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Publié par Laziz

http://www.oocities.org/maroudiji/linconvenient.jpgJe veux vous parler de la revue L'Inconvénient que j'ai découverte tout récemment* alors que je supputais le rayon d'une librairie. Je fus attiré par la facture artisanale de sa couverture et par son titre: Essais de critique non constructive. À vrai dire, ce titre ne m'emballait pas outre mesure mais la curiosité fit le reste. Je l'ouvrai et tombai sur les poèmes d'Amari Hamadene, un algérien! tout comme moi. Et me voici de retour à la maison avec l'ouvrage en question, résolu à explorer un pan de l'art intellectuel et poétique au Québec. Tentative.

J'écrivais, dernièrement, sur l'état de la culture de nos jours. Je m'inspirai, en une occasion, de l'exposition sur Jean Cocteau au musée des beaux-arts; les responsables avaient aménagé une salle pour le porno (ce sont eux qui préviennent à l'entrée). Voici un passage de mon cru sur la grossièreté des tableaux : «Je voulais voir ce qu'il en était. Une femme se tordait le cou pour observer une gravure. Je me suis placé derrière elle et je l'ai imitée: c'était un gros plan d'une langue qui léchait l'anus poilu d'un gros cul!»

J'avais donc emporté la revue avec moi en accompagnant ma femme à l'aéroport et nous trouvâmes le temps de lire, à haute voix, s'entend, quelques textes pour le plaisir. On suivit le développement sinueux sur "L'art d'aimer" de Louis Hamelin sans saisir tout à fait le lien entre le titre et la critique. Mais l'auteur exprimait des idées intéressantes. À un moment donné, M. Hamelin écrit : «Isolés tels des phares sur leurs péninsules, les ouvrages se font signe de loin en loin, se répondent entre eux, sémaphore de moins en moins déchiffrable aux yeux de la masse, et les débats de l'heure s'appellent Bougons et Invasions Barbares. L'écrivain a cessé de déranger parce qu'il n'était plus lu, ou bien n'est-il plus lu parce qu'il a cessé de déranger ? C'est à se prendre la tête.»

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/5/0/2/3700173219205.jpgLa tête, ni ma femme ni moi, nous ne voulions nous la prendre, à ce moment-là. Nous avions surtout envie de lire et de nous faire une idée sur la qualité de la revue. Je notais simplement, pour moi, que Les Invasions Barbares ne constituait pas un débat valable. D'ailleurs, j'avais trouvé le film d'un intérêt superficiel, le scénario médiocre et vulgaire. Et il a obtenu deux Oscars pour ça! Je ne me sens pas en phase avec la culture d'aujourd'hui. C'est pourquoi, peut-être, j'éprouvais une satisfaction quant à découvrir cet opuscule. Culture et littérature sont encore synonymes, à ma raison, de noblesse, savoir et grandeur. (Je crois que, déjà, à 50 ans, au milieu de cet environnement pollué si gravement, le virus de la nostalgie m'attaque.)

À la fin du numéro de L'Inconvénient, il y a des informations concernant l'abonnement. Nous acquiesçâmes qu'il serait bon, s'il en est, de participer à la parution de la revue. Comme il nous restait encore quelques minutes avant que ma femme ne me quitte, nous décidâmes de lire encore. Elle choisit la nouvelle d'un auteur du nom de Renaud Jean, intitulée Le conventum... Ce n'était pas gai. D'emblée, aucun plaisir dans cet exutoire de la déprime qui s'épanche dans un style sans compensation. À peine avais-je réalisé la désespérante autosatisfaction qu'exsude l'auteur dans son marasme névrotique que ma femme bredouilla quelques paroles inaudibles et me tendit le livre, en grimaçant. Je repris la lecture. . .

«Active. À vrai dire, je n'étais pas sûr de savoir ce que cela voulait dire. Seulement, il me semblait que la vie que je menais ne pouvait plus durer: les matinées creuses à me masturber au lit, les après-midi sans fin à regarder la télé, les soirées perdues à me masturber au lit, je ne supportais plus. . . Je réfléchissais à la manière d'y parvenir, assis devant la télé, la verge à la main. Le téléphone sonna au moment où j'allais décharger dans la bouche de mon actrice préférée. Son visage devint flou, je perdis de vue ses gros seins, alors que s'imposait à mon esprit l'image de ma mère au bout du fil. Un peu de sperme me coula entre les doigts. D'une main, je tirai sur un kleenex . . . »

fesses à Montréal.jpg

Au moins, au musée on a eu la délicatesse d'avertir les visiteurs. Ses responsables représentent une classe d'individus à la Jean Cocteau, pour le meilleur et pour le pire. Mais ce volume que j’avais en main ne fleurait pas la perspective d'une débauche sexuelle par un acteur dégénéré. Est-il acquis que moi, comme tous, faisons partie du public actuel? Ladite nouvelle s'enfilait le plus naturellement du monde à la suite de textes et de poèmes à l'écriture soignée. Puis vient cette horrreur! C'est à croire qu'aujourd'hui l'art s'accomplit absolument à travers l'exploitation des sens tous azimuts et qu'un de ses vecteurs décisifs est l'exacerbation sexuelle par l'artiste. L'art à la grandeur des folles envies. L'auditoire et le lectorat en redemandent et augmentent. Le nombre impose le goût. C'est la gratification d'un public gagné. Sinon, c'est sa disparition. Même la putain a disparu, (ce qui me met dans l'embarras, car autrefois, au moins, je la reconnaissais plus facilement entre les femmes. Dorénavant, c'est une travailleuse du sexe, c'est ainsi qu'on l'appelle.) C'est à croire qu'aujourd'hui l'art ne se distingue plus que par la catégorie dans laquelle il se produit : tout ce qu'accomplit un artiste devient de l'art à la mesure de l'homme.

On a finalement réussi à se faire respecter des fumeurs qui nous soufflaient sans scrupules leur fumée à la figure mais pour ce qui concerne le sexe dégoûtant, en art particulièrement, on ne fait pas grand cas encore de la différence. Bravo aux éditeurs de L'Inconvénient, vous avez réussi votre pari; vous nous avez dérangés! 

* En fait, j'ai écrit cet article il y a au moins dix ans ou plus (1990...)

Autre lien en rapport: Du Québec, la culture générale et les littérateurs
 

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