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Publié par Laziz

« Aujourd’hui encore, pour qui réfléchit sur le statut des travailleurs manuels dans l’entreprise et dans la société, il y a plus à prendre dans Simone Weil que dans la masse des œuvres dites ‘socialistes’ du XXe siècle. » Jacques Julliard

À vingt-quatre ans, écrit l'auteur de cet opuscule, Simone Weil était une jeune fille déjà bien informée en 1933, bien qu’elle ne disposait d’aucune source particulière sur l’horreur organisée qui se préparait en Russie. Elle était cependant capable de faire une analyse pénétrante sur la situation du communisme. « La vérité, écrit Julliard, est que le parti stalinien a si bien pratiqué l’intimidation et le chantage à la trahison auprès des ‘sociaux-démocrates sincères’ et ‘intellectuels de bonne foi’ que le grand mensonge a pu s’imposer sans coup férir, alors que personne n’était vraiment dupe. » La démocratie (toujours selon Julliard) est un lieu idéal pour la diffusion des mensonges, car sous l’oppression on est généralement plus méfiant ; en matière de réflexion, et même en matière d’information, l’humanité ne sera jamais sauvée que par quelques-uns.

Dans ce même livre: « Trop facile en effet de dire que l’État comme la machine sont des instruments neutres, qui peuvent servir demain à la libération comme ils servaient hier à l’esclavage ! C’est dans leur nature même qu’ils sont oppressifs. En instituant la coupure entre gouvernés et gouvernants, l’État, quel qu’en soit le propriétaire, est une machine à opprimer et à broyer. »

Une des rares femmes de son temps qui a vu clair dans le jeu démoniaque des forces politiques. Et Julliard de résumer sa pensée : « Or Marx, et à plus forte raison ses héritiers léninistes, n’ont rien changé au système en place ; souvent même, ils l’ont aggravé. Il y a chez eux une véritable ‘‘religion des forces productives’’, qui permet de conclure que le socialisme réalisé n’est qu’un des avatars possibles du système capitaliste. »

Où je la rejoins : « Pour Simone Weil, l’idée de progrès est une idée fondamentalement athée, car elle nie l’éternité, et une idée profondément matérialiste, parce qu’elle fait surgir le supérieur de l’inférieur. »


Feu Jacques Julliard

« Le moi est haïssable », dit Pascal. Il faut tuer le moi qui est en nous, réplique Simone Weil. Chacun son opinion, bien sûr, comme dirait l'autre. Mais la Bhagavad-gita enseigne tout le contraire : il ne faut ni haïr ni tuer cette entité en nous parce qu’elle nous dérange, mais en faire son ami.* Weil a pourtant lu la Bhagavad-gita. En outre, elle pense que Dieu est personnel : Dieu est présence, à travers Jésus. « Le Christ lui-même est descendu et m’a prise. », écrivait-elle. Mais dans les faits, et sa psychologie le démontre, elle est nihiliste. Elle lit la Bhagavad-gita et, comme beaucoup, amalgame son enseignement avec celui du bouddhisme. La dernière phase de sa vie, à Londres, c’est Simone se retirant d’elle-même : comme « Dieu renonce -en un sens- à être tout. Nous devons renoncer à être quelque chose. »

 

Aimer une personne au lieu d'un concept

À propos de son nihilisme -dont le cœur, paradoxalement, battait pour la personne de Jésus tout en désirant l’extinction de son être, c’est-à-dire sa dissolution totale- qu’elle connaissait la Bhagavad-gita et qu’elle l’appréciait, tout comme son frère aîné, André. Celui-ci était un très bon mathématicien qui enseigna quelques temps les maths à New Delhi et lisait la Bhagavad-gita dans le texte, ayant appris le sanskrit à la Sorbonne. Jusqu’à ses derniers jours, et cela depuis la première guerre mondiale, André Weil avait toujours sur lui une Bhagavad-gita qu’il aimait pour sa poésie et l’enseignement spirituel. On comprend mal alors comment sa sœur pouvait aspirer à la désintégration de son égo et qu’elle se laissa mourir par solidarité pour les Français qui soufraient à cause de la guerre. La guerre ! Simone était une pacifiste, ce qui lui fut reproché par son frère. Plus tard, elle reconnaîtra que c’était une erreur « criminelle » de sa part. Elle réalisera qu’Hitler avait bien profité de ce désir chrétien de ne pas s’engager dans la lutte armée contre l’oppresseur. Mais c’était trop tard.

Le chapitre 8 de la Bhagavad-gita commence ainsi (traduction d’Émile Senart) : « Arjuna demanda : Que signifie, ô Suprême Personne, le ‘brahman’ ? … » Krishna lui répond : « Souviens-toi de moi en toutes circonstances et combats, l’esprit et la pensée fixés en moi. Alors, sans aucun doute, c’est à moi que tu viendras. »

Faut-il expliquer ces paroles pourtant si claires ? Krishna est bien là devant Arjuna. Comment peut-on interpréter ce conseil comme signifiant une entité différente de Krishna lui-même ? Comment est-ce possible ? Qu’à cela ne tienne, ils le font tous !?! Je vous donne la suite sous forme d’image.

Si Simone Weil était positivement impressionnée à ce point par l’idée de ‘personne’, elle avait là, en la Bhagavad-gita et en son frère qui la connaissait très bien, une résonnance unique quant à l’identité de Dieu en tant que personne. Mais elle n’en tint pas compte, étrangement. Les gens font fi de ce fait et ils se disent des lecteurs passionnés de la Bhagavad-gita ! Pire, ils l’enseignent ! D’ailleurs, son frère, qui la transportait toujours avec lui, et malgré l’attachement à cet enseignement spirituel, ne croyait pas à la vie après la mort…
 

Davantage sur l'origine du nihilisme : (dernier paragraphe)
Et pour approfondir le sujet du nihilisme :

Simone Weil et le nihilisme

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