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Publié par Laziz

Lettre à des intellectuels à propos de l'âme

Mon point de vue artistique: l'äme prise dans les rets de l'existenceBonjour, j'ai écouté avec intérêt, sur le Web*, la discussion portant sur la “Mort et naissance de l'essai littéraire” et j'aimerais y ajouter mon grain de sel. Parmi les intervenants, certains ont déploré l'absence de la notion d’âme dans la réflexion philosophique comme une des possibles causes à cette léthargie qui frappe l'essai littéraire au Québec. Mais les spéculations entendues m'ont laissé sceptique. Ils parlaient de l'âme comme s'il y avait consensus, citant un illustre scientifique, Einstein, qui reconnaissait tacitement sa réalité**, c'est-à-dire une substance spirituelle -éternelle et immortelle, disons- qui serait le moteur de l’inspiration littéraire. Or, durant la causerie, ce qu'ils entendaient par ce vocable n'a pas était exprimé, tout en affirmant qu'il en était mieux ainsi, que le tâtonnement nébuleux est le propre de l'essai!? Il y aurait la science de l'écriture songé d'un côté, représenté par l'Université, et de l'autre le lyrisme littéraire de la pensée inconditionnée. Cependant, s'il y a un sujet particulièrement confus parmi les idées depuis toujours, c'est bien la définition de l'âme. En outre, parmi les poètes et les écrivains, entre autres, pour ne pas mentionner religieux et psychologues, ce concept est utilisé à toutes les sauces avec une témérité gratuite. Pour ma part, je pense que si l'on veut stimuler l'essai littéraire, il est préférable d'éviter de parler de ce que l'on n'a pas étudié un tant soit peu sérieusement. Je m'exprime peut être maladroitement, et vous m'en excuserez, mais l'âme est devenue un tel phénomène d’ambiguïté et de confusion aux quatre coins de l'horizon que si l'on ne procède pas à sa genèse, si l'on n'explique pas exactement ce dont il s’agit avant d'employer en toute légitimité ce mot, les gens aptes à suivre de tels débats intellectuels, ne les prendront pas au sérieux, mais plutôt pour de la prose à ranger entre les rayons Poésie du libraire et celui du New-Age. Et ce serait regrettable, car votre démarche, consistant à renverser la vapeur au profit de l'essai littéraire, est fort louable et mérite qu'on lui porte attention.

 

Notez bien que je ne me rebiffe pas contre le fait de parler de l’âme, c’est une transcendance à laquelle je crois et d’une profondeur ontologique incommensurable, à mon sens. Je m’objecte surtout contre l’ignorance délibérément cultivée quant à l’histoire de son évolution conceptuelle, de ses développements créatifs par les divers peuples de la planète depuis son origine, histoire repérable et saisie dans les anciens textes sacrés et mythologiques. J’estime, pour le peu que l'on veuille se donner la peine, qu’une telle connaissance est tout à fait envisageable, accessible et indispensable à la société. Il est cependant décevant de constater avec quelle légèreté on devise sur elle à bon compte, cette négligence entendue, assimilée à un mystère mahabharata Krisna Arjunainsaisissable et déterminant pour la pensée. À mon avis, pour le dire sans équivoque, l’hypothèse de l'âme représente la prémisse d’une science qui peut s’exprimer merveilleusement à travers la littérature. J’en veux pour preuve le plus grand des poèmes jamais écrit sur le sens de la vie et de ses contingences, sur l’âme et sur Dieu -le Mahabharata. Malheureusement, un tel chef-d’œuvre et l’étude de sa création demeurent obstinément méconnus et systématiquement dépréciés par la classe éduquée, les intellectuels et les artistes de tous bords. Je pense que pour revitaliser l’essai, il faut sortir du paradigme de la raison à la Descartes ou de la conception de l’âme à l’Aristote -alors même que le philosophe grec était athée, ironiquement. Vous n’êtes pas sans savoir que ce matérialiste endurci ne croyait pas à un au-delà spirituel animé par des âmes éternelles. Pourtant, sa définition fonde la majeure partie de la culture mondiale sur la question. Et c’est donc la confusion totale, un pot-pourri d’inventions, de croyances et d’imagination. De ce point de vue, je crois que l’essai littéraire y gagnerait à explorer ce vaste domaine de l'écriture tout à fait vierge, fertile en connaissances, quasi tabou, que constitue le vaste corpus de la littérature védique, comme les Puranas, et les meilleurs essayistes, les plus dynamiques et les plus audacieux, seront ceux qui traiteront de ce changement de paradigme sans se soucier du politically correct pour aller au fond des choses et ne rien négliger.

 

*Le lien pour cette causerie avec Jean-François Bourgeault, Frédérique Bernier, Étienne Beaulieu, Guillaume Asselin et Gilles, réunis pour une table de discussions soulignant la parution du # 25 des cahiers littéraires Contre-jour, « Mort et naissance de l'essai littéraire » : http://radiospirale.org/capsule/mort-et-naissance-de-lessai-litteraire

 

** Einstein est cité, mettant en doute la rationalité de l’objectivité radicale, opposée à la subjectivité, rapport avec l’âme, en l’occurrence.

 

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« Ce que je ne sais pas ne m'irrite pas. »

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