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Publié par Laziz

La guerre  « Nous examinerons successivement l’Antiquité, dans toute sa diversité. » Je lis cette phrase dans le premier chapitre d’un nouveau livre intitulé La guerre au nom de l’humanité. Mais pas un mot de l’auteur, pour son lancement, durant la causerie à laquelle j’ai assistée, sur le Mahabharata. J’ai donc vérifié le contenu du livre pour en savoir plus. Je me souviens que, l’année dernière, un universitaire me reprenait lorsque j’affirmais qu’il n’y avait pas d’intérêt chez les intellectuels québécois pour le savoir ancien de l’Inde, pourtant si riche.* Vous allez vous apercevoir qu’il avait tort de ne pas me prendre au sérieux.

Dans la préface, Hubert Védrine écrit : « C’est une qualité de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer de remettre cette question, comme celle de la guerre juste, en perspective. […] l’auteur fait remonter sa généalogie jusqu’à la Chine antique, à la Grèce ancienne, à Rome voire Babylone et aux Hittites. »

Et l’Inde ? Au moins, c’est dit ; on sait à quoi s’attendre.
 

La guerre, est-elle toujours mauvaise ou peut-elle être bonne, du moins utile ? J’ai donc assisté à une discussion sur le sujet à laquelle trois universitaires montréalais déployaient leurs ressources intellectuelles pour répondre à la question. Parmi eux, il y avait J. Vilmer, l’auteur. On dit beaucoup de bien de son livre mais je ne l’avais pas encore lu, à ce moment-là. J'avais déjà parlé de cet écrivain prometteur par le biais d’un autre de ses livres, il n’y a pas longtemps, L’éthique animale.
 

Une fois le débat terminé, j'ai abordé l'un des trois intervenants et lui ai demandé tout de go s'il connaissait le Mahabharata. Je savais d’emblée qu'il y avait 90 % de chance pour qu'il me réponde par la négative. « Le quoi ? » a-t-il rétorqué. Je lui explique que c'est un des plus ancien livre du monde, le plus long jamais écrit, en sanskrit, sous forme poétique et qui traite principalement de la guerre. Il ne connaissait pas et je compris par conséquent que ce nouveau livre n’en faisait pas mention. Il trouva cependant le moyen d'éluder cette lacune : « Ah, oui, mais il a un autre nom ! Attendez, attendez… » Il le chercha sur le bout de sa langue. Peine perdue, pensais-je. Je lui dis qu'il n'existait pas d'autre nom et que le titre unique et universellement connu est Le Mahabharata, « que je connais bien ». Cette œuvre est si majeure et centrale dans la culture hindoue qu’on la désignait aussi de cinquième Véda. Je m’aperçus rapidement qu’il ne savait pas grand-chose de l’Inde. « Si, si, si, protesta-t-il, il existe un autre nom! -Excusez-moi d'être insistant, le repris-je, mais c'est réellement son nom et il n'y en a pas d'autre! » Comme il cherchait encore -convaincu qu'étant professeur à l'Université de Montréal, il était bien placé pour le savoir, mieux que l’inconnu en face de lui-, j'allais abdiquer devant tant de nullité, lorsqu'il s'exclama: « Les lois de Manu ! » Mais il corrigea aussitôt: « Ah, non, c'est plus ancien... » Ce n'est pas pareil, effectivement.

Considérant qu'il était désormais devenu plus réceptif, après tant de cafouillage, je lui expliquai la relation entre le Mahabharata et la causerie sur le thème de la guerre : « Tout ce dont vous avez discuté ici, nous le retrouvons exposé dans ce récit védique. »
 

Plus tard, on lisant le livre, je compris que le nom qu’il cherchait était dharma vijaya, mais ce n’est pas un texte. Voici la phrase où l’expression est insérée : « Il y a bien entendu un concept de guerre juste en Inde ancienne. C’est le fameux dharma vijaya, conquête non-violente des âmes, qui relève davantage d’une influence culturelle et religieuse que d’une guerre, même si elle se fait parfois au moyen de la force. » Conquête non-violente des âmes… mais de quoi parle-t-il ?! Dans un livre de 600 pages, dans lequel il consacre un chapitre à l’histoire ancienne, dont une dizaine de pages à la Chine, cinq à la Grèce et autant au christianisme, entre autres, il dédit à peine un paragraphe de quelques lignes à l’Inde… Ironiquement, il commence avec Ashoka : « Quant à l’Inde ancienne, le roi Asoka (273-232 av. J.-C) jouit d’une réputation flatteuse. » On ne pouvait trouver pires cruautés perpétrées par un tyran ni un personnage aussi haï à cette époque que cet Ashoka, et c’est lui que Vilmer choisit comme référence pour parler de guerre juste en Inde ! Mais sur le Mahabharata, moins que rien, nada !?!
 

« Les mythes, écrit-il en commençant ce chapitre sur l’histoire, ont la vie dure, et les hommes la mémoire courte. » Tel le mythe qui veut que le pays qui a exploité l’esclavage à outrance, la Grèce, soit celui qui a inventé la démocratie, et que l’Inde, qui ne connaissait pas l’esclavage, ignorait la démocratie. Pour rafraîchir la mémoire, ou l’enrichir, j’extrais cette phrase de l’impressionnant livre de Madeleine Biardeau, le Mahabharata, publié en 2002 : « Inversement, les Grecs sont très étonnés que les Indiens ne pratiquaient pas l’esclavage. » Il est malheureux d’avoir à apprendre à des universitaires, en 2013, alors que cela devrait être un pont-aux-ânes, que l’Inde fut le premier pays à avoir intégré dans sa culture les principes démocratiques et que la guerre la plus juste nous vient de là.

 

J.J. Vilmer à l'arrière plan

La guerre, juste ou injuste.

La guerre est toujours injuste. Non seulement la guerre, mais la vie. Ceux qui ne croient pas en Dieu ou qui croient en un Dieu inventé, imaginent naïvement que la Terre est destinée au bonheur des humains; une utopie à laquelle ils se raccrochent désespérément malgré l'évidence de la cruauté historique des hommes, malgré que la nature démontre régulièrement qu'elle ne fait pas de distinction entre le bon et le méchant quand elle se met en colère.

Mais comment savoir si une guerre est juste ou injuste quand même les grands sont divisés sur la question ? Pourquoi y a-t-il toujours ceux qui sont contre et ceux qui sont pour, et en proportion presque égale ? Cela même parmi les experts ou dans une même famille. Jeunes et moins jeunes sont prêts à mourir pour l'une ou l'autre cause ; ils y vont la fleur au fusil. N'est-ce pas inconcevable ? N'est-ce pas cruel ? La vie, n'est-elle pas diabolique, au fond ? Déjà, il y a des milliers d'années, le Mahabharat traitait de ce problème insoluble comme nulle littérature ne le fera jamais.* Ici nous voyons Baladeve, le frère de Krishna, avec son arme en l'air (une sorte de pioche) sur le point d'envoyer Bhima, son disciple, dans l'autre monde pour avoir porté un coup-bas décisif à Duryodhane qu'il affectionne beaucoup. Krishna l'en empêchera et lui fera la morale. Rappelons qu'au début des hostilités, Baladeve voulait se joindre aux Kauravas, contre les Pandavas, et il avait demandé à Krishna de le suivre. Celui-ci avait refusé, cela allait de soi, Kunti, la mère des Pandavas, étant leur tante. Par conséquent, au lieu de participer à la bataille, il s'en est allé faire la tournée des lieux de pèlerinage à travers l'Inde. Il ne pouvait être l'ennemi de Krishna, son frère à la divinité suprême. Cela se comprend, mais son comportement et ses allégeances envers le camp des démons reste une énigme. Pourtant, Narada, Vyasa, Vidura et tant d'autres personnalités respectables au plus haut point avaient défini l'attitude belliqueuse de la famille royale des Kurus de démoniaque. Alors comment se fait-il que Balarama, le plus grand d'entre tous, l'avatar de Vishnou, ait décidé de se rallier à cet être peu sympathique qu'était Duryodhane? (Voir dans le prochain texte l'identité de

* L’Odyssée d'Homère s'en rapproche.

La guerre, Mahabharata et Bhagavad-gita


Liens en relation : (suite)


 

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