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Publié par Laziz

Dennis Waite L'advaita vedantaVoici le dernier livre que je lis pour mon travail personnel*. Je  vous reproduis le tout tout début de l’intro. Il est original, on ne peut plus divin. C’est une citation de Robert Pirsig : «C’est une chose curieuse. La vérité sonne à la porte, et vous lui dites :“Allez-vous en, je cherche la vérité”… et alors elle repart. Curieux.» Et Waite d’entamer sa préface, première lignes, premiers mots : «Le sujet de ce livre est "la Vérité"», avec un grand V. Mais il précise : «Il faut cependant dès le départ bien insister sur le fait qu’au final, cette vérité ne peut être décrite. On arrivera à l’appréhender intellectuellement mais non à la saisir de cette manière.» C’est déjà pas mal, entre vous et moi, que l’on puisse comprendre intellectuellement la Vérité, non? Quoiqu’ici, la vérité passe par leurs savantes interprétations. Ai-je prononcé un truisme? Une fois la vérité comprise, «il reste, toujours selon lui, un tout petit pas intuitif à faire pour atteindre l’éveil plutôt qu’un impossible saut par-delà l’océan d’ignorance qui attend les aspirants ayant choisi de suivre d’autres voies, plus sombres, aux cheminements obscurcis par le dogme ou une mauvaise compréhension.» Après avoir lu quelques pages, on découvre que l’auteur est pareil à Dieu, ou sur le point de le devenir. Le cœur mystique de toutes les religions n’enseigne-t-il pas «JE SUIS est bel et bien synonyme de Dieu». Et de nous rappeler que la Bible et le Christ professent ce de monisme, le fait de ne faire qu’un avec Dieu, puisque son royaume est en nous. C’est la signification du mot ‘advaita’, non divisible. Dieu est non divisible et omniscient. Donc nous faisons partie de Dieu, nous sommes Dieu en quelque sorte.

 

Dieu est un -et multiple

Dans un paragraphe intitulé Les sources de l’enseignement, Denis Waite met en perspective   le livre saint qu’est la Bhagavad Gita. Il est étrange qu’il y fasse référence étant donné le peu d’estime que les adeptes de l’Indivisible ont pour la bhakti. Car la Bhagavad-gita et le Mahabharata sont rois parmi les textes sur la bhakti et sont spécifiquement destinés aux adorateurs de Krishna, à ceux qui croient -contrairement à eux- que la vérité est diverse et aisément plus accessible par la dévotion que par l’érudition exégétique, le culte du savoir. En outre, et c’est ce qui accentue la singularité de la démarche de Waite, l’enseignement de la Bhagavad-gita entre dans la catégorie philosophique du dualisme : Dieu est également multiple. Il y a pas longtemps, je faisais la promotion d’un bel ouvrage, ‘Un et Multiple’, qui traitait de cette idée. **.

 

La connaissance serait supérieure à l'amour: jnana en opposition à bhakti

La position de l’auteur, en matière d’enseignements védiques et de sa compréhension, est d’emblée posée dans la préface. Il écrit en première page qu’il y faut distinguer parmi les chercheurs de vérité, les rationnels (ceux que l’auteur privilégie) et les sentimentaux, qui ont besoin de bons points pour satisfaire leurs désirs et les encourager dans leur quête. Écoutons Waite donner le la : «L’Advaita est à la fois une philosophie et une religion au sens originel du terme. C’est une des rares écoles à proposer une approche par étapes adaptée à pratiquement tout le monde sauf ceux qui refusent d’y prêter l’oreille. Il existe une voie dédiée à ceux qui souhaitent suivre uniquement des raisonnements logiques pour saisir la nature de la réalité et une autre voie pour ceux qui recherchent un Dieu personnel à qui confier leurs tracas quotidiens. » En sanskrit on utilise le terme jnana (connaissance) et bhakti (amour) pour distinguer ces deux pratiques ancestrales de yoga, le jnana-yoga étant le plus anciennement pratiqué par les brahmanes.

  maya I love you
 

S’il y a un dieu -et moi, cela signifie que l’on accepte qu’une distinction s’établisse entre lui et moi, ce qui s’apparente à de l’ignorance. Car si la réalité est Une, comme le prétend la philosophie de l’advaita, cette distinction n’est que le fruit de l’illusion, maya. C’est le genre de réalisation que ce livre est supposé nous apporter. Puérile, mais pas à peu près! 

 

Adi Sankara with SunLes adeptes de la philosophie de l’Advaita se basent sur les enseignements d’un des plus grands sages et philosophes de l’Inde antique : Sankara, ou Sankaracharya. Il «questionne et détruit avec talent toutes les interprétations autre que celles de l’Advaita (sourire). Après Vyasa, l’auteur des Véda, il est celui qui synthétisera ce corpus en un seul traité. Il demeurera une référence incontournable pour quiconque veut débattre des questions spirituelles relatives au concept du Brahman, et comment atteindre à la cessation du cycle des morts et des renaissances. 

 

Dieu, vérité et illumination 

L'auteur** s'interroge-t-il sur l'existence de la vérité, me demande-t-on en privé? La quête même consiste en une recherche de la vérité. Toutes ces démarches religieuses basées sur les écritures révélées ou sacrées ont pour but la reéalisation de la vérité. Mais le procédé est miné dès le départ. Un chrétien ou un musulman vous diront également qu’ils sont à l’affût de la vérité, mais en amont  ils ont laminé toutes les autres sources de savoir et se sont engoncés délibérément dans des dogmes absolus tels que : «Jésus est la seule voie ou Mohamed est le dernier des prophètes et la conclusion ultime de la vérité.» Mais des Purana ou des Upanishad, ils n’en ont cure! De toute façon je l’ai déjà dit et je le redis, par expérience et selon le verdict de grands penseurs, il n’y a plus de philosophie de nos jours, les gens en sont incapables, même s’il demeure encore quelques obscurs maîtres à penser. La question sur la vérité comme motivation d’une démarche spirituelle est naïve : tout le monde cherche la vérité, soi-disant. Tout le monde pense être sur la bonne voie. Et ce qui ne va pas, on le balaie sous le tapis. Car tout n’est pas rose dans la meilleure des philosophies que nous décrit Dennis Waite. Les partisans de l’advaïtisme se déchirent entre eux. Un des groupes émergeant, du nom de néoadvaïta, pousse la logique de cette pensée jusqu’à refuser d’entreprendre le yoga prescrit pour l’illumination. En effet, assurent-ils, nous sommes déjà illuminés mais nous n’en sommes pas conscients, d’ailleurs « il n’y a ni chercheur, ni rien à chercher. » Comme dirait Dieu dans la Bible : « Je suis ce que je suis. » Waite lui-même considère cette proposition comme un axiome universel prouvant que nous sommes Dieu.

 

Brahma, Dieu et mon Chat
 

Brahma et le chat

«L’advaita est une philosophie extrêmement logique», écrit Waite. C’est mal parti à mon avis. Car il ne précise pas le sens qu'il donne au mot philosophie. D'aucuns parmi les philosophes vous diront que cette discipline doit être rationnelle pour être logique et digeste. De là la nécessité de définir les mots en abordant un sujet aussi ardu et mystique. Mais passons. Quelques lignes plus bas, il donne un exemple de cette logique : «En réfléchissant sur la création, nous découvrons qu’il n’y a jamais eu de création. L’ensemble de ces démonstrations aboutit à nous faire réaliser qu’il n’y a rien en dehors de Brahman», qu’il n’y a rien en dehors de Dieu. Comme Dieu n’a jamais été créé et qu’il est lui-même non différent du monde, il ne peut y avoir de création. Voilà son syllogisme. Au moins avec lui (dis-je sarcastiquement) je m’entendrais sur ce point : on peut se passer de Darwin, ce qui nous dispenserait de sa fameuse théorie de l’évolution des espèces.

 

Ignorance volontaire d'oeuvres védiques 

Parlant de leurs convictions à propos de la création, les adeptes de l’advaita définissent cette dernière comme un «amusement», idée bizarrement inspirée de la traduction du mot lila, d’origine sanskrite. Car la création du monde matériel est une réflexion du monde spirituel, Vaikunta, et non du Brahman, comme ils se plaisent à l’insinuer. Le Brahman est une énergie, alors que Vaikunta représente le monde spirituel. Ceci est corroboré par maints écrits qui stipulent l’importance suprême de ce lieu pour les individus ayant atteints la libération du cycle des morts et des renaissances. Mais l’on verra cela plus tard… Pour appuyer ses convictions, Waite cite un érudit, Ramesh Balsekar, qui dit la chose suivante (lisez attentivement, car nous allons faire de la philosophie…) : «La lila est la seule réponse à la question : "Pourquoi Dieu a-t-il créé cet univers?" Vous pouvez soit répondre : "Pourquoi pas?" soit : "C’est juste un jeu auquel Dieu s’amuse". Un simple jeu de cache-cache. Juste le jeu de l’observateur et de l’observé, chacun se considérant soi-même comme le sujet, en conséquence de quoi il y a les relations humaines et les problèmes des relations humaines. Pour simplifier (c’est moi qui souligne), cela signifie simplement qu’il s’agit d’un jeu. Et nous demandons : "Pourquoi?". Il n’y a tout simplement aucune réponse. »

A-t-il seulement tenté une réponse? Que nenni! Pas ici en tout cas. Il déclare tout bonnement qu’il n’y en a pas ! Tant pis pour le lecteur ignorant et désirant obtenir toute l’information disponible pour mieux s’en faire une idée. La simplification est outrageuse à mon sens. Si c’est un jeu, lila, c’est que c’est un jeu important au niveau cosmique et non un divertissement mondain que l’on peut ignorer sans conséquences graves pour l’humain et la planète. Pourquoi, si on fait de la philosophie, n’étudie-t-on pas la question? On l’ignore béatement… Pourtant, si on suit la logique des événements littéraires et historiques qui sont certainement familiers à Ramesh Balsekar et à tous les advaïtistes, il en ressort que les Védas ont été transmis par l’écriture à un moment donné de l’histoire pour cette raison justement : fournir l’information essentielle en relation avec ce questionnement. Il est de notoriété publique que Vyasa a écrit le cinquième Véda, le Mahabharata, et a rédigé le Bhagavad Purana pour répondre à ce problème spécifique. C’est le même Vyasa dont ils étudient l’œuvre. Et monsieur Balsekar fait comme si de rien n’était. Considérant tout ceci, je peux humblement affirmer que le jeu en vaut la chandelle.

 

* Aux éditions Almora
** Le lien: L'Inde et ses origines

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''Campés au centre de leur ignorance, mais se croyant avisés et érudits, les idiots vont sans cesse de-ci de-là, tels des aveugles menés par des aveugles.'' Mundaka Upanishad 

 

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