Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Laziz

Pandu était le roi de la Terre. Il l’avait conquise lui-même, contrairement à son frère, le roi aveugle qui régnera par la suite et ne voudra pas céder ou partager le royaume avec les enfants de Pandu, les cinq Pandavas (dont Arjuna est le plus connu grâce à la Bhagavad-gita). Ils étaient les enfants de deux femmes exceptionnelles, Kunti et Madri, deux femmes exceptionnelles pour un homme exceptionnel. Madri montera sur le bûcher funéraire (d’où le rite de sati) à la mort de son époux, puisque c’est par elle que son décès survint, et Kunti acceptera de rester et d’éduquer les enfants. Et bien c’est à lui que je pense quand je parle d’épée de Damoclès.

 

Question d'un auditeur : Mais que c’était-il passé exactement, de quoi est-il mort, pourquoi l’une au lieu de l’autre ?

 

- C’est une longue histoire. On pourrait dire que la guerre du Mahabharata trouve son origine dans cette malédiction ayant conduit à la mort de Pandu et à la naissance extraordinaire de ses cinq fils. C’est une histoire à connaître dans les détails tant les implications sont nombreuses pour les dynasties en place et la destinée du pays de Bharata (c’est ainsi que l’on appelait l’Inde, autrefois). Mais voici un résumé très succinct pour bien répondre à la question.

Pandu Mahabharata- Un jour qu’il chassait dans la forêt, Pandu aperçut un cerf. Vif comme l’éclair, il décocha une flèche mortelle. Or l’animal était entrain de s’accoupler, ce que le roi, dans sa précipitation, n’avait pas relevé. En ces temps-là, certains animaux pouvaient s’exprimer et se faire comprendre des humains. Le cerf agonisant lui fit remarquer sa faute : c’était une grave entorse au dharma.

 

- Tout comme au paradis avant que Dieu n’y chassa Adam, constata mon interlocuteur. Les animaux communiquaient avec toutes les autres espèces et y vivaient en grande harmonie, sans violence néanmoins.

 

- Il y a de ça 5000 ans -alors que la Bible parle de 6000 ans pour la création du monde, n’est-ce pas ?- les mœurs n’étaient pas encore contaminés par l’influence néfaste du kali-yuga, l’âge de fer et de ténèbre. Il n’avait pas commencé à l’époque de Pandu. En fait, l’âge de kali débutera, historiquement, avec le départ de Krishna (sa mort, si l’on peut le dire ainsi, en tout cas c’est de cette façon que les derniers jours de son avènement sont décrits dans la littérature sacrée et officielle), ce départ ayant eu lieu quelques années après la bataille de Kurukshetra.

 

- Et que disait le cerf, puisqu’il a parlé au roi ? Si c’est bien que j’ai compris, l’animal s’est vengé…

 

- En fait, ce n’était pas une bête… mais un sage.

 

- En même temps ! s’exclama-t-il, perplexe. On peut être une bête et un sage en même temps, deux âmes dans un seul corps?!

 

Pandu et la mort du cerf, Mahabharata- Tout à fait, du moins c’est ainsi que je le comprends. De toute évidence, cet incident ne fait pas de doute quant à cette singularité que tu soulignes bien à propos : le sage et sa femme avaient intégré temporairement le corps de ces cervidés pour mieux profiter de la jouissance sexuelle, les animaux ayant plus de capacité. Je sais, cela paraît étrange que des sages s’adonnent à des plaisirs aussi bestiaux mais il faut croire que dans la tradition hindoue, les pratiques sexuelles ne sont pas tabous ni en contradiction avec la religion. C’est ainsi d’ailleurs que beaucoup plus tard les musulmans concevront l’amour charnel, comme un acte légitime, bénéfique et voulu par Dieu, quand il est licite bien sûr, contrairement à la tradition chrétienne plutôt rébarbative aux débats érotiques, même entre mari et femme.

 

Mais pour revenir au roi, Pandu, le cerf lui reprocha en premier lieu de ne pas avoir pris en compte la situation et d’avoir pratiqué son sport en négligeant certaines conditions critiques et morales. Car selon la loi du dharma, les kshatriyas étaient autorisés à chasser les animaux, cela permettait de réguler leur prolifération et de garder l’équilibre entre les espèces. C’était leur devoir mais il y avait des règles strictes et sévères, comme on le voit ici, pour encadrer ce sport. C’est eux également qui chassaient les tigres quand ils rôdaient trop prêt des habitations. Ils devaient surtout montrer l’exemple en raison de leur position royale et s’assurer de respecter les droits des animaux : selon le dharma, les animaux ont le droit à la vie et à se reproduire en paix autant que les humains. Ce qui signifie qu’il faut penser l’espace et les ressources en fonction de leur existence. Par exemple, un cultivateur se devait d’être conscient qu’une partie de sa récolte revient naturellement aux animaux qui peuplent les environs de son champ s’ils veulent se servir. Notre planète n’est pas l’exclusivité de l’homme, encore moins l’univers. »

 

Il resta songeur quelques instants puis me dit : « En fin de compte qui meure véritablement dans cette histoire ? J’imagine que le sage est mort avec le cerf, de toute évidence. Mais j’en reviens derechef à l’idée de l’âme -des âmes!- devrais-je dire, car selon tes propos, il peut y avoir plusieurs âmes dans un même corps, si je comprends la métempsycose en œuvre ici. Mais tu en parles comme si le cerf et le sage étaient la même personne, le même être... Or, selon la culture judéo-chrétienne, qui est la mienne, l’animal n’est pas une personne; il n’a pas d’âme non plus, en tout cas pas une âme comme la nôtre...

 

Pandu et la mort du cerf dans le Mahabharata

- Tout ce que je peux dire, c’est que la voix qui s’est exprimée est celle du sage et non celle du cerf, alors même que c’est de son corps dont il est question ici et que cet esprit, celui du sage, était pleinement conscient de ses moyens spirituels; par spirituel j’entends avant tout son corps astral qui a pris possession d’un autre corps que celui qui lui était destiné par les lois de la nature. Ce que l’on réalise par cette histoire c’est que l’esprit, et l’âme, deviennent dépendants du corps qu’ils revêtent en la circonstance. À la suite de ce drame par exemple, le sage n’a pas pu réintégrer son corps originel, qu’il devait certainement posséder. Il a été emporté par la mort du cerf, du corps du cerf, pour rester cohérent. L’âme du cerf et l’âme du sage ont dû quitter ce corps prématurément. Je n’en sais pas plus. »

 

Je voyais bien que mon camarade avait du mal à assimler cette philosophie malgré l’effort qu’il y mettait. Au moins, il était ouvert et cherchait à comprendre de tout son cœur, sachant très bien qu’il s’agissait là d’un autre paradigme. Aussi farfelu ou étrange que cela pouvait lui paraître, il ne jetait pas l’éponge : « En réalité, dit-il, c’est le sage qui s’exprime à travers le cerf, mais de celui-ci il n’en est pas question.

 

- Tu as raison. En fait, je ne sais rien de son passé. L’histoire, comme je la connais, n’en dit pas plus. D’une façon ou d’une autre cette blessure mortelle concernait les deux âmes. Le sage parlait aussi au nom de l’âme du cerf. Il en voulait sévèrement à l’empereur pour sa conduite et son manque de perspicacité. Avant que l’animal ne rende son dernier souffle, le sage condamna Pandu à subir le même sort que lui : au moment où il pénétrera une femme, la douleur le paralysera et il rendra l’âme.

 

À la suite de cette malédiction, se rendant comptant que ses jours étaient comptés, le roi transféra la direction de son royaume à son plus jeune frère, Dhritarastra, et se retira avec ses deux femmes dans la forêt pour s’adonner au renoncement et à la méditation. Et ce qui devait arriver arriva : quelques années plus tard, Pandu ne put contrôler son attraction pour Madri malgré tous les avertissements et les réticences de cette dernière. Cet incident forme le prélude à la bataille de Kurukshetra. L’œuvre qui raconte la suite de ce drame est connue sous le nom de Mahabharata.

Le livre du Mahabharata

______________

Pour en lire plus :

Autre lien en relation :

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article