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Publié par Laziz

« Le livre sert de fondement aux religions. »

Le Livre, Une histoire vivante, Martyn Lyons« Une histoire vivante » ? Mais comment se fait-il alors que l'auteur, Martyn Lyons, n'ait nulle part mentionné le Mahabharata ? Celui-ci fut le premier ouvrage jamais écrit par les humains sur l'histoire détaillée et exhaustive d'une civilisation "néolithique", et cela avant que l'écriture ne soit devenue un phénomène de civilisation. Je trouve singulière cette manière d'écrire l'histoire, d'autant plus que l'auteur n'est pas un cas isolé.

Le Mahabharata n'était pas l'unique œuvre écrite en sanskrit et connue en Inde à cette époque car une somme colossale et fabuleuse de textes étaient également disponibles; ce sont par exemple les Purana ou, bien plus anciens encore, les Véda.

« Le livre s’est révélé être l’une des inventions les plus utiles, les plus évolutives et les plus durables de l’histoire. » C’est ainsi que débute l'introduction de ce livre où rien n’est dit à propos de l'Inde. Et l’auteur de continuer : « Il est difficile d’imaginer comment certains grands tournants de l’histoire occidentale auraient pu s’accomplir sans lui. »

                    Vous ne croirez pas ce que je vous dis là,
mais beaucoup ne veulent pas le savoir.
                    


Parlant de « grands tournants » et d’accomplissement, cette révolution s’est produite il y a bien longtemps déjà en une autre partie du monde. Effectivement, les Européens réalisèrent assez tardivement, faut-il préciser, que les Hindous possédaient un corpus linguistique phénoménal rédigé en sanskrit. Ils en furent si impressionnés à ce moment-là qu’ils inventèrent un néologisme, indo-européen, pour décrire l’importance et l’influence qu’eut cette langue sur une bonne partie de la planète, en l'occurrence l’Europe. Malheureusement cette prise de conscience fut gâtée par le détournement et l’altération du symbole de la croix gammée et du concept d’aryen. Ils sont rares encore aujourd’hui les historiens ou les érudits qui font place dans leurs explications, notamment dans leurs livres, du dynamisme de la culture hindoue, particulièrement en ce qui concerne l’invention de l’écriture et le contenu génial des textes.

la tête dans le sable

Plus loin, dans cette même préface, on lit ceci : « Tout comme Bertolt Brecht écrit : "Le soir où la Grande Muraille de Chine fut achevée, où allèrent les maçons ? ", sans doute devrions-nous nous demander, en observant la grande littérature du monde : qui a vraiment fait les livres ? »

Il y a tant de questions que l’on peut se poser sur tel ou tel sujet. Mais pour répondre à cette interrogation (l’auteur cherche ici à nous faire réfléchir sur la distinction entre livre et texte, puisque écrire et confectionner un livre sont deux processus bien différents), il serait préférable de savoir ce que l’on entend par « la grande littérature du monde ».

Il est certain que la majorité des lecteurs ne le sait pas. Car même les gens éduqués ignorent que les Hindous cultivaient et écrivaient une excellente littérature dont les Védas furent le fleuron. Et une des merveilles qu’ils produisirent lorsqu’ils voulurent les « vulgariser »,  afin de les rendre accessibles à tout un chacun, 3000 mille ans avant notre ère, est connue à travers le monde sous le nom de Mahabharata, ou la grande histoire de l’Inde. Le saviez-vous ? (Vous ne croirez pas ce que je vous dis là, mais beaucoup ne veulent pas le savoir...)

 

       

Comment après cela réussir le tour de force de ne pas nous en
divulguer plus sur la naissance et l’évolution de l’écriture en Inde ?

     

 

« Vouloir définir le livre en lui-même, écrit-il, n’est pas sans risque. Je préfère en dire plus que trop peu et j’en offre une définition volontairement très large. »

Brahmana, manipur, KrishnaEt sur cette même page, il y a une image avec cette légende : « Un prêtre du Manipur lit les prières d’une livre religieux ancien, au temple de Sri Govindaji d’Imphal, dédié à Krishna. »

Govindaji est un autre nom de Krishna et il signifie « celui qui aime les vaches ». Avec cette représentation visuelle d'un prêtre en train de lire, nous sommes sur la bonne voie. Comment après cela réussir le tour de force de ne pas nous en divulguer plus sur la naissance et l’évolution de l’écriture en Inde ? Au moins nous en dire quelques mots ? Nada. Vous n’aurez que cette légende et l’image en guise de suggestion concernant la littérature védique. « Les chapitres qui suivent, écrit-il, mettent l’accent géographique sur l’Europe et l’Amérique du Nord… »

Et nous sommes déjà arrivés aux dernières lignes de l’introduction... Curieusement, l’image lui sert de clôture. Tournons les pages et rendons-nous au passage concernant « Les textes bouddhiques anciens », tout en se demandant pourquoi l’auteur a choisi d’aborder les textes bouddhistes et non les plus anciens, c’est-à-dire védiques, gardant à l’esprit que le Bouddha est né en Inde. Voyons donc ce qu’il en est…

« Le dogme bouddhiste n’a pas eu de forme écrite avant le 1er siècle avant J.-C. » Je devrais par conséquent faire mon mea-culpa puisqu’il est question de l’Inde ici... Mais voyez le contexte : « Les moines (bouddhistes) couvraient de très longues distances et ils les diffusèrent partout en Asie. Au Sri Lanka, ces textes étaient composés en pali ou en cinghalais; en Inde, ils étaient en sanskrit ou en tamoul. » C’est tout. Il en parle comme si en Inde il n’existait pas d’écrits précédant ceux-là. Je suis donc allé sur le Net et j’ai pris cette capture d’écran pour chasser les doutes au cas où le lecteur serait novice en la matière.

Le Larousse et le Mahabharata

Tournant les pages, j’apprends que les Irlandais avaient un livre qu’ils appelaient Kells et notre auteur en donne force détails. Puis vient le tour du Coran auquel il consacre plusieurs pages; et, enfin, le « livre hébreu ». C’est sur lui que s’achève ce chapitre. L’auteur ne semble pas connaître la Bhagavad-gita ou n’a pas jugé utile qu'elle figure dans le livre.  

Au bout de 210 pages, il termine l’ouvrage sur ces notes : « Ceux qui clament que le livre est en crise sont souvent ceux qui se lamentent le plus fort sur la disparition des hiérarchies traditionnelles. Mais tous ces problèmes sont ceux des riches cultures de l’Occident. On entend rarement débattre anxieusement de la mort du livre imprimé en Afrique et en Amérique du Sud, où les taux d’illettrisme sont bien plus élevés. » Et là, comme au début, une image qui vaut mille mots fera l’affaire avec cette légende : « À Mumbai, un libraire arrange son éventaire de livre. »

À Mumbai, un libraire arrange son éventaire de livre

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