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Publié par Laziz

Voici quelques extraits de textes que je lis sur le Web à propos de l’Afghan Al-Biruni, (973-1048) grand voyageur et scientifique. Les liens se trouvent en bas de page

Al Biruni et son voyage en Inde
Mathématicien, philosophe, physicien, astronome, pharmacologue, Al-Biruni est connu pour sa théorie de la rotation de la terre autour de son axe et autour du soleil avant Copernic. En plus de sa langue arabe, il en parlait plusieurs autres (grec, persan, sanscrit).

Au retour d'une mission scientifique en l'Inde, accomplie pour un souverain gaznévide (une région de l'Afghanistan) appartenant à cette dynastie qui avait établi son autorité à travers un territoire s'étendant sur trois mille kilomètres du nord au sud, Al-Biruni rédige une Description de l'Inde où il déclare :
« J'ai écris ce livre sur la doctrine des Hindous, sans jamais employer contre eux des arguments dénués de fondement - eux, nos antagonistes religieux - , et en même temps sans perdre de vue qu'il allait de mon devoir, en tant que musulman, de citer fidèlement leurs propos, sans les amputer, quand je pensais que leurs idées pouvaient servir à élucider un sujet. S'il arrive que le contenu de ces citations paraisse tout à fait païen et que les adeptes de la vérité -ainsi les musulmans- trouvent à y objecter, nous ne pouvons que dire que telle est bien là la conviction des Hindous et qu'ils sont eux-mêmes les plus qualifiés pour la défendre. »

Carte du XIVe siècle représentant le royaume qui aurait été plus ou moins celui dans lequel vécu Al-Biruni quelques siècles plus tôt. Il englobait une partie de l'Iran, l'Afghanistan, le Pakistan et une partie de l'Inde.

Carte du XIVe siècle représentant le royaume qui aurait été plus ou moins celui dans lequel vécu Al-Biruni quelques siècles plus tôt. Il englobait une partie de l'Iran, l'Afghanistan, le Pakistan et une partie de l'Inde.

Selon Kaustav Chakraborty*, Al-Biruni avait écrit sur son protecteur, chef des armées : « Mahmoud ruina complètement la prospérité du pays. Il accomplit certes de merveilleux exploits par lesquels les Hindous furent réduits à des atomes de poussière. Mais c’est aussi la raison pour laquelle les sciences hindoues se retirèrent loin de ces parties du pays conquis par nous. »

Car tout le monde sait ou devrait savoir qu’il n’y a guère de science ou de philosophie à proprement parlé sans liberté d’expression. À noter que Biruni avait plutôt intérêt à garder une juste mesure quand il écrivait à propos de la conduite morale des musulmans : ils pillaient et saccageaient les lieux qui tombaient sous leur coupe. Et il sait de quoi il en retourne car lui-même fut déporté comme esclave par le tyran qui aimait s’entourer à sa cour d’érudits et de savants.

* Dans son livre Deconstructing the Stereotype: Reconsidering Indian Culture, Literature and Cinema

Dans Les grandes figures de l’islam Malek Chebel donne la place qui convient à cet immense savant qu’était Al Biruni,Dans Les grandes figures de l’islam Malek Chebel donne la place qui convient à cet immense savant qu’était Al Biruni, contrairement à Ali Benmakhlouf qui, dans son ouvrage, Pourquoi lire les philosophes arabes ?*, n’en touche pas mot. Il semble en effet que la spéculation philosophique ne fut pas la plus grande préoccupation d’Al-Biruni, ce génie.

 Aujourd’hui on fait la différence entre ce qui est philosophique et ce qui ne l’est pas. Mais c’est comme la science, tout le monde en parle mais quand vous demandez en quoi consiste exactement cette discipline, personne ne vous répond à part ces nonos qui pullulent sur le Web et qui vous dégurgitent les réponses toutes prêtes qu’on leur a fourrées dans le crâne. Souvent, ils en vivent, de la science... ; ils sont des prolétaires qui font les tâches dans les labos comme autrefois les ouvriers à la chaîne dans les usines. « Touchez pas à notre travail ! » criaient-ils dans les manifestations quand on a commencé à revoir la production souvent nocive pour le reste de la population, à l’instar de la cigarette ou de l’amiante, entre autres. Mais il est vrai aussi que depuis peu, l’enthousiasme aveugle que l’on voue aux sciences commence à battre de l’aile. Bref, la philosophie a dû s’incliner face aux scientifiques. Ceux-ci maîtrisaient mieux le savoir nouveau en pleine expansion depuis plusieurs siècles que les philosophes qui raisonnaient, et continuent de le faire, dans le fond, comme des religieux, même s’ils sont athées pour la plupart.

Voici deux passages du livre de Chebel sur Biruni.

« Pourtant, Abu Rayhan Al-Biruni, né au temps des Samanides et de la petite dynastie ghaznavide, dont il s’allia le chef, Mahmoud de Ghazna *(mort en 1030), fut un savant du meilleur cru doublé d’un encyclopédiste, comme c’était l’usage par le passé. Moins philosophe qu’historien, tout en étant aussi minéralogiste et géographe féru d’expérimentation et de comparatisme, Al-Biruni était rompu à plusieurs disciplines, dont il fit les axes principaux de son œuvre. Ce penchant pour le voyage, l’astronomie et la science pure allaient lui permettre de s’affranchir de l’influence des pères tutélaires de son temps, à commencer par Aristote, le primus magistère. »

Mahmoud était un Afghan. Il détruisit en grands nombres les temples en Inde qu’il trouvait sur sa route. Il haïssait les religions hindoues. Sur son passage, ce n’était que feu et sang pour les populations.
* Mahmoud était un Afghan. Il détruisit en grands nombres les temples en Inde qu’il trouvait sur sa route.
Il haïssait les religions hindoues. Sur son passage, ce n’était que feu et sang pour les populations.

Son ouvrage majeur, Histoire de l’Inde, est le premier à avoir soulevé la question des castes au sens où nous l’entendons aujourd’hui, nonobstant le système esclavagiste qui sévissait dans le monde musulman : « La bonne conduite, écrit Al-Biruni, dans son Histoire de l’Inde, est fixée par la religion hindouiste dont les principes sont subdivisés en de nombreux articles. Voici, pour les Hindous, les neuf commandements qu’ils doivent respecter : 1. Tu ne tueras point ; 2. Tu ne mentiras point ; 3. Tu ne voleras point ; 4. Tu ne seras pas adultère ; 5. Tu n’accumuleras point ; 6. Tu seras sanctifié et purifié ; 7. Tu observeras le jeûne et la mortification ; 8. Tu adoreras ton Dieu et tu le glorifieras ; 9. Tu auras toujours présent à l’esprit le mot OM (la syllabe sacrée), celui de la Création, sans toutefois le prononcer.

Om, quand je peins le son originel indien

* Pour en lire plus sur cet auteur et la critique que je fais d’un autre de ses livres :
Pourquoi lire les philosophes arabes
Les liens : Le Courrier (juin 1974)
Al-Biruni Fragments arabes et persans relatifs à l'Inde

Au coeur de la spiritualité indienne

Quand Al Biruni visite l’Inde au début des années 1000, il n’y a pas d’études indianistes, il est le premier à faire une description de ce qu’il perçoit des coutumes et des religions de ce pays.

Dans une note, commentant le livre d’Al Biruni, l’éditeur écrit : « Vasudeva est le père du dieu Krishna ; mais Al-Biruni, à l'exemple de plusieurs écrivains indiens, s'est servi ici et ailleurs de ce nom pour désigner Krishna lui-même. Il fait aussi mention d'un lieu situé aux environs de Mathura, de l'autre côté de la Yamuna, et où Krishna passa son enfance. Il nomme ce lieu Nandacoula (?), c'est-à-dire l’étable de Nanda, du nom d'un bouvier qui éleva Krishna. »

Nandagram, le lieu qui accueillit bébé Krishna

Le passage ne s’arrête pas là, mais avant de placer la suite je veux dire quelques mots à ce sujet. On y apprend que le père de Krishna s’appelait Vasudeve. Il est certain que l’auteur de cette explication ne connaissait pas le sanskrit. Krishna et son père avaient bel et bien le même nom, mais ils ne se prononçaient pas de la même façon. Quand Vasudeva ( वसुदेव ) se prononce sans le ā long, il s’agit du père. Et Vāsudeva ( वासुदेव ), avec ā ( वा ), il s’agit de Krishna. Et celui-ci est généralement appelé Vāsudeva, nom qui est associé à sa période adulte et souveraine.

Je trouve Al Biruni passionnant car il est le seul à décrire l’Inde selon sa véritable identité spirituelle et non d’après le monisme des philosophes, c’est-à-dire l’advaita de Sankara très à la mode aujourd’hui et qui occulte l’authentique tradition religieuse hindoue, l’adoration de Vishnou ( Vishnou et Krishna étant la même personnne pour les Indiens, tout comme il l'est du point de vue scripturaire.)

la rivière yamuna à MathuraLa ville de Mathura est connue depuis très longtemps. À un certain moment, elle est devenue bouddhiste, puis elle est revenue à ses anciens amours, Krishna et les avatars de Vishnou. C’est à Mathura que Krishna est né, en prison, car ses parents y étaient enfermés. Selon la prédiction, un enfant de Vasudeve devait devenir le futur roi, c’est-à-dire Krishna. Grosso modo. Quant à la Yamuna, c'est une très longue rivière qui prend sa source dans les Himalayas et passe par Delhi et Mathura pour aller se jeter, beaucoup plus loin à l’Est, dans la Ganga. ( Ce fleuve est féminin en sanskrit et sa déité est une déesse, l’appeler le Gange porte à confusion.)

Son père réussit à le sauver en le portant de l’autre côté de la Yamuna, une très large rivière, et le confia à une famille qui l’éleva dans le secret. Cette famille, Nanda et Yasoda, sera plus connue que ses parents biologiques. Ce lieu s’appelle Nandagram et non Nandacoula. Ce n’est pas une étable mais un petit village. Bouvier signifie pâtre ou celui qui garde les vaches. Un autre nom de Krishna est Govinda, Go signifiant vache. Krishna étant le protecteur des vaches. La vache est considérée comme une mère, parce qu’elle donne du lait. Tout comme la Terre, elle a également le statut de mère.

Vasudeva, le père de Krishna, réussit à le sauver en le portant de l’autre côté de la rivière Yamuna

« Krishna, explique M. Reinaud dans le Journal asiatique de 1844, traduisant et commentant le récit de voyage d’Al Biruni en Inde, appartenait à la famille des Pandava et des Kaurava. Dans la guerre qui s'éleva entre les deux branches, il se signala par son courage, et ce fut lui qui, en se déclarant pour les Pandava, fit pencher la victoire. [---] Al-Biruni donne un petit aperçu de cette guerre, d'après le Mahabharata, qu'il cite ailleurs avec le nom de son auteur, Vyasa, fils de Parasara. Une grande partie des Indiens adressent maintenant un culte à Krishna, qu'ils regardent comme une incarnation de Vishnou, un des membres de la triade indienne; mais ce culte, comme l'a remarqué Colebrooke, n'est pas ancien, et il ne me paraît pas antérieur au Ve siècle de notre ère. »

Colebrooke (1765) a plus que tort. Aujourd’hui on s’accorde pour dire, même si c’est encore faux, que le Mahabharata date du Ve siècle avant notre ère ! Les érudits hindous, cependant, ne sont pas d’accord avec ces dates et le Mahabharata lui-même donne la période de sa composition : quelque temps après la disparition de Krishna, c’est-à-dire 3000 ans avant Jésus-Christ.

Le Courrier-Al Biruni

« A quarante-cinq ans, il se mit à apprendre le sanskrit, fit plusieurs voyages dans le pays, en foula le sol et en respira l'air, sans cesser de tracer des comparaisons et de s'étonner de tout. En scientifique accompli, al-Biruni s'évertuait non seulement à accumuler des connaissances, mais aussi à faire partager son savoir. Ainsi, il traduisit en sanskrit les Éléments d'Euclide et son propre traité d'astronomie et, jugeant mauvaise celle qui existait, envisagea de donner une nouvelle traduction arabe de cette œuvre immortelle qu'est le Pantchatantra.* »

Les Arabes ont traduit le Panchatantra sous le nom de Kalîla wa-Dimna.Le Panchatantra est un très ancien ouvrage hindou dont on retrouve des histoires dans le Mahabharata. Vous pouvez lire celle que j’ai publiée sur ce blog, ici. Cette œuvre a été traduite par les bouddhistes et de nombreux peuples à travers le monde, notamment les Perses, les Arabes (Kalîla wa-Dimna) et les Grecs. Les Français ne sont pas en reste car Jean de La Fontaine en fit grand cas. Voici ce qu’il écrit à ce propos : « Il ne m’a pas semblé nécessaire ici de présenter mes raisons ni de mentionner les sources à partir desquelles j’ai tracé mes derniers thèmes. Je dirai, comme dans un élan de gratitude, que j’en dois la plus grande partie au Sage Indien Pilpaï. Son livre a été traduit en toutes les langues. »

* Vous pouvez lire à satiété à propos du Panchatantra sur Wikipédia.

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Le Dieu Rama et les singes, selon Al-Biruni

Le Dieu Rama et les singes, selon Al-Biruni

« Ici  l'auteur (Al-Biruni) donne quelques dates, d'après le calcul des Indiens, notamment l'année où Rama tua Ravana; dans cette même année, Lakshmana, frère de Rama, tua Coumbakarna, frère de Ravana, et tous les Rakshasas* furent domptés; événements, ajoute l'auteur, qui, suivant les Indiens, furent racontés dans le temps même par le sage Valmiki, dans un livre intitulé Ramayana. L'auteur ajoute que les Indiens connaissaient, en dehors de leurs dates fabuleuses, l'époque précise de la vie de Rama et de la composition du Ramayana, mais qu'il lui avait été impossible de se faire donner communication de cette date, qui serait si importante pour nous.** »

* Une race d’êtres diaboliques. 
** Amusant, surtout qu’une telle donnée, « en dehors de », n’existe pas, sinon dans l’esprit des lecteurs qui découvrent ces récits. Les dates que fournissent les écritures sont réelles. À aucun moment les textes védiques, fort nombreux, ou les sages, ne nous mettent en garde contre ces « dates fabuleuses ».

Ulupi, la femme serpent qu'épousa Arjuna, mahabharataL’histoire, telle que racontée dans le Ramayana, est antérieure à celle du Mahabharata de milliers d’années. Nous ne sommes pas dans le même registre. À l’époque de la rédaction de ce dernier, les animaux n’entretiennent plus de rapports avec les humains comme cela avait été le cas avec Rama et Sita. Quand le Mahabharata, cependant, décrit le début du monde, il y a de nombreuses histoires impliquant les animaux et les hommes. Il apparaît même que certains d’entre eux, comme les serpents, sont supérieurs à nous, humains. Il est vrai, toutefois, que les animaux, en tant qu’êtres supérieurs, y sont mentionnés ici et là, mais le phénomène tend à disparaître avec le temps qui passe ; par exemple lorsqu’Arjuna se retrouve sous les eaux d’une rivière, emporté par une femme naga, de l’espèce des serpents. Elle désirait l’avoir pour époux. Il lui donna un fils. Il y a ainsi quelques autres cas rares.

 Suite des descriptions du sud de l’Inde et des croyances

« A seize parasanges* de là, du côté de l'orient, sont les montagnes de Kihkanda**, autrement appelées Montagnes des singes. Chaque jour le roi des singes sort avec quelques bandes de ses sujets. Les singes ont des lieux de rendez-vous. Les habitants ont soin de préparer pour eux du riz bouilli qu'ils apportent sur des feuilles d'arbre. Quand les singes ont mangé, ils s'en retournent dans leurs bois. Si on négligeait de leur préparer à manger, cette négligence serait la ruine du pays, tant ils sont nombreux et méchants. Les habitants croient que ces singes formaient jadis un peuple d'hommes, à présent métamorphosés, et qu'ils prêtèrent un secours actif à Rama, dans sa guerre contre les démons (les Rakchasa). Ils prétendent que ces villages furent donnés, par Rama, en cadeaux aux singes. A les en croire, lorsqu'un homme va dans ce pays, s'il se met à réciter les vers composés par Rama à l'intention des singes, et qu'il emploie ses incantations, ils prêtent l'oreille à ces vers, ils font silence pour les entendre, ils enseignent le chemin au voyageur égaré, ils lui donnent à manger et à boire. S'il y a quelque chose de vrai dans ce récit, il faut croire que c'est l'effet de l'harmonie des paroles...»

* Unité de mesure perse correspondant à 5, 6 km.
* Près d’Hampi, un énorme complexe religieux qui a été détruit par les musulmans, notamment Mahmoud de Ghazni. Quelques photos que j’ai prises du lieu qui, encore aujourd’hui, reste grandiose à plusieurs égards.

Al Biruni et I'Inde au X siècle

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