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Publié par Laziz

Où je résume la généalogie de Bhisma, un des héros du Mahabharata et figure de proue. Lui et ses frères, les Vasus, sont des dieux. Ils furent condamnés à prendre naissance sur Terre pour avoir volé, par faiblesse pour une femme ( c'est presqu'une antienne ), une vache céleste à un brahmana. La déesse du Gange fut la mère de Bhisma. Et Santanu, roi de la Terre, fut son père.

La dynastie du Soleil

vivasvan-soleil-copie-1.jpgDans la dynastie qui remonte au dieu du soleil, Vivasvan, il y avait un roi du nom de Mahabisha qui régna sur toute la terre. Il n'y avait pas d'homme plus droit que lui. Le peuple en était fier. C'était un héros. De plus, il avait accompli cent sacrifices du cheval considérés comme un exploit extraordinaire digne du respect des dieux. A sa mort, il atteint les planètes édéniques où il vécut et jouit des délices de ces lieux.

Un jour, tandis que le roi Mahabisha assistait à une grande célébration en l'honneur de Brahma, un incident se produisit. Quand ce fut le tour de la déesse du Gange d'offrir ses hommages au créateur de l’univers, elle s'approcha de lui. La brise qui soufflait alors écarta un pan de son vêtement et lui découvrit les jambes. Les invités baissèrent les yeux, pudiquement. Mahabisha n'eut pas ce réflexe, volontairement. Ses yeux pleins de concupiscence dévoraient sa nudité. La scène n'échappa pas à Brahma et il punit l'audacieux pour son irrévérence : « Grossier personnage ! le sermonna-t-il. Tu mérites une leçon pour cette posture indécente devant notre assemblée. Pour ton châtiment, je t'envoie prendre naissance sur terre. Ganga, puisqu'elle te plaît tant, y naîtra également. Vous vous rencontrerez et elle te fera souffrir par son comportement. Toi, par amour, tu subiras tous les torts jusqu'au jour où tu perdras patience. À ce moment-là seulement, tu seras délivré de ma malédiction.
Après avoir réfléchi sur son destin, Mahabisha désira naître comme le fils du puissant roi Pratipa.

Réflexions sur les raisons de notre chute en ce bas-monde

ganga-et-les-8-vasu.jpgGanga était malheureusement liée à ce sort, à cette chute sur terre. Toutefois, ce charmant personnage qu’était Mahabisha lui inspirait de bonnes années en perspective. Elle profiterait donc de ce séjour sur Terre, sans y traîner, cependant, puisqu'elle n’avait pas le choix. Une chute n'est jamais un choix conscient. La terre, à ce moment-là, n'était pas ce qu'elle deviendra quelques siècles plus tard, et n’ira qu’en empirant. Sous l’effet de l’évolution -ou de la dégénérescence-, du kali-yuga, les êtres diminueront de taille ; la diversité et la qualité des espèces végétales et minérales se détérioront jusqu’à disparaître, et les humains, laissés à leur individualité, au matérialisme et à la guerre, sous l’effet du temps, kala, force abstraite et éternelle, qu’aucune arme, aucune technologie, ne peut stopper, ces humains pollueront la vie, les mœurs et la nature. La mémoire finira par être une relique primitive. Sur les planètes supérieures, là où vivent anges et dévas (rishis et dieux), cette dégradation n’est pas aussi criante que sur Terre. Mais l’ère du mensonge et de l’hypocrisie, de la désintégration de la société, de la famille, de l’amitié et de l’amour, affectera toute la création. Les hommes précipiteront le malheur de par leurs désirs et leurs actes. L’ignorance deviendra une vertu et le manque de savoir vivre un signe avant-garde. La moralité sera purement au service des exigences des sens et la beauté une facette relative du goût, dont le vil deviendra plus demandé encore.

La déesse du Gange rencontre les Vasu.

ganga-et-le-roi-pratipa.jpgMéditant ainsi durant ses déambulations sylvestres sur Terre, Ganga rencontra les huit Vasus, les dieux qui personnifient les éléments matériels tels le vent, l'eau, l’étoile polaire (celle de Druva, elle est spéciale car elle n’est pas détruite au moment de la dissolution cosmique), la lune, la terre, le feu, le crépuscule et l’aurore. Comme ils avaient l'air soucieux, elle leur en demanda la raison. Ils expliquèrent leurs tracas et Ganga promit de les aider, puisque cela l’arrangeait aussi. Ils convinrent de garder le projet tout juste conçu secret, pour ne pas perdre les avantages inespérés. Sur ce, ils se séparèrent.

Tentative de séduction

Le roi Pratipa était généreux et pieux; souvent, il faisait des retraites à la source du Gange. Un jour, qu'il était en contemplation, il vit surgir du fleuve une femme ravissante. Elle vint vers lui et s'assit sur sa cuisse musclée, l'entourant de ses bras. Imperturbable, le roi réagit avec douceur : "Quelle gentillesse! Y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour toi, belle femme?
- Oui, je voudrais devenir ton épouse.
- Désolé, mais je ne jouis pas de la femme d'un autre ou si elle n'appartient pas à mon milieu.

- Mais je ne suis pas mariée et de plus je suis une vierge et une déesse. Ma personne n'a rien à voir avec tes conceptions morales et terrestres.
- Cela ne fait rien. Je suis en retraite spirituelle et j'ai juré de ne pas avoir de rapport sexuel pendant cette période. Ironiquement, tu t'es assise sur ma cuisse droite, celle-ci est traditionnellement réservée à sa propre fille ou à sa belle-fille. C'est la gauche qui est destinée à recevoir sa femme. Or ce n'est pas celle-là que tu as choisie.
Tu comprends donc que le sort n'est pas de notre coté. Mais puisqu’il en est ainsi, j'ai une idée qui ne devrait pas te déplaire, vu tes intentions. Pourquoi ne deviendrais-tu pas la femme de mon futur fils ?
- D'accord, mais à une condition toutefois, je ne veux pas que ton fils me juge pour mes actions. Je suis une déesse et je ne suis pas assujetti aux lois des hommes. Par contre, en tant qu'épouse je serais exemplaire, pour cela, ne te fais aucun souci.
- Qu'il en soit ainsi!» répondit-t-il. Et la déesse s'évanouit.

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Voici les personnages qui font la trame de ce récit.

Vivasvam, le dieu du Soleil
Mahabhisa, roi de la Terre
Brahma, dieu de l'Univers
Ganga, la déesse du Gange
Pratipa, le puissant roi de la Terre
Les huit Vasu, dieux des éléments
Maharaja Santanu, roi de la Terre
Vasista, un grand sage
La vache, Surabi
Kasyapa, un grand sage
Bhisma, fils de Ganga et Santanu

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Maharaja Santanu tombe amoureux de Ganga, prêt à tout pour elle.

Un des loisirs le plus prisé des rois était la santanu-ganga.jpgchasse. Par la même occasion, les seigneurs joignaient l’utile à l’agréable. Leur devoir était d'assurer avant tout l'équilibre entre les espèces animales dans la forêt et qu'elles ne perturbent ou ne menacent pas les villageois. Si un tigre rodait dans les parages, une chasse était organisée et souvent le mangeur d'hommes se retrouvait piégé par un prince qui l'attaquait à main nue quasiment. Ils se gardaient ainsi physiquement en forme et affinaient leur maîtrise des armes, notamment celui de l'arc. Ils prenaient beaucoup plaisir à se promener dans la forêt et à chevaucher le long des rivières. Régulièrement, ils allaient rencontrer les sages qui y vivaient-là, en ermite, et pratiquaient les ascèses. C'est durant l'une de ces errances que Maharaja Santanu tomba nez à nez avec une jolie femme qui était nulle autre que la déesse Ganga sous les traits d'une mortelle. Il en fût amoureux et elle s’éprit de lui. Il était exactement ainsi qu'elle se l'imaginait depuis le royaume d’Indra, le dieu des dieux. Santanu se rappela les instructions de son père. Donc, lorsque Ganga lui soumit ses conditions pour le mariage, c'est à dire : « Je serais ta femme avec plaisir et ma fidélité sera au service de ton honneur. Ta dignité ne sera que plus rehaussée par notre union. Mais tu ne devras jamais poser de jugement déplaisant en ce qui concerne mes actions, qu'elles te plaisent ou non. Jamais tu ne prononceras de paroles blessantes contre moi. Tant que tu te comporteras avec gentillesse à mon égard, je serai à tes côtés; mais si tu as le malheur de t'irriter contre moi, sur le champ je disparaîtrais et notre relation conjugale prendra fin-là. Me suis-je faite bien comprendre ? », Maharaj Santanu accepta sans hésitation l'alliance. Ce fut un grand bonheur pour Ganga qui attendait depuis longtemps ce moment. Ils se marièrent et vécurent des années, vibrant au diapason de l'amour.

L'horreur : une mère qui tue ses enfants !

Ganga va noyer son enfantIl y avait un hic, cependant. Chaque fois que Ganga mettait au monde un enfant, son comportement devenait bizarre ; elle l'emmenait à la rivière et le noyait en proclamant : « Ceci est pour ton bien ! » Santanu n'en croyait pas ses yeux, mais il ravalait sa salive et pleurait en secret. Elle tuait à chaque naissance son propre enfant ! Quelle forme de cruauté pratiquait-elle ? Pourquoi avait-elle accepté ce mariage si elle haïssait tant les humains ? Ces questions restaient sans réponses. Il n'osait pas en parler avec elle, paralysé qu’il était par le pacte. De toute façon, le bonheur qu'il éprouvait en sa compagnie lui faisait oublier, après quelque temps, ces drames ponctuels. Mais lorsque Ganga s'apprêta à jeter le huitième bébé dans l'eau, n'en tenant plus, il l’interpella brusquement : « Non, pas celui-ci ! Cela suffit, cette comédie macabre a assez duré, je ne puis l'endurer plus longtemps ! Qui es-tu ? Viens-tu des planètes inférieures ? Es-tu une démone qui a pris un corps de déesse ? Et pourquoi fais-tu cela ? Pourquoi perpétuer, crime après crime, l'assassinat de nos enfants ? Tu sembles t'y adonner avec un plaisir sadique et je dois me taire, tout en constatant les horreurs… J'en ai assez, la coupe est pleine ! Cette conduite perverse m'est devenu intolérable. Je ne peux plus supporter cette ignominie au nom de notre amour. Celui-ci ne se fait pas aux dépends des autres. De quel droit supérieur jouis-tu pour disposer de la sorte de tes enfants sans être punie ?

 

Un seul enfant sera sauvé : le dénouement.

- Cher Santanu, répondit calmement Ganga, puisque tu veux avoir un enfant, je ne tuerai pas celui-ci, mais comme tu as brisé ta promesse, je te quitte définitivement. En fait, mon nom est Ganga et je suis la femme de Jhanu. Les grands ascètes m'adorent continuellement en pensée et par les rituels d'offrandes. Si je suis restée si longtemps avec toi, c'était pour combler les désirs des huit Vasu. Ces puissants dieux avaient été maudits par Vasista à prendre naissance sur Terre, dans des corps humains. Il n'y avait personne sur cette planète qui puisse être un père aussi digne que toi. Et pour le rôle de mère, en tant que déesse, j’ai choisi de leur venir en aide sous cette forme humaine. Ces dieux étaient misérables à l’idée de vivre sur Terre. J’avais donc conçu un plan avec eux par lequel je promettais de les libérer dès qu’ils prendraient naissance. Aujourd’hui. ils me sont extrêmement reconnaissants pour mon dévouement. Les Vasu n'avaient pas le désir de vivre ne serait-ce qu'une seule minute en ce bas-monde. Ils rêvaient de retourner chez eux aussitôt que possible. En fait, leur chute, due à la volonté du seigneur Brahma, n'aura été qu'un simple passage sur Terre. Ils s'en sont bien tirés ! lui lança-t-elle avec un sourire. Sois béni, il est temps que je m’en aille.


Maharaja Santanu veut tout savoir sur ses enfants.

Le monde s'écroulait autour de Maharaj Santanu : Mon dieu, quel ignorant je suis, et si intempestif ! J’ai gâché mon bonheur. Avant que tu t’en ailles, ma chère Ganga, parle-moi encore des Vasu qui furent mes enfants. Qu’ont-ils commis de répréhensible pour subir la colère du sage Vasista ? Et qui est donc ce Vasista ? Comment des dieux, en contrôle de puissants éléments matériels, ces maîtres de l’univers, peuvent tomber sous le coup d'une malédiction et se retrouver, sur Terre, à vivre le destin du commun des mortels ? Éclaire-moi, je t’en prie, sur l’origine et les gloires de mes enfants extraordinaires. Je suis fortuné mais, à la fois, si malheureux de ma condition. Raconte-moi s’il-te-plaît!  

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Le fils de Ganga: un archer incomparable

Alors qu’il chassait l’antilope dans la forêt, Maharaja Shantanu arriva sur les bords du Gange et son attention se porta sur le fleuve ; une impression étrange s'en dégageait . En y regardant de plus près, il s’aperçut que son débit coulait au ralenti, au point que l’eau semblait stagner. Curieux, il remonta son cours pour chercher la cause du phénomène. Il arriva à un endroit où une retenue d’eau changeait la perspective du fleuve.

Le fils de Ganga, Bhisma et le barrage

Devant cette scène invraisemblable, il en resta bouche-bée : des flèches entrelacées barraient le flux du courant et formaient un barrage. Il regarda aux alentours pour trouver l'archer et ses yeux tombèrent sur un adolescent à la carrure et à l'aspect d'un prince. Cette prouesse, digne de l'art du grand Parasurama, était le fruit d'un enfant qui manipulait l'arc comme un expert. Santanu ne reconnaissait pas là son fils, Devavrata, qu’on appellera plus tard Bhisma, en train de jouer avec Ganga, sa mère. L’enfant, par contre, identifia immédiatement le roi comme étant son père. Par ses pouvoirs mystiques, Bhisma disparut de sa vue ! Santanu, demeurant quelque temps interdit par ces exploits surhumains, en déduisit, encore perplexe et sous l'effet de la surprise, que ce fort et bel adolescent ne pouvait être que son fils. Se tournant vers la rivière, il s’exclama : s’il te plaît, Ganga, montre-moi cet enfant ! La déesse lui apparut sous une forme superbe, tout en blanc, ornée de bijoux raffinés et scintillants. Elle tenait sous son bras droit l’enfant pour le bonheur de Santanu. Celui-ci demeurait silencieux et ému. Après toutes ces années, il ne reconnaissait pas sa femme et son enfant. Santanu, voici le fils que tu as conçu en moi. Ce garçon merveilleux possède la connaissance de toutes les armes. Il les maîtrise à la perfection. Cet exploit, dont tu viens d’être le témoin, était un jeu pour lui. Je l’ai éduqué avec beaucoup de soins. Il possède une intelligence exceptionnelle. Il a étudié les Védas en entier, ainsi que leurs branches, sous la direction de Vashista, le précepteur du roi Rama. Le savoir des armes dont l'illustre Parasurama connaît les moindres secrets, ton fils, Devavrata, l'a appris de lui. Même les dieux et les démons tiennent en estime cet enfant prodigieux, car pour ce qui est de l’art, du combat et de la politique, il sera sans égal ; pour ce qui est de la gestion du royaume et de la société, de la compréhension des mécanismes du commerce et des arcanes de la psychologie, il est génial. Le voici, prends en bien soin à ton tour !

Santanu était au comble du ravissement. Il rentra au palais avec son fils, convoqua ses ministres et les descendants de sa dynastie, et leur annonça l’identité de Bhisma. Il en fit officiellement et en grande pompe son successeur, le prochain empereur.

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La malédiction des Vasu

 

La déesse raconte la saga des Vasu, les dieux des éléments matériels.
Vasistha était un grand prêtre connu de tous les dieux, expliqua Ganga au roi qui était pendu à ses lèvres. Il est le fils de Varuna, le dieu de l’océan. Il était le guru du grand et fameux Rama, le seigneur de Sita. Au moment de ces faits, Vasistha vivait dans un ashram, sur le mont Méru. C’était un lieu merveilleux, il y coulait des ruisselets sacrés et grouillait d'oiseaux et animaux variés. Tout y était à la disposition du sage pour une vie Vache kamadhenupaisible de méditation et d’austérités. Il possédait une vache exceptionnelle qui venait de chez Daksa, un des premiers êtres et le progéniteur de l’humanité et des animaux. Une grande personnalité, tout comme l'est notre sage, Vasistha. Parmi les filles de Daksa, il en avait une particulièrement adorable du nom de Surabhi. Celle-ci désirait corps et âme le bien être du monde entier. Elle fut mariée au grand sage Kasyapa et donna naissance à une fille qui était, sans s'y méprendre, une vache des plus adorables du nom de Nandini. Nandini ! Parmi les vaches, elle était la plus extraordinaire car elle pouvait combler tous les désirs de chacun, sans défaillir. Vasistha muni obtient donc cette vache pour ses rituels du feu sacrificiel ; ce dernier était alimenté par du beurre clarifié, de là l'importance de cet animal sacré. Libre, elle errait autour de son ermitage sans soucis.

Un jour, continua Ganga, les neuf Vasu arrivèrent sur les lieux avec leurs femmes et choisirent cet environnement paradisiaque pour villégiature. L'une des femmes aperçut la vache et s’en éprit follement. Mais, il va s'en dire, elle ne pouvait pas se l’approprier, car elle appartenait au sage de l’ermitage, Vasistha. Son mari lui expliqua que, à part sa grande beauté, la vache avait une qualité surnaturelle : celui qui goûtait à son lait obtenait de rester jeune pendant 10 000 ans ! Mais sa femme n’avait de raison que pour son idée. Elle pensait à une amie très chère à qui un tel cadeau rendrait si heureuse. C’était une terrienne, et, elle et son mari pourraient être libérés des maux de la vieillesse et de la maladie qui affligent les humains. « S’il te plaît, ramenons-là lui ! », criait de joie la déesse. Son mari mésusa de ses droits et, à l’aide de ses frères, vola la vache. La confusion ayant perturbé sa raison, il oublia que le propriétaire était un sage aux pouvoirs mystiques capables de lui infliger une punition mémorable pour ce méfait. Il ne vint pas à l’esprit de ce dieu que le sage le maudisse. Telle est l’illusion, pour répondre à ta question, dans laquelle les dieux peuvent tomber, une illusion qui perturbe l'esprit de l'homme le plus sage s'il prend les choses pour acquises.

La forêt annonce un mauvais présage

De retour à l’ashram, ayant besoin de sa vache pour ses rituels du soir, le sage Vasistha la chercha partout dans la forêt. En vain, il s'enquit auprès des ermites qui vivaient-là. Alors, il se mit à réfléchir à l’aide de sa vision de yogi et il dénoua le complot. Déçu par les Vasu, il leur infligea la perte de leur statut de dieux et les déchoit à prendre naissance sur Terre. Puis, imperturbable, il retourna à ses méditations.

Rapidement, les Vasu eurent vent de la malédiction. Ils se rendirent tout de go chez le sage et implorèrent son pardon, ils se prosternèrent devant lui comme huit fétus de paille. Mais Vashista ne voulait pas revenir sur ses paroles. Il allégea, cependant, leur condition : « Vous n’aurez pas à passer toute votre vie sur Terre, mais vous n'y ferez que le voyage. Le cas de Dyu (le futur Bhisma) sera néanmoins différent, puisqu’il est l’instigateur de ce vol inqualifiable ; il devra résider sur Terre pendant quelque temps. Entendant ce destin de pestiféré, le Vasu supplia du sage sa miséricorde. Touché par le sincère repenti, il considéra un allègement à sa peine : tu gagneras un grand prestige parmi les hommes et tes qualités seront exceptionnelles. Tu connaîtras parfaitement les écritures et seras un érudit sans égal, un maha-bhagavat (haute autorité en matière spirituelle). Tu ne te marieras pas, tu n'auras pas d'enfants et tu n'auras aucun rapport sexuel. Ainsi, tu ne tomberas pas dans le piège des illusions. Tu seras l'homme le plus respecté et les dieux te féliciteront pour ta force de caractère et ton détachement.

Ce garçon, continua Ganga, était auparavant connu sous le nom de Dyu*, sur les planètes édéniques. Santanu écoutait sans perdre un mot. Elle conclut ainsi : tu sais tout maintenant de son passé. Je vais m’en aller en l’emportant avec moi, mais dés qu’il sera adolescent, son éducation achevée, je te le ramènerai. Et elle disparut, laissant son compagnon dans un état de prostration totale.

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* Ou on peut retrouver son nom sous le vocable de Dyaus, le dieu du ciel.

 

Ganga confie son fils, Bhisma, à son père

Maharaj Santanu s’avéra être un souverain hors pair, admiré par les dieux et les saints, rois et brahmanas. Ses vertus étaient notoires. Il maîtrisait les sciences spirituelles et matérielles. Il promulguait son attention non seulement aux sujets composant son royaume, qui incluait tout Bharate (l'Inde), mais également aux autres êtres de la Terre : animaux, forêts, cours d’eau, etc. Contrairement aux seigneurs de la guerre, souvent imbus de leur personne et ne pouvant se garder de provoquer les autres rois ou leurs pairs par les jeux du pouvoir, de l'amour ou de la cupidité pour les richesses, Santanu était apprécié pour sa moralité, sa piété et sa modération envers les plaisirs de la cour. Durant le règne de Santanu, la Terre regorgeait de fruits, de légumes et de céréales. Les gens étaient heureux et la société fleurissait sous sa gestion harmonieuse : les brahmanas instruisaient et conduisaient les rituels dans les temples, les kshatriya organisaient et supervisaient les affaires militaires et policières, les vaishyas -commerçants et fermiers- veillaient à ce que les villes soient ravitaillées et, enfin, les shudras (la classe ouvrière et les servants) travaillaient de bon cœur à la prospérité des autres classes, ce qui leur permettaient de bénéficier de leur opulence. Pour tout cela, et bien d’autres choses encore, maharaj Santanu avait reçu le titre de Roi des rois.

* Ou on peut le retrouver désigné sous le vocable de Dyaus, le dieu du ciel.

Pour lire l'article précédent : Introduction au Mahabharata
Pour en savoir plus sur Bhisma :

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