Les grands enjeux de société et les idées qui en font la trame, avec humour, passion et gravité.
10 Mars 2012
« Ainsi le paradigme indo-européen, en tant qu’il postule en cette seconde moitié
du XIXe siècle une "homogénéité raciale originelle" ne peut avoir aucun sens.
« Ainsi les Aryens apparaissent partout comme les promoteurs du véritable progrès,
et leur expansion en Europe marque le moment où la préhistoire de notre
continent commence à diverger de celles de l'Afrique ou du Pacifique. »
Jean-Paul Demoule
Dans la notion floue qu'est la race, il y est sous-entendu l'existence d'un peuple premier, par lequel tous les autres seront engendrés (à la suite de la théorie du Big bang, par exemple, et de son extension). Vrai ou faux, c’est à partir de cette prémisse que s’est élaborée l’idée d’une race pure supérieure aux autres. La science, stimulée par la philosophie des Lumières, va accentuer cette croyance par la préservation d’un sang pur ne devant pas être contaminé par celui des peuples étrangers, surtout les noirs et les asiatiques. Un peu comme se comportaient les Grecs, avec les barbares, ou les Romains avec les Berbères; un peu, dis-je, mais pas tel que cela le deviendra au XIX siècle jusqu'à aujourd'hui).
Nous sommes dans les années 1800 et les Européens ont soif de domination. Les Français, surtout, se prennent pour l’exception humaine, supérieurs à tous les hommes et toutes les races. Mais rapidement les Allemands vont les rattraper et les surpasser. Ils se découvriront des ancêtres au sang noble et pur, les Aryens. Tout cela n'est que savantes vaticinations, supportées, en outre, par des travaux scientifiques, mais la théorie va faire son bonhomme de chemin et influencer les penseurs de la race blanche, c’est-à-dire l’Européenne, en fait, et elle sera même reprise par bon nombre d'autres peuples. ( En Inde, par le concubinage et la copulation entre Européens et indigènes, les descendants deviendront les Eurasiens, terme qu'on a envoyé aujourd'hui aux oubliettes. Je rappelle que cette idée -qu’il existait une race d’hommes supérieurs nommés Aryens- ne tient plus aujourd’hui, même si vous pouvez la lire encore dans les livres d’histoire ou de philosophie imprimés durant la dernière décennie. ) Dans l’imaginaire européen de cette époque, qui a prévalu jusqu’à la deuxième guerre mondiale et qui a perduré malgré tout par la suite, on se prenait pour le nombril du monde, ce qui consistait en des relents de l’influence biblique, du peuple élu dominateur.
Et l’on affirmait que la révélation transmise au peuple juif était la première œuvre divine et civilisatrice donnée en ce monde. Que toutes les autres expériences spirituelles, dites paiennes, ont été plagiées sur la Bible. Ainsi on s’est inventé des ancêtres, grands, blonds avec des yeux bleus qu'on appela les « Atlantes ». Il s’agit là d’une race pure qui aurait été sauvée, grâce à une isolation forcée dans le Nord de l’Europe, de la contamination et du métissage avec les autres peuples : les Cro-Magnon et autres entités néo-simiesques…

CouvertureIl faut cependant préciser que le mot Aryen n’est pas sorti tel quel du chapeau de ces théoriciens; ce concept d’hommes purs, grands, forts et nobles existait déjà dans l’Inde ancienne, mais il n’avait rien à voir avec l’idée européenne focalisant sur le charnel ; il était plutôt une qualification ; on désignait ainsi les guerriers aux hautes valeurs morales et exemplaires. Mais les Européens, qui n’ont jamais pu avaler la pilule, selon laquelle les Hindous -ces petits noirs, comme ils les appelaient, et dont on pouvait se familiariser avec le caractère dans les BD, genre Zembla ou Akim- puissent leur être supérieurs en savoir ; ils ont donc inversé de toutes pièces les rôles. Ce faisant, ils ont créé un nouveau peuple, les Indo-Aryens. Selon cette fiction romantique, ce sont ces nomades sauvages qui auraient édifié la civilisation hindoue.
Pour illustrer ces dérives de l'histoire, prenons la croix-gammée. Depuis toujours elle a été utilisée profusément comme symbole dans les rites védiques. Les nazis s’en sont emparés et ont reproduite son symbolisme à l’envers, cher aux occultistes attirés par le versant noir des phénomènes. Pour peu, si le régime allemand et démoniaque avait passé, les enfants auraient appris sur les bancs d'école que ce sont les Hindous qui ont copié la croix gammée et utilisé le signe, mais sans en comprendre la véritable signification...
Bref, c’est de cette période et de cette partie du monde que vient la notion de racisme. Tout le reste, "le type qui m’a regardé d’un mauvais œil, l’autre qui m’a traité de bougnoule, et encore celle qui n’aime pas coucher avec les noirs", ces anecdotes ne sont pas du registre du racisme.
* En sanskrit le mot swastika signifie bonheur, plaisir et bonne augure.
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