, sous le regard des princes qui le harcelaient de leurs flèches, il abattit le porte-étendard de Bhisma. À voir son neveu mettre ainsi l’aïeul dans l’embarras encore et encore par ses prouesses, Bhima sautait de joie. Mais il était temps qu’il lui vienne en aide, car l’armée ennemie s’acharnait sur lui maintenant de plus belle.

Ces échanges guerriers durèrent un bon moment et les combattants des deux côtés prenaient plaisir à observer cette scène.

Dans le camp des Pandavas il y avait un autre jeune homme qui attirait également l’attention, c’était Uttara, le fils de Virata. Quand les Pandavas durent vivre cachés pendant une année, ils la passèrent chez ce roi. Vers la fin de cette période, les princes Kauravas, suspectant leur présence, attaquèrent le royaume pour les obliger à se découvrir; ce faisant ils volèrent des troupeaux de vaches appartenant à Virata. À ce moment-là, le prince, Uttara, se montra incapable et pleutre, ce qui obligea Arjuna à prendre en main la situation. Il lui fit morale tant bien que mal et l'obligea à conduire un char pendant que lui montait dessus, armé jusqu’aux dents (il faut rappeler que pour vivre incognito à la cour de Virata, Arjuna s'était déguisé en eunuque). À eux deux ils repoussèrent l’ennemi et récupérèrent les vaches. Depuis cette bataille, le jeune prince était devenu un vrai kshatriya. Satisfait de son courage et de sa transformation, Arjuna lui enseigna l’art martial. Donc, au premier jour de la bataille, Uttara trônait sur un immense éléphant et il n’y avait plus aucune trace de l'ancienne peur, même pas un résidu. Au fur et à mesure qu’il avançait, ses adversaires tombaient comme des mouches. Bhisma était en colère contre lui car il ne le connaissait pas sous cette facette. Il n’avait pas envisagé par conséquent les dommages qu’il occasionnait. C’était un mauvais calcul de sa part en tant que commandant en chef et cela lui coûtait cher en hommes, très cher. À peine venait-il de considérer l’importance d’Uttara que ce dernier tuait, et cela d’un coup, les chevaux du char du grand Shalya. Bhisma en resta coi! Cet acte le fit sortir de ses gonds au point d’oublier, déjà, les règles de la guerre qu’on venait de reconnaître de part et d'autre : il ordonna à Shalya de tuer l’enfant. Sans plus attendre, celui-ci prit un javelot et le lança sur Uttara qui le reçut en plein thorax alors qu’il ne s’attendait pas à un coup bas, en outre provenant du sol : la règle d’or étant que seul quelqu’un sur un autre éléphant pouvait lui envoyer une arme semblable. Le projectile traversa la cuirasse et le tua sur le coup.

Devant la mort inique de son frère, Shveta rageait et causa tellement de tort à ses adversaires qu'ils perdirent confiance et prirent leurs jambes à leur cou pour échapper à sa furie. Mécontent, Duryodhane se précipita sur Bhisma pour demander des explications à propos de ce carnage. N'assurait-il pas la protection de l’armée ? Mais Bhisma était parfaitement au courant de la situation. Il assistait avec admiration à l'ardeur et au déploiement martiaux des deux fils de Virata : l’un mort sous les yeux de son frère et ce dernier en train de le venger d’une main de fer. Ces exploits ravissaient son cœur de kshatriya. Pour satisfaire Duryodhane, cependant, il fit vibrer la corde de son arc avec frénésie et une pluie de flèches s’abattit sur Shveta au point d'en suffoquer. Alors des milliers de chars vinrent à sa rescousse. Dhristadyumna demanda à Shikandi de provoquer Bhisma pour qu’il détourne son attention de Shveta.

La fin de la journée approchait mais il restait encore une heure avant le coucher du soleil. Pour Shalya cependant, la stratégie de Pandavas pour protéger Shveta avait réussi à ses dépends : la masse de flèches qui s’abattait maintenant sur lui formait un nuage si épais qu’il lui paraissait que la nuit était déjà arrivée. Malgré cela on ne pouvait compter le nombre incroyable de chevaux et d’éléphants qui s’écroulèrent sous l’impact des armes qu'il usa durant la soirée. Mais le mal qu'il provoquait était circonscrit.

Pour venger l'injuste mort de son frère, Shveta redoublait d’ardeur et ne faisait aucune concession. Même Bhisma ne pouvait rien faire car à chaque fois qu’il essayait d’intervenir, Shikandi était sur son passage. Et l’on se souvient que ce dernier était né pour tuer Bhisma; cette malédiction pouvait se produire à n’importe quel moment. C’était là la stratégie de Dhristadyumna : tuer le puissant Shalya par l’intermédiaire de Shveta et désarmer Bhisma en lui opposant Shikandi. Duryodhane réalisa ce double danger et se dépêcha d’envoyer ses soldats à la rescousse. Mais personne n’avait assez de courage pour se rendre sur le lieu fatal où la mort les attendait de pied ferme. La bataille avait à peine commencé et déjà l'armée des Kauravas se retrouvait aux prises avec le cauchemar d’une défaite humiliante. Dans leur retraite, les chariots s’entremêlaient et se retournaient, s’écrasant les uns sur les autres et tuant davantage de soldats. Face à cette pitoyable débandade, Duryodhane, désemparé, harcelait Bhisma pour qu’il fasse quelque chose.

Il venait de le tirer d’une mauvaise passe mais voilà que Bhisma se retrouvait encore dans une situation délicate. Shveta avait réussi à dérouter toute l’armée envoyée en renfort pour le soutenir. Duryodhane, avec tous ses hommes, ne put arrêter ni ralentir la course meurtrière de Shveta à dos d'éléphant. Par-dessus le marché, il était revenu à la charge, en direction de Bhisma, et cette fois il avait détruit son chariot. Bhisma avait sauté au sol à la dernière minute pour éviter d’être emporté par le projectile. Alors que Duryodhane lui débitait ses réprimandes, les tambours et les cors retentirent dans le camp des Pandavas pour annoncer la victoire du moment. Cela fit rager Duryodhane qui en ajouta pour ridiculiser Bhisma et le contraindre à agir sans délai. Puis il se lança dans la mêlée en hurlant à ses généraux l’ordre de veiller à ce que rien de néfaste n’arrivât à Bhisma. Réalisant qu’il se faisait tard et que l’avantage de cette journée allait aux Pandavas, qui semblaient animés d’une force grandissante au fur et à mesure que le soleil se couchait, Bhisma décida de jouer le tout pour le tout. Sinon il craignait que cette défaite déprimante, au premier jour des combats, anéantisse le moral des troupes et rende Duryodhane encore plus irascible. Il décida d’utiliser pour la première fois un brahmastra, un missile d’une puissance prodigieuse qui en finirait avec l’ennemi. Il avait tout essayé et n’avait donc plus le choix. Il prononça le mantra et projeta l’arme fatale contre Shveta qui creva son armure et atteint la poitrine. Shveta mourut sur le coup. L’impact était si puissant que des milliers d’hommes furent emportés avec lui par l'intensité sans que Bhisma ne puisse contrôler les effets secondaires. Une clameur de victoire s’éleva alors du camp des Kauravas. Le soleil était couché maintenant. Ils avaient remporté la victoire, de justesse. Les deux armées se retirèrent pour la nuit. Ainsi prenait fin la première journée de bataille.

Suites : description d'une division :

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Le premier jour de la bataille

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