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Publié par Laziz

Nous sommes les meilleurs!
Il fallait s'y attendre, Éric Méchoulan n’accorde aucune importance à ma référence hindoue: «Il n’y a rien de particulier à votre passage de la Bhagavad-gita. Tout le monde a dit ça, chez nous. C’était un lieu commun chez les anciens, d’Augustin à Platon et dans toute la littérature antique grecque.» (Voir le lien en bas de page pour le début de ce texte sur la mémoire)

Ainsi il coupa court à une spéculation portant sur une culture qui sortait du cadre grecque et judaïque. En outre, l’étude de la Bhagavad-gita, et du Mahabharata, cet immense ouvrage épique dans lequel elle constitue un chapitre décisif, contiennent des descriptions de formes de vie, de cultures et de pensée si riches d’informations et si différentes de nos traditions que cette étude devrait être un remède pour huiler notre mécanisme cérébral qui roule toujours dans la même bulle au lieu de se frotter aux concepts hindous, les plus sérieux de la préhistoire.

michel-onfray-benares-bucher.jpgÉcoutez Nietzsche sur ce point ; Michel Onfray a utilisé la citation en exergue à son livre Les bûchers de Bénarès : « Quand enfin tous les usages et toutes les coutumes, sur quoi s’appuie la puissance des dieux, des prêtres et des sauveurs, seront détruits, donc, quand la morale, au sens ancien, sera morte, alors adviendra –qu’est-ce qui adviendra alors ? Mais ne cherchons pas à deviner, faisons plutôt en sorte que l’Europe rattrape ce qui, en Inde, au milieu de ce peuple de penseurs, fut considéré, déjà il y a quelques milliers d’années, comme le commandement de la pensée !»¹C’est eux qui avaient déjà les compréhensions les plus complexes de l’évolution des espèces parmi toutes les autres civilisations. Or, c’est elle qu’on a toujours refusé de comprendre en la dédaignant.

N’en avez-vous pas assez de ruminer depuis 2000 ans les mêmes idées ! Constamment cette focalisation sur le soi-disant philosophe grec idéal, tenant d’une main son livre et de l’autre le zizi d’un adolescent ! Nietzsche nous prévenait déjà en ces termes amers: « J’ai su déceler en Socrate et Platon des symptômes de dégénérescence, des instruments de la débâcle de l’hellénisme. » Et Ernesto Sabato : « L’exaltation de la raison et la dévalorisation des attributs non rationnels de l’homme, qui sont beaucoup plus importants, voilà ces défauts. Socrate lui-même a déprécié les réalités profondes de la religion, de l’émotion, du sentiment. »²

Comme si l’apparition du rationalisme était un symptôme du retournement de la raison contre la vie. Car si j’ai fait appel à ce livre spirituel, la Bhagavad-gita, c’est aussi pour éviter les anachronismes, pour aller plus loin dans le temps et la mémoire. Car ce ne sont pas les Occidentaux qui ont parlé en premier de l’âme. Encore moins, l’ont inventée. Ils n’en avaient aucune idée. Encore une fois, une des données la plus cruciale du domaine psychologique et spirituel prend sa source dans le paradigme védique. Tout l’Occident a plagié littéralement le concept de l’âme sans accepter tout à fait ses corollaires. Ceux-ci impliquent l’éternité et, par conséquent, l’évolution de l’âme à travers des corps physiques -la réincarnation- jusqu’à sa libération des chaînes de la matière, qui est, en d’autres mots, la purification des péchés matérialisés par la prison du corps.

Voilà un des enseignements de la Bhagavad-gita et de toute la littérature védique. Par contre, comme dans l’imaginaire occidental l’âme ne correspond à aucune définition précise -Grecs, Israéliens et Égyptiens ne la connaissaient pas ou que de façon vague : chez les uns on parlait d’ombres, chez les autres de résurrection des corps : le vocable subit les avatars au gré des lubies de chacun. Jugez-en vous-même. En commentant un de ses poèmes, Éloge de l’ombre, Borges décrit la vieillesse ainsi : « La bête n’est pas tout à fait morte et le mot ‘âme’ est un peu ambitieux. Le mot ‘conscience’ aurait été plus juste, mais voilà : pour des raisons littéraires, le mot ‘âme’ marche mieux. »³

1 Aurore, § 96
2 Conversations à Buenos Aires. 10/18. p.124
3 Radioscopie

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  arabesque et le zéro
 

L’Occident, dans sa manie impérialiste de la conquête et du colonialisme, part toujours de l’idée que les Grecs ont pratiquement tout inventé : la philosophie, l'âme, le bonheur, la logique, la théorie de l’évolution, la démocratie, la civilisation, la géométrie, etc., etc. Et même Dieu ! Car « Tous les peuples se sont créés leur Dieu, proclame Albert Cohen, d’origine juive. Le peuple juif a seulement créé le sien plus grand, plus beau, plus saint que les autres. » L’institution académique en a fait une propagande. Ce sont les Grecs qui auraient transporté leur héritage en Inde. Les Occidentaux ne conçoivent jamais, ou se bornent à l’ignorer, que c’est principalement l’inverse qui s’est produit (ce que l'on commence aujourd'hui à réaliser, tranquillement pas vite). Pourtant, les philosophes d’antan n’étaient pas si chauvins. Marguerite Yourcenar expliquait à la radio que les Grecs participaient aux mouvements d’idées qui étaient beaucoup plus planétaires qu’on l’imagine. Ils se rendaient tout naturellement en Perse, en Inde ou en Chine pour édifier leurs consciences. On nous a bourrés le crâne avec le fait que les mathématiques sont d’origines grecques et arabes. Or, il en est tout autrement. Selon Guy Mazars, un spécialiste en ce domaine, « Les chiffres qu’on dit ‘arabes’ sont en réalité d’origine indienne.  […] Effectivement, nous savons peu de choses sur les mathématiques indiennes. Il y a plusieurs raisons à cela. La principale est sans doute que les historiens des sciences ont longtemps pensé que la science indienne manquait d’originalité, et qu’elle était fondée sur des emprunts à la Grèce, puis sur des emprunts à la science arabe. […] La réalité est tout autre, car les recherches les plus récentes dans le domaine de l’histoire des sciences et des techniques de l’Inde montrent qu’elles étaient plus développées qu’on ne le pensait jusqu’ici. »¹ Les Indiens, pour paraphraser les propos de Mazars, feront un usage habile des fractions et des nombres négatifs, arrivant ainsi à un stade que l’Occident mettra des décennies pour y aboutir, c’est-à-dire vers le XVIe siècle. C’est à ce moment-là, que la technique des résolutions des systèmes d’équations affinés atteigne le niveau indien. J’aurais pu développer ou multiplier les exemples donnés par Mazars, sur les sinus notamment, mais comme dit le proverbe, Il n’est pire sourd que celui qui ne veut entendre.

Sébastien Dussourd, qui enseigne l’histoire à Paris, au secondaire, décrit clairement ce phénomène dans son livre Les hommes qui ont fait le monde, puisqu’il y a été confronté lors de la sélection des personnalités devant y figurer. Il écrit : « Reste à définir les critères qui ont guidé le choix des personnages. Le tri proposé est forcément injuste, contestable et par essence provisoire ( c’est moi qui souligne ) : il est celui que la mémoire collective des sociétés humaines a progressivement opéré, consciemment ou non, parmi les hommes et les événements du passé. Pour les périodes les plus anciennes, l’histoire a déjà fait son tri et le choix s’est donc révélé assez simple. » Par conséquent, pour les personnalités de l’antiquité, qui va de la période de 3000 avant J.-C à la fin du 5ème siècle de notre ère, Dussourd ne cite, pour l’Inde, que Bouddha ! Puis, du 5ème à aujourd’hui, uniquement Gandhi… Il aurait mieux fait de titrer son livre : Les grands hommes dont l’Occident se souvient. Car en Inde, pour des centaines de millions d’individus, Vyasa, Sankara, Krishna, Agatsya Muni, Kapila, Ramanuja, et nombreux d’autres sont aussi fameux, historiquement et culturellement, qu’Abraham, David ou Jésus, cités par l’auteur dans cet ouvrage qu’il nous rappelle être « davantage culturel qu’historique. » Mais bon, il ne s’agit pas de faire du lecteur un historien, nous explique-t-il, mais « un honnête homme » qui connaisse avant tout sa nation. C’est déjà une bonne chose dans les temps qui courent, si vite.

rishis-inde-sage.jpg

1 Le matin des mathématiques. Éd. Belin. p. 123

 

Le début de ce texte est ici : Attention: pas de mémoire, pas d'avenir!
Et si vous connaissez un des promoteurs de la théorie des aryens... sinon, voici une explication et une clip vidéo que j'ai conçu pour clarifier cette fausse idée propagée à tous les vents de l'invasion aryenne en Inde : Georges Dumézil avoue ne pas savoir

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