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Publié par Laziz

Lueurs-de-l-Inde-Paz.jpgVoici « un essai qui se propose de répondre à une question : comment un écrivain mexicain de la fin du XX siècle voit-il l’immense réalité de l’Inde ? », dixit Octavio Paz. J'ai lu, aimé et critiqué. Je vous dis ce que j'en pense. Même un prix Nobel de littérature croyait aux théories raciales en vogue au XX siècle. C'est ainsi qu'il fondait sa vision de l'histoire et qu'il promulguait en toute bonne conscience: « L’hindouisme, écrit-il, est né en Inde et présente une relation intime, filiale, avec la religion védique, celle des tribus aryennes qui s’aventurèrent dans le sous-continent au cours du II millénaire avant Jésus-Christ. »

Ajoutez encore mille ans et vous avez la naissance de Krishna, le Dieu des dieux.

date naissance Krishna yuga

Paz, encore: « Un fait essentiel : contrairement au Grecs, aux Romains ou aux Chinois, l’Inde ancienne ne disposait pas de la notion d’histoire. Le temps est un rêve de Brahma. C’est une chimère de Maya : une illusion.»

Quand on sait que "Purana" signifie "Anciennes histoires" on se demande si on parle la même langue? Les érudits ont adopté pendant longtemps -et beaucoup d'entre eux continuent- l'idée que l'Inde fut envahie par les Aryens, peuple frustre et sauvage, provenant de l'Asie centrale. Selon cette perspective, les castes furent inventées pour discriminer les races; grosso modo. Ce qui me frappe dans ces thèses, c'est que personne (ou rarement; je ne suis jamais tombé sur ces auteurs) ne prend en considération la Bhagavad-gita dans laquelle Krishna lui-même affirme clairement qu'il a créé ce système, les castes ou le varna-ashram.

Par exemple, Octavio Paz, qui a été pendant six ans ambassadeur du Mexique en Inde, écrit dans Lueurs de l'Inde: « Depuis plus de deux mille ans, cette terre a connu un nombre incalculable d’immigrations, d’invasions par les peuples les plus divers. La pluralité de races, de langues et de coutumes, ajoutée à la diversité géographique, fut à l’origine de la division en castes… »

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Pourtant, il dit aussi que c'est un phénomène naturel, divin. Et maintenant, quoi, il se contredit!? N'a-t-il pas écrit dans ce même livre : « L’institution des castes n’a pas été fondée par un héros mythique comme l’Empereur Jaune ou par un législateur légendaire comme Lycurgue. Elle est née toute seule –de par la volonté divine, cosmique-, du sol et du sous-sol de la société, comme une plante. Répétons-le : la caste est jati, et jati est l’espèce. D’une certaine façon la caste est un produit naturel. (…) Bref, la caste re produit l’ordre naturel. Ainsi dans la Bhagavad-gita, le dieu Krishna dit au héros Arjuna : la caste est un des axes de la roue cosmique. » 

  Krishna dit surtout, textuellement: "J'ai créé ces divisions". Il faut rendre à César ce qui appartient à César...

  Toujours dans Lueurs de l'Inde, il écrit: «Rien de surprenant si la dévotion populaire (bhakti) a suscité, dans l’Inde entière, une profusion de poèmes, de chants, de danses. En revanche, elle s’est montrée pauvre en matière de spéculations philosophiques et théologiques, contrairement à la tradition brahmanique. La bhakti conduit au divin non par la voie de la raison, mais de l’amour. » 

  La dévotion populaire se fiche de la spéculation philosophique et théologique lorsqu'elle a des bhaktas (dévots de Vishnou) tels que Ramanuja, Madva ou Chaitanya de la trempe des intellectuels les plus doués. 

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Octavio Paz, sur le bout des lèvres, ose s'en prendre à un tabou, l'égalité des peuples : « La diversité des cultures et des civilisations a toujours suscité mon émerveillement; cependant, tout comme je trouve barbare la croyance dans la supériorité d’une race sur les autres, il me semble que juger toutes les cultures à la même aune relève d’une superstition moderne. J’admire profondément l’originalité des civilisations du Mexique ou du Pérou, mais j’ai la conscience du fait qu’elles n’ont pas légué aux hommes des créations comparables aux Upanishad, à la Bhagavad-gita ou au sermon de Sarnath. Mes comparaisons ne sont pas des évaluations. » Que dit-il en vérité, qu’il y a des cultures et des civilisations plus avancées que d’autres ou non? C’est une boîte de Pandore qu’il ne faut pas ouvrir et l'on préfère balayer sous le tapis de telles questions. 

civilisations inca hindoue

« La religion hindoue, continue-t-il, est le résultat d’une évolution millénaire. Sa source doctrinale, canonique, est la religion des groupes aryens qui sont arrivés dans le sous-continent pendant les II millénaire avant notre ère et dont les croyances ont été codifiées dans les textes sacrés. » 

Soit, si tout a été codifié, c’est que les auteurs possédaient un sens de la vérité; donnez-nous alors des références provenant de ces écrits qui soutiennent un temps soit peu vos théories selon lesquelles leurs ancêtres étaient des envahisseurs venus de l’Ouest. Il n’en existe point. Par contre, on peut lire régulièrement, sous la plume d’expert comme Madeleine Biardeau, que les auteurs de ces brillants écrits d’une qualité quasi inhumaine, si sophistiqués, les brahmanas, ainsi que les classes dirigeantes, les kshatryas, auraient volontairement conspiré pour forger une nouvelle histoire et éluder la vérité sur leurs origines; pour cela, les créateurs des Védas, des Upanishads et des Puranas ont inventé (sorti de leur turban) les mythes… Les couleuvres sont grosses, mais les faiseurs d’histoires les avalent goulûment. 

   Octavio Paz: « D’autre part, ai-je besoin de préciser qu’en usant du terme ‘Indo-Européens’, je ne me réfère pas à une race, mais à des réalités et des concepts linguistiques, culturels et historiques. Dans cette perspective, il est indéniable que les traits caractéristiques de la civilisation hindoue sont d’origine indo-européenne, qu’il s’agisse des Veda et des autres Écritures saintes, de la mythologie, de la langue sacrée et littéraire, des grands poèmes, enfin d’une composition décisive : l’organisation sociale. Ici, je dois citer, une fois encore, Georges Dumézil, qui a mis en lumière les relations entre la mythologie indienne et celle des autres peuples indo-européens. »

  Pour la précision, c’est raté. Voici ce que dit, justement, un des protagonistes notoires de cette théorie,  Georges Dumézil qui, se rétractant, affirma que ce n’est pas une vérité, mais un relent de spéculations raciales mal dégrossies : « Parler des Indo-Européens? Si vous voulez que je les décrive, que je raconte leur histoire, je dois vous dire que je n’en sais rien. Personne ne sait rien. »     

 revel-civilisation-doute.jpg Jean-François Revel, penseur et écrivain accompli et, de surcroît, votre bon camarade, est beaucoup plus au fait que vous en ces matières. Je suis étonné que vous n’ayez pas pris son avis sur la question étant donné qu’il avait publié une critique à ce sujet intitulée ‘Le mythe aryen’. C’était en 1968 et votre livre est paru en 1995…Voici ce qu’il écrivait : « Alors surgit l’une des plus énormes et des plus durables des mystifications scientifiques de tous les temps : le mythe aryen. À la suite, notamment, de l’étude du sanscrit et de l’unité ainsi découverte des langues indo-européennes, plusieurs générations de savants fabriquent de toutes pièces les ‘aryens’, race asiatique, vaguement indo-persane, fondement de la supériorité, paraît-il, des Germains. »

  Revenons encore un moment sur le mot 'race'. Je ferai remarquer qu’Octavio Paz a reçu le prix Nobel de littérature en 1990. C’était également à son époque, le plus grand poète d’Amé- rique latine. L’autre nom et rival politique fut Pablo Neruda, plus problématique à cause de son allégeance déclarée au communisme. Paz était un grand penseur dont j’aimais sa façon de traiter les problèmes qui affectent le monde. Il a dû affronter les attaques de la gauche et celles, virulentes, des communistes dont il dénonçait les cruautés et l’utopie. Il a aussi été ambassadeur du Mexique en Inde. J’ai écrit pas mal de choses sur lui que je n’ai jamais publiées pour le grand public, mais j’ai tenu à souligner ici ce passage pour l'utilisation du mot «race» qui n’est pas obsolète et archaïque comme certains le prétendent, il est au contraire toujours utilisé. (Je crois comprendre que François Hollande et d'autres politiques désirent supprimer de la Constitution le mot 'race' qui portent à confusion ou qui rappellent irrémédiablement de mauvais souvenirs.)  

  O. Paz: «Il n’est pas aventureux de supposer que les castes sont nées des http://photos-f.ak.fbcdn.net/hphotos-ak-ash3/545760_372799846104020_100001220239720_1131185_2129032098_a.jpgmigrations aryennes dans le sous-continent, au cours du IIème millénaire avant Jésus-Christ. Cela explique la division originelle, tripartite, des varna (castes) : prêtres, guerriers et commerçants. Le quatrième terme, shudra (manutentionnaires), fut rajouté quand les Indo-Européens entrèrent en Inde, lors du IIIème millénaire, et qu’ils rencontrèrent les populations indigènes.» 

Ma réponse (elle fait partie de notes que j'ai prises à la publication de son livre. Octavio Paz est décédé en 1998). On retrouvera donc les mêmes arguments présentés plus haut avec des variantes, une décennie plus tard.

-Si, monsieur Paz, on peut qualifier d’aventure l'entreprise dans laquelle vous vous lancez. Vos vues sont celles de théoriciens influencés par les historiens occidentaux qui se sont fait leur propre histoire du monde, une histoire qui fleurait le racisme à plein nez, l’esprit colonialisme, le chauvinisme aux forts relents de fanatisme religieux judéo-chrétiens, ce qui ne diminuent en rien le mal perpétré par les musulmans sur ce pays, l'Inde. Mais, comme vous le mentionnez, toutes ces idées sur les aryens et les invasions viennent en grande partie de Georges Dumézil. Pourtant, lui-même, sur le tard, est revenu sur ses spéculations et a admis que c’était une erreur de penser ainsi. En outre, il a particulièrement corrigé cette notion de race aryenne dont il avait contribué passionnément à répandre la théorie et qui a été reprise, jusqu’à aujourd’hui par les intellectuels. Il en va de même en ce qui concerne la division tripartite. Selon Dumezil, elle était un pattern que l’on retrouvait à travers le monde et les Hindous n’auraient pas échappé à cette division structurelle. Sur ce sujet, il a également admis s’être trompé. On ne peut pas vous en vouloir foncièrement, monsieur Paz, car vous ne faites que reprendre les thèses dont les Hindous eux-mêmes, du moins un courant, se pressaient de colporter. Voyez ce qu’écrivait d’entrée de jeu Rabindranath Tagore dans son livre Sâdhanâ: «La première invasion de l'Inde est un exact parrallèle de l'invasion de l'Amérique par les colons européens. Notre pays était couvert de forêts et les nouveaux arrivants surent bientôt en tirer profit.» Etc.

Otavio Paz: «Les castes devraient disparaître, non pas pour que leurs victimes deviennent les serviteurs du dieu vorace de l’individualisme, mais pour que nous découvrions, entre elles et nous, le ferment de la fraternité.»

http://4.bp.blogspot.com/-L5xG0kkmlEo/TtqCpr99WUI/AAAAAAAAAgI/lP7AaCeikwc/s1600/charybde+et+scylla+2.jpgQuand Paz écrit cela, nous sommes donc en 1995 et de fraternité exemplaire, il n’en existe plus à travers le monde, sauf dans les défuntes organisations communistes, fascistes ou religieuses qui hantent encore les couloirs de l'histoire. On donnait alors du «camarade» à tour de phrases. Aujourd’hui, en 2012, tout comme en 1995, on ne peut que constater que le «dieu vorace de l’individualisme» engendre des ravages tous azimuts. Proposer la disparition des castes pour le ferment de la fraternité, selon une vision humaniste prétendument supérieure, est une utopie qui consiste simplement à changer le fusil d’épaule, sinon de passer de Charybde en Scylla. Prenez les Arabes qui s'interpellent par des "Oh, mon frère, oh, ma sœur!", croyez-vous que le ferment de la fraternité soit plus fort que chez des Hindous et leur castes? Ce serait faire de la discrimination fort peu anthropologique. Les langues, par exemple, sont un handicap pour l'unité politique d'un pays, mais d'une richesse essentielle pour les différents peuples qui les parlent. Sous votre plume, fraternité rime avec égalité, dans le sens de nivellement. D'ailleurs, les Hindous se sont bien essayés, et vous l'avez noté juste à propos: «En 1828, un groupe d’intellectuels bengalis fonda un mouvement politico-religieux, le Brahmo-samaj, dont l’objectif était de purifier l’hindouisme et, d’une certaine façon, de l’harmoniser avec le christianisme moderne.» Un des fondateurs de ce mouvement fut le père de Rabindranath Tagore, prix Nobel de littérature, ce qui n'est pas pour vous déplaire. «Mais le système des castes, continuez-vous, a pour pilier central de l’hindouisme: le karma. Dès lors, comment supprimer cette institution sans toucher à l’hindouisme?» L'espoir de sa disparition joue en votre faveur puisque, comme vous le dites si bien: «le système n’est pas plus immortel que les autres créations de l’homme.» À la longue, avec la mondialisation et l’uniformité des cultures, les castes finiront bien par disparaître, emportant avec elles la fin de cette antiquité religieuse. Ce n'est pas réellement votre blason du christianisme qui en sortira redoré, mais le judaïsme dont l'enseignement fondamental est la haine des dieux et de la structure sociétale qui en découle.
 

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Nous avons donc parlé un peu d'histoire, notamment sur l'origine et la culture de l'Inde, maintenant nous allons entrer, grâce à la sensibilité et la curiosité d'Octavio Paz, dans le vif de la spiritualité. En effet, il est un des rares lettrés de renommée internationale à s'exprimer, après avoir vécu au milieu des Hindous et étudié leurs littératures, sur l'essence de la Bhagavad-gita. Il est peu fréquent de rencontrer des gens qui connaissent l'Inde. Bien sûr, tout le monde peut en deux mots vous expliquer que les gens sont misérables pour la plupart, que la source de leurs problèmes résident dans le fait qu'ils adorent des dieux avec trompes d'éléphants et mâchoires de singes, qu'ils vénèrent les vaches, qu'il y a des parias, les intouchables, parqués dans les bidonvilles, que l'on brûle les veuves, que l'on y pratique l'esclavage des enfants qui travaillent du matin au soir au lieu d'aller à l'école, que Gandhi, en 1947, a libéré par la non-violence son pays des oppresseurs, que l'Inde possède la bombe nucléaire depuis 1974 et qu'il y a plus d'un milliard de personnes. C'est vrai et il est bon que l'on dénonce ces horreurs, la saleté et la puanteur omniprésente, sinon seul un miracle peut sauver l'Inde de ce capharnaüm.

inde pauvreté religion

Quand le quidam est un peu plus renseigné ou qu'il a voyagé en Inde, il sait aussi et malgré tout que la méditation, les yogis, le Gange et les cocotiers donnent à la péninsule un charme jamais démenti au cours des siècles. Mais même ceux-là, quand vous leur demandez s'ils ont lu le Mahabharata, ils vous regarderont avec des yeux hallucinés. (De nos jours, avec les collections de poche qui en fournissent de bons résumés, cela doit moins se produire...) Bref, ils sont rares ceux qui, comme Octavio Paz, vont droit à la Bhagavad-gita, qu'ils aiment, et qu'ils pénètrent plus loin encore, dans le cœur de la spiritualité hindoue, dans l'amour brûlant qui existe entre Krishna et Radha. Du moins, qui en a fait la tentative. Et le mérite est grand: c'est une des fonctions des poètes de sa trempe que de faire découvrir les grands textes de ce monde à l'humanité.

Je lui ai donc adressé une lettre qui commençait ainsi: C'est par hasard que j'ai mis la main sur votre livre Lueurs de l'Inde, et après l'avoir lu, je me suis senti bête de ne pas connaître l'existence d'une œuvre dont l'auteur a mérité le prix Nobel et parle si bien de l'Inde, entre autres. J'en arrive tout de suite au fait. Vous me pardonnerez d'être si direct mais un intellectuel comme vous peut se passer de formalités et ne prendra pas ombrage quant à la critique. (Cette lettre m'a valu les foudres de certains de mes amis.)

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J'ai aussi voyagé en Inde et ce pays m'a tant enchanté que j'y suis retourné plus d'une dizaine de fois. Il m'a transformé spirituellement. Partant, j'ai fait une toute autre lecture que vous de la Bhagavad-gita, qui a été votre «guide spirituel dans l'univers indien». Vous posez une question: «Mais comment l'action peut-elle être légitime, comment peut-elle devenir le chemin du salut?» et vous rajoutez, sceptique: «est-ce de la philanthropie? Pas tout à fait : Krishna parle ici sous son aspect de dieu conservateur du monde. Krishna ne se propose pas la rédemption, mais la préservation de l'ordre universel.» Rédemption? Il va de soi que si vous usez des catégories théologiques du judaisme pour les comparer avec ceux de l'hindouisme, la confusion qui en résulte ne peut jouer qu'en votre faveur. Il faudrait d'abord définir ce que l'on entend par rédemption, du moins ce que le lecteur ou moi, en l'occurrence, comprend par http://3.bp.blogspot.com/-goI17pKZCE8/TZ9gQOtnkBI/AAAAAAAAAK8/rsm5BoDJsRk/s1600/Second_Coming.jpgvotre utilisation de ce mot. Au départ, ce vocable se rapportait à la volonté de Dieu à sauver son peuple des mains du pharaon qui le tyrannisait. Ensuite, la notion est reprise par les chrétiens et appliquée à la personne de Jésus-Christ, flanquée d'une autre, la parousie, c'est-à-dire la fin du monde marquée par un glorieux avènement christique. Avec cette nouvelle religion, on voit cependant plus grand, plus universel; le Sauveur n'a pas d'intérêt pour un peuple particulier, mais pour l'humanité entière. En deux mots, la rédemption est la capacité d'un être supranaturel, en l'occurrence Jésus, à prendre sur lui les pêchés des hommes soumis à son enseignement et à les rendre aptes à entrer dans le royaume de Dieu. En vérité, sous le terme de rédemption, toutes sortes de spéculations partisanes et dogmatiques peuvent être accolées; c'était un exercice pratiqué à souhait par les théologiens occidentaux et repris par les philosophes des Lumières, que de jongler avec les concepts de progrès infini, de fin du monde et de parousie. Cette mise en contexte du mot rédemption faite, je réponds à votre question.

Il me semble pourtant normal que l'action devienne le chemin du salut, tout simplement parce qu'Arjuna suit l'ordre de Krishna. Je ne vous comprends pas: l'ordre personnel de Dieu n'est-il pas suffisant pour rendre l'action légitime? Vous mettez en doute que la mission de Krishna soit philanthropique! Avant d'être philanthropique, elle est spirituelle. L'action spirituelle englobe automatiquement la philanthropie, la charité et la morale. C'est notre pierre d'achoppement. Krishna n'a rien à voir directement avec le mécanisme de ce monde. Krishna, Dieu, n'est pas un ouvrier. Il a pour lui des millions de trilliards d'âmes capables de ce charger de ce travail. Au mieux, il n'a qu'à dicter ses ordres. Mais c'est déjà minimiser la puissance de Dieu que de considérer les habitants du monde spirituel si médiocres au point que la création matérielle ne puisse leur être confiée, qu'uniquement Dieu fusse qualifié pour que le monde tourne rond . Et encore on s'en plaint!

Dieu en action

À supposer que Krishna maintienne le monde, c'est pour notre bien uniquement, sans aucun profit ; n'est-ce pas là une bien grande marque de bonté, de miséricorde de pourvoir et de conserver un lieu où l'homme peut se racheter, malgré ses réticences et ses rebellions? «Krishna ne se propose pas la rédemption»? Que faites-vous donc de son conseil ultime: « Laisse-là toute autre forme de religion (matérielle, s'entend), et abandonne-toi simplement à moi. Toutes les suites de tes fautes, je t'en affranchirai. N'ai nul crainte.»? Si par contre vous entendez par rédemption le rachat du genre humain par la souffrance, c'est du dogmatisme chrétien, fort discutable d'ailleurs si l'on veut en faire un archétype universel aux dépens des autres religions.
 

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Non, M. Paz, Krishna ne s'adresse pas à Arjuna« sous son aspect de dieu conservateur du monde », ce n'est pas son rôle. Dans le dixième chapitre de la Bhagavad-gita, sa position est clairement définie. Il montre à son ami Arjuna, qui se trouve aussi être un grand dévôt complétement dépendant de lui, sa forme cosmique (image 2), puis celle de Narayana et termine par son aspect le plus intime: l'avatar de Krishna, à deux bras. Ce n'est pas à proprement parlé Krishna qui maintient le monde, mais Vishnou, ce qui n'est pas tout à fait pareil. Où sont les dites activités de conservation qu'accomplit Krishna ? Krishna est un lila Avatar, et non un guna Avatar. Guna signifie mode matériel (il y a trois modes: la passion, la vertue et l'ignorance). Vishnu, le guna avatar, est la déité de la vertu, il maintient; Brahma est le guna avatar de la passion, il crée; et Shiva, le guna avatar de l'ignorance, il détruit. C'est pour rétablir les principes de la religion que Krishna descend en ce monde, précise-t-il, chaque fois que l'irréligion s'élève, mais surtout pour délivrer ses dévots. Dixit la Bhagavad-gita ou, littéralement, Le chant du Bienheureux. Et -pour leur donner du plaisir, c'est le sens de lila. Pour délivrer ses dévots, précise-t-il au sujet de sa venue en ce monde. N'est-ce pas là encore une marque suffisante de rédemption?
 

vishnou Krishna govinda narayana

Rendez-vous compte, Krishna, le Seigneur suprême, la déité de tant de fidèles, apparaît en personne! N'est-ce pas un acte merveilleux ? La nature matérielle agit sous ma direction, d'affirmer encore Krishna, (il fait alors allusion à Vishnou). D’un simple regard, Dieu manifeste les univers. Peut-on croire par conséquent qu'il ait besoin de se déplacer pour conserver ce monde ? Puisqu'il le dit! Si Krishna lui-même descend en ce monde, c'est par amour pour ses créatures. Mais ce n'est jamais Krishna qui tue ou qui s'occupe de politique, de conservation, malgré les apparences. Les écritures décrivent, pour ces occurences, Narayana, un autre forme de Krishna à quatre bras; elle n'a pas les mêmes caractéristiques. Les écrits font une distinction entre le Krishna de Mathura, puis plus tard celui de Dwarka quand il y déménagea, appelé Vasudeva et adoré avec faste et vénération, d'avec celui du village de Vrindavane, Govinda (un autre nom de Krishna), le garçon vacher adoré plus intimement comme un enfant, un ami, un parent ou un amoureux. Quand, après avoir été prié par Arjuna, tel que relaté dans la gita, Krishna montre sa forme universelle, Arjuna, effrayé par cette terrible vision, l'implore de revenir à son identité première, celle de Personne suprême, de Govinda, son ami le plus cher. Krishna lui dévoilera alors sa forme à quatre bras, celle de Narayana; mais c'est seulement lorsqu'il reprendra l'originelle, celle à deux bras, qu'Arjuna se calmera. Tout cela est connu et expliqué dans la Bhagavad-gita dont vous parlez et que vous aimez tant.

 

sri-caitanya.jpgOn en conviendra: la nature de Dieu, Krishna, est insaisissable; tout autant pour les yogis que pour les devas (dieux). Il leur demeure inaccessible. Que dire du profane qui souhaite le connaître! C'est la dévotion qui permet de pénétrer son mystère, conseil répété sans cesse par les sages et les Écritures. Réalité universelle, seule la foi ouvre les portes de cette connaissance. Louis Gardet a remarqué ce point dans son Que sais-je? C’est à l’obtention d’un Dieu personnel que s’ouvre le dévot, un Dieu suprême «bien que non créateur au sens strict...» Je joins en appendice une composition de mon cru sur ce sujet délicat et ésotérique, Le monothéisme dans toute sa splendeur. Par ce récit, on se rend compte que depuis toujours la question de savoir qui vient de qui, Vishnou de Krishna ou Krishna de Vishnou, a fait couler beaucoup d'encre. Toujours ce problème insoluble de la poule et l'oeuf. En résumé, Krishna-Chaitanya, un sainte personnalité du XVIème, prouve que Krishna peut agir au nom de Vishnou mais que le contraire n’est pas envisageable. Krishna possède les plus grandes qualités. C'est le verdict de tous les écrits védiques. Même le grand Sankara, un impersonnaliste (mayavadi), reconnaissait en Krishna la source du brahman. Il en fit un célèbre poème que voici :

Salutation à lui, suprême source de lumière (brahman comme je le mentionnais plus haut)
Que Brahma, le créateur, Varuna, Indra (dieu du vent et le dieu des dieux, Indra. Tous mortels.)
Shiva, Marut et tous les êtres divins (Shiva, lui, est spécial et immortel...)
http://www.hinduofuniverse.com/hou/sri_krishna_janmashtami123.gifLouent par des hymnes choisis,
Dont les gloires sont chantées
Par les versets des Védas
Et que glorifient les chantres du
Sama(un des Védas),
Lui dont les Upanishads proclament les gloires
Dans un cœur retentissant,
Que voient les yogis absorbés

Dans une parfaite méditation,
Et dont les hordes de dieux et de démons
Ne saisissent pas l'envergure,
À lui, Dieu suprême, Krishna, toutes salutations.
Nous te saluons!
Nous te saluons!
Nous te saluons!
 


 

Adi Sankara with SunEt juste avant de mourir, il chantonna un hymne dont voici les dernières lignes: «Sots que vous êtes, adorez simplement Govinda, adorez Govinda, adorez Govinda. Vos connaissances grammaticales et vos jeux de mots ne vous seront d'aucun secours à la mort.» Il faut préciser que Sankara était un acarya, un des piliers de la transmission du savoir védique, c'est-à-dire maître et fondateur d'une succession de maîtres et disciples*. On lui attribut, à tort selon moi, le mérite d'avoir chassé le bouddhisme de l'Inde. (Dans un essai, j'ai montré que c'était son adversaire, Kumarila Bhatta qui a réussi ce tour de force, en rétablissant la suprématie des Védas. Sankara a continué dans cette veine. Il est en outre réputé pour son interprétation du Védanta et d'avoir pris l'Ordre du renoncement, le sannyase, au début de son adolescence. Il n'a jamais eu de relation sexuelle (ce qui était fréquent en son temps.) Sankara fait partie d'une tradition religieuse qui nie la diversité spirituelle dans laquelle existerait un Dieu en personne. Dans cette tradition, le brahman, la Lumière divine, est la réalité ultime, Dieu. C'est la raison pour laquelle ses adversaires qualifient sa philosophie de "bouddhisme caché", une forme d'athéisme acceptable pour les religieux naïfs. En ce sens, son poème à l'adresse de Govinda, dénonçant la masturbation intellectuelle comme fin en soi, est significatif. On nomme les spiritualistes engagés sur cette voie des mayavadis (tout est maya, illusion; seul existe atman, l'âme, qui se confond, lorsqu'elle réussit à s'échapper des griffes de maya, avec le brahman. En d'autres mots, par cette fusion, l'être devient Dieu. Évidemment, cette doctrine, très répandue en Inde, et partout dans le monde, sous forme de soufisme par exemple, ne fait pas consensus; elle est plutôt rejetée par les croyants, surtout les vaishnavas (adorateurs de Vishnou), comme une hérésie. Pour les dévots de Vishnou, la lumière divine, le brahman, existe bel et bien, mais il est l'énergie brillante comme le soleil qui émane du corps de la personne suprême, Dieu. Exemple, voici un verset de la Isha Upanishad: «C'est par un masque d'or pur qu'est recouverte la face de la vérité. Ô Soleil nourricier, dévoile cette face pour moi, fais-la connaître à celui qui est fidèle à la loi de Vérité.» Personnellement, je préfère cette traduction: « Ô mon Seigneur, maintien de la vie, ta radiance m'éblouit et me cache ton vrai visage. Enlève, je t'en prie, ce voile de lumière, et révèle-toi à ton pur dévot.»
 

Mais depuis quand la vérité est-elle gagnante? Qui a envie d'une vérité qui fait mal à un mensonge qui réjouit, comme diraient chez moi les berbères? Pour cette déraison, Sankara a su apporter une solution au désastre philosophique et théologique qui ravageait l'Inde. Cependant, même les vaishnavas reconnaissent sa grandeur d'âme, sa personnalité extraordinaire, sa force intellectuelle et sa détermination à suivre ses devoirs ainsi que les codes du yogi.

* Il y a quatre successions discipliques, plus la sienne.
 

creation-monde-spirituel-inde.jpg
 

Je ne comprends pas non plus l'affirmation «Cependant, jamais les hindous n'ont déduit de ce principe l'existence d'un Dieu créateur du monde et de l'humanité.» Pourtant Krishna précise clairement dans le dixième chapitre que "De tous les mondes, spirituels et matériels, je suis la source, de Moi tout émane". Encore vous aurait-il fallu définir sur ce point la position de Krishna. Il apparaît par vos commentaires que chez les hindous « C'est le divin -non une divinité- qui est la force créatrice, la matrice du cosmos. » C'est de l'Aristotélisme, ça, ou une présentation impersonnelle des Upanishads. Rien à voir avec la Bhagavad-gita. Il s'agit, en premier lieu, de reconnaître que, d'après la perspective de la Bhagavad-gita, Krishna est l'Être et le Dieu originel et personnel, ce que nous confirme Arjuna par les expressionspurusam sasvatam et adi devam (la personne originelle et le premier des dieux). Je ne voudrais pas m'étendre sur ce sujet mais il est primordial d'admettre que la relation entre Arjuna et Krishna est personnelle, que Krishna est Dieu et que leur individualité est éternelle. "Jamais, lui dit-il, ne fut le temps où nous n’existions, moi, toi et tous ces rois; et jamais aucun de nous ne cessera d'être." Votre phrase déductive, « L'univers ( dans la tradition indienne ) n'a pas été créé; par conséquent, là où il n'y a pas de seigneur et maître, il ne peut y avoir commandement ni désobéissance » est donc à reconsidérer.

Puskar inde création

À Puskar, il y a le seul temple où Brahma, le créateur de l'univers (et non du monde) est adoré.
Ceci est raconté dans les Puranas. Ici, le monde a été créé, et c'est Brahma, une personne,
"une divinité" pour reprendre votre vocable, qui s'en est chargé.


 

Il est vrai cependant que vous faites exception du cas de Krishna, ce qui n'est pas évident dans votre présentation. Soyons précis, son enseignement a toujours plus ou moins existé et il réitère cette vérité à Arjuna sur la bataille de Kurukshetra: "J'ai donné cette science impérissable, la science du yoga, à Vivasvan, le deva du soleil, et Vivasvan l'enseigna à Manu, le père de l'humanité. Et Manu l'enseigna à Iksvaku. Savoir suprême, transmis de maître à disciple, voilà comment les saints rois l'ont reçu et réalisé. Mais au fil du temps, la succession disciplique s'est rompue, et cette science, en son état de pureté, semble maintenant perdue". Vous avez donc raison quand vous affirmez que Krishna ne propose rien d'autre que ce qu'on connaissait déjà; il n'a rien à inventer, tout est déjà dit. Ce qui porte à confusion c'est votre manière de retrancher si catégoriquement la culture védique de l'enseignement de la Gita. Puisque pour vous, je cite: « Le sannyasin n'est pas un rédempteur: il ne veut pas sauver le monde. Il sait que le monde est condamné d'avance...» Pourtant, il y a une pléthore de sannyasses rédempteurs notoires: les Alvars, dont la tradition a engendré le fameux Ordre de Ramanuja, ce dernier étant lui-même un sannyasse qui initiait des individus de très basse extraction. Il ne faut pas omettre bien sûr Vyasa qui a offert au monde non brahmanique une littérature prodigieuse, et par surcroît supérieure; Narada qui, sans repos, sannyasse par excellence, prêchait les gloires de Narayana; Madva, Visnuswami, Chaitanya, et tant d'autres. Tous ont voulu délivrer le monde Vous n'êtes pas sans savoir que, selon cette théologie, un sannyasse, ou le guru, lorsqu'il prend des disciples, les délivre de leur lourd karma en absorbant leurs péchés. C'est le principe même de l'initiation. N'est-ce pas ce que vous appelez de la rédemption?

Hampi, inde, véda,

L'Inde n'a pratiquement pas connu l'intolérance religieuse (ce qui a bien changé ces dernières années). Elle a accueilli à bras ouverts juifs, chrétiens, zoroastriens, etc., quand ils furent persécutés dans leurs pays. Par conséquent, différents courants de pensée se sont côtoyés et se côtoient encore. L'impersonnalisme (Dieu n'est pas une personne mais une http://krishnasmercy.files.wordpress.com/2010/01/bccw3qwkkgrhqyhdieq0k1gfkbkywfslpmg_3.jpgforce) et le personnalisme (Dieu est un être vivant, une personne) sont deux fortes tendances qui se sont toujours confrontés, philosophiquement. Malencontreusement, même lorsque vous parlez de Krishna ou de la Bhagavad-gita, vous vous referez aux vues de Shankara, à l'impersonnalisme, à l'inconditionné: «La doctrine de Krishna est celle de l'action/non-action.» La doctrine de Krishna est celle de la bhakti, M. Paz, de la dévotion, de l'amour. Le neuvième chapitre, entre autres, n'enseigne que ça.

Pour expliquer « qu'est-ce qui fait tourner la roue des réincarnations?», vous vous servez d'un texte bouddhiste, dont l'enseignement est aux antipodes des Védas, et, sans crier gare, vous enchaînez sur le concept hindou: «La libération ne signifie pas le salut au sens chrétien du terme. Il n'y a pas d'âme ou de personne à sauver: le libéré se délivre de l'illusion du moi ; son être est l’Être. » À la lumière du verset cité plus haut (Jamais ne fut le temps où nous existions, Moi, toi et tous ces rois; et jamais aucun de nous ne cessera d'être), il est clair que vous exposez une opinion fausse et fâcheuse pour la tradition vaishnave, la tradition théiste. Par une explication biaisée vous mettez le jaïnisme, le bouddhisme et l'hindouisme dans le même sac. Plus loin vous continuez ainsi: «Le libéré s'affranchit de l'existence dans le flux temporel et pénètre dans l'inconditionné. [...] La différence avec l'idéal chrétien est radicale : le salut, pour le chrétien, se confond avec l'entrée au royaume des cieux. Un royaume est une entité collective, et le ciel une société parfaite peuplée de bienheureux et de saints. Tout le contraire de la libération solitaire en Inde. » Ici vous m'étonnez franchement. Déception totale.
 

oiseau ciel
 

Peut-être Paz ne savait-il pas que pour les chrétiens, à l'origine, comme pour les juifs et les musulmans, l'âme est une notion païenne qui ne prendra sa place dans le monothéisme qu'avec l’influence grecque. C'est le corps, selon l’orthodoxie, qui ressuscite, non une âme.
 

tombe ange mort réincarnation
 

Dans le monde entier, Monsieur Paz, il n'y a pas d'exemples comparables aux descriptions du monde spirituel des textes hindous! Ils excellent en la matière. Que de magnifiques illustrations de cours d'eau, forêts, plantes, hermitages, femmes, hommes et animaux! La variété infinie des âmes, leur dévotion pour un Dieu suprême, qu'on désigne sous de millions de Noms comme Rama, Govinda, Krishna ou Keshava, les activités, les émotions, les couleurs, et tant d'autres aspects de cette réalité sublime figurent avec force détails dans le Bhagavat-Purana par exemple. Ce maître-livre de Vyasa, l'auteur du Vedanta, est également considéré par les vaishnaves (théistes), comme l'apothéose de la littérature spirituelle, et même védique.

 

Les milles Noms de Vishnou



 

Vous avez une bien piètre opinion des Puranas alors qu'ils représentent une manne inestimable de connaissances et de révélations. Encore faut-il savoir en profiter. À aucun moment, monsieur Paz, Krishna n'encourage à fusionner dans le brahman pour perdre son individualité. Au contraire, Il nous incite aux actes de dévotions, intrinsèques à son royaume. M. Esnoul, dans son livre Ramanuja et la mystique vishnouite fait la remarque suivante : « L'une des caractéristiques des milieux bhakta est le sentiment de la collectivité religieuse. Les textes classiques et plus encore les textes épiques, font une place considérable au renonçant.» Chez les bhakta le comportement se révèle diffèrent : on reconnaît comme l'un des moyens de sanctification, et non des moindres, la fréquentation d'autres dévots avec lesquels on chantera en commun et on louera sans cesse la divinité.

 

Caitanya-krishna-amour-dieu.jpg

Étrange également cette affirmation: «Aucun des grands textes indiens qui abordent la question ne mentionnent les autres: la majorité des humains. C'est un trait qui sépare nettement l'hindouisme du christianisme. [...] L'idée d'une société juste n'apparaît pas dans la tradition philosophique hindoue.»

 

Là, on pose le livre, on enlève ses lunettes et l'on réfléchit à cette allégation pour le moins bizarre. De quoi parle-t-il? Octavio Paz n'est pas un écrivain mineur, ni un touriste épris de la beauté et de l'énergie spirituelle qui auréolent l'Inde; ce faisant, il aurait décidé d'écrire un livre sur le pays. En cours de rédaction, il se serait rendu compte de l'injustice fondamentale qui y règne. Non, Paz était l'ambassadeur du Mexique! Il y a vécu six ans et, en outre, michel onfray bénarès bûcheril disait de la Bhagavad-gita que c'était pour lui un livre de prédilection. Pourquoi, alors, écrit-il une chose pareille: que « L'idée d'une société juste n'apparaît pas dans la tradition philosophique hindoue»? Qu'un Michel Onfray décide de découvrir l'Inde en se rendant deux semaines à Bénarès et qu'il ponde un livre avec tous les préjugés et les clichés qui en sont la conséquence, on peut bien le comprendre et lui pardonner, même s'il est philosophe, après tout ceux-là affirment tout et leur contraire au fur et à mesure que leur ego s'ouvre ou se referme sur les réalités autres que le monde qui pend à leur nez; mais pour Paz, alors là, son jugement me laisse perplexe!

 Liens en relation : Le marquis de Sade et Léon-la-terreur  (Le point de vue d'Octavio Paz)
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Les Upanishads Majeures et les Aryas
Akbar, la religion et la culture
Art martial en Inde
La descente du Gange

Mircéa Éliade

 

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racbouni 02/05/2012 19:35

Si j'ai traduit beaucoup de poèmes d'Octavio Paz, je ne connais en revanche que très peu l'Octavio Paz essayiste, n'ayant parcouru que quelques uns de ses ouvrages, et, malheureusement, pas celui
dont vous faites ici l'étude critique !

Joli et conséquent travail d'analyse, mais l'honnêteté intellectuelle me commande de ne pas me prononcer, car je ne suis absolument pas un spécialiste de l'Inde ! Bonne continuation quoiqu'il en
soit !