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Publié par Laziz

Livre_ Philosopher_avec Malek ChebelSelon l'ouvrage, M. Chebel est considéré comme un grand penseur contemporain. Et il est Algérien en sus ! C'est rare. Mais alors que ne faut-il pas lire sous sa plume!

Dans un épais volume sur la pensée philosophique, on l'a choisi pour écrire un chapitre sur ... la religion.

Il est vrai que les Algériens s’y connaissent en religion. Seulement, voilà... Bref, j'ai décidé de le lire. Il commence et nomme son premier texte Cadre général et définition. De la religion s'entend. Car le chapitre s’intitule: La religion

Qu’est ce que la religion et quels sont les peuples qui la pratiquent; ce penseur va nous l'apprendre.

Normalement, ce n'est pas compliqué. Mais vous n'allez pas me croire... Si vous êtes comme moi et que vous avez un peu de jugeote, vous allez vous gratter la tête à lire son développement.

Avant de continuer néanmoins, il faut que je revois son texte, sûrement que j'ai sauté une ou deux pages sans m'en rendre compte tant cela me semble surréaliste. Je vous reviens...

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Et bien non, je suis repassé en diagonale à travers toutes les pages et je me suis même pincé pour vérifier que je n’étais pas dans la lune.  Absolument aucune mention de l’Inde, même pas le nom. Notre philosophe commence ainsi : « La religion peut être définie de plusieurs manières, sans qu’aucune définition exclue totalement l’autre, ou la recouvre. »

À part le « totalement » qui me chicotte, je trouvais ce départ ouvert d’esprit, une qualification désirable pour parler objectivement des religions, de toutes, du moins les plus connues à travers le monde. Il précise cependant dans le même souffle: « Tout dépend du but recherché… »


temple hindou à MontréalChez Malek Chebel, le but recherché me paraît clair maintenant : ne parler ni des Védas, ni des Upanishads, ni de Vishnou, ni de Shiva, ni du Mahabharata, ni de Krishna, ni de la Bhagavad-gita, bref d’ignorer la religion de plus d’un milliard d’adeptes à travers le monde.

 

Toujours à la même page, 906, il se demande à haute voix si on peut encore « appeler religion les dispositifs chamaniques ou maraboutiques »? C’est une difficulté, reconnait-il, sans pour autant jeter la pierre à ces « dispositifs ».

« Maraboutique », c’est joli je trouve, comme sonorité. Passons  à la page suivante.

Je dois vous avouer que ses spéculations sur la religion ne m’intéressent pas le moindre du monde. Je tente simplement de comprendre pourquoi on en parle dans ce livre réservé à la pensée philosophique. Mais ce que je voulais savoir avant tout, c’est sa façon d’aborder les religions de l’Inde, ce qu'il, nous l’avons vu, ne fera pas. Il écrit cependant, au sujet de la religion en général : « Certaines sont qualifiées d’antiques, primitives ou païennes, d’autres sont polythéistes, animistes ou totémiques. Les religions du monde méditerranéen, appelées "religions du salut" …»

tribu adorant les dieux

Ça c’est de l’info, n’est ce pas !? C’est quelque chose que le « salut »! En tout cas, ça fait plus civilisé, plus moderne et adapté à l’évolution des mœurs, car avec Darwin, Levi Strauss et compagnie, nous étions tous des hommes des cavernes avant que débute l’histoire… Alors, le salut, c'est mieux comme concept que l'enfer.

Puis viennent des explications sur le « monothéisme et ses trois branches : juive, chrétienne et musulmane. » Des fois qu’il y aurait des philosophes en herbe qui ne le sauraient pas…Puis, trois lignes sur le « Zoroastrisme, aujourd’hui disparu ou survivant ». Il n’explique pas la raison de cette disparition...

Musulmans détruisant des vestiges et d'anciennes oeuvres d'art

En bas de la page, il cite Émile Durkheim et paraphrase Benvéniste.

Plus loin, encore : « En quelques lignes, nous avons pratiquement abordé tous les écueils liés à la définition d’une religion ». Il ne dit rien sur l’Inde mais quand il parle des fausses religions et des faux prophètes, il use du vocable « gourous »…

Bref, je passe à la suivante, 909. Là, il se demande à nouveau si la scientologie, les Témoins de Jéhovah ou le Hezbollah peuvent être considérés comme des branches appauvries du tronc monothéiste.

Je tourne les pages et j’arrive à un paragraphe dans lequel il écrit que « Bergson regrette que la religion ait donné de l’humanité à ses débuts un "spectacle humiliant". » Évidemment, les Hindous ne sont pas concernés de près ou de loin puisqu’il n’en soufflera mot; il faut croire qu’ils sont entrés trop tard dans l’histoire... Cependant, le grand livre des Hindous, le Mahabharata, nous fournit une plus belle vision de ce qu’était pour eux le début de l’humanité.

L'évolution et comment différentes civilisations ont perçu leur origine et leur passé..

(Dans les Védas, par exemple, les plus vieux livres de l’humanité ou dans le Ramayana et autres littératures védiques, il y est signalé que des embarcations voyageaient très loin sur les mers et cela pendant de longs mois.)

Mais, ô surprise, voici un peu d’ésotérisme : C’est au sujet du « Grand Tout, d’un Ordonnateur général ». Chebel nous invite à poser la question au « prêtre, au saint bouddhiste (je souligne) ou à l’imam ». C’est une maigre consolation, sachant que le bouddhisme est indien et athée.

Arrivé à la page 914, on comprend qu'il chérit une thèse singulière: celle d’un Dieu qui évoluerait comme l’homme a évolué et continue de le faire: « Par ailleurs, écrit-il, pourquoi se refuser à l’idée que Dieu lui-même, instigateur et inspirateur de la religion des hommes qui le révèrent, puisse à son tour évoluer ? » Même Darwin n'y avait pas pensé !?

.chat-dieu

.Je vous passe les détails, sauf ce scénario pervers et égoïste comme on en lit encore chez les bigots de type évangéliste ou Témoin de Jéhovah. Il écrit : « …un cycle évolutif mène l’homme des origines obscures du paganisme jusqu’aux hauteurs théistes, -le monothéisme étant considéré jusqu’à nos jours comme la forme la plus accomplie des religions- puis de là à un œcuménisme qui transcenderait les dogmes, les cultures et les civilisations. » C’est ce que l’on appelle rêver éveillé. Mais je propose à Chebel de faire un calcul du nombre effarant de morts qu’a produit le monothéisme, la plus accomplie des religions, depuis son existence jusqu’à nos jours… la mâchoire lui en tomberait.

.

« Pas sûr », m’a susurré mon diable à l’oreille. On ne réveille pas quelqu’un qui dort de son sommeil dogmatique. Je fais ici une parenthèse, suite à un bref échange sur Facebook dans lequel je critique cette détermination à occulter les faits. Cela en dit long sur la psychologie humaine. C’était à propos d’un livre de Sylvia Chiffoleau qui raconte l’histoire du pélerinage à la Mecque. Voici comment on présentait la chose :

Sylvia Chiffoleau et le voyage à la Mecque« L’Europe s’en est longtemps désintéressée. Le pèlerinage à La Mecque constitue pourtant l’un des cinq piliers de l’islam et il accueille aujourd’hui trois millions de fidèles chaque année, soit le plus grand rassemblement humain au monde. Dans ce solide travail, Sylvia Chiffoleau raconte l’évolution de cette expédition qui marque la vie du croyant. Après avoir tourné autour de la Kaaba, couru … »
 

J’ai donc ajouté mon grain de sel et écrit : « L'un des piliers de l'islam, soit ! Un pilier est fixé sur un socle. Et quel était ce socle ? En creusant un peu on trouvera un lac de sang... Ne dirait-on pas alors que l'Europe et l’Occident sont fascinés par le sang ? » Et j’ai ajouté une planche d’une BD qui illustre Ulysse se rendant aux enfers pour soulager les êtres chers qu’il a connus sur Terre. Pour apaiser le mal-être qui taraude ces ombres spirituelles confinées en un lieu sordide, boire du sang est l’offrande dont elles sont assoiffées; seulement ainsi trouveront-elles un peu de réconfort.

Ulysse, le goût du sang et les musulmans

Une intervenante fâchée m’a répondu : « Non, vous vous trompez. Je dirai même plus, que vous faite un amalgame, voire injectez votre haine avec ce propos. Les gens qui se réunissent à La Mecque sont de toutes nations et couleurs, seule leur foi les réunit pour demander la bienveillance divine dans ce bas monde. Rien à voir avec le terrorisme des psychopathes qui eux ont instrumentalisé une religion. Je suis allée à la Mecque, je suis française, mes amis sont tous différents et uniques, nous nous respectons et nous nous aimons ; je suis contre toute forme de violence et d'injustice. Vous oseriez m'identifier aux images que vous diffusez parce que je suis aussi musulmane ? Il ne faut pas. Parce que ce n'est pas vrai. Si vous persistez, vous devenez un des produits du terrorisme qui ne consiste pas seulement à terroriser par des actes criminels et abominables mais aussi à monter les uns contre les autres, à semer la zizanie entre tout le monde et à arriver à ce que les gens ne fassent plus la part des choses pour ne voir le monde que de façon bipolaire ... »

Je ne suis pas charlie maroudiji

À sa manière d’écrire, je devine qu’elle est éduquée. Elle peut même avoir fait des études d’histoire et de philosophie mais cela n’empêche pas l’ignorance de l’affecter, tout comme pour  Malek Chebel. Je lui ai répondu sans ménagement : « Vous faites délibérément abstraction de l'histoire antérieure à l'arrivée des musulmans en ce lieu, et qui ont tout saccagé. En effet, auparavant toutes les religions du monde se réunissaient en ce haut lieu saint et les spiritualistes se respectaient, comme cela se passait en Inde, et comme cela se passe si vraiment sa religion en est une d’amour... Mais avec l'arrivée des musulmans, c'est l'intolérance et le mépris pour les Anciens qui dorénavant s'installeront en ce lieu de pèlerinage millénaire. Quiconque veut se donner moindrement la peine d'étudier l'histoire constatera cette vérité. Vous êtes musulmane, c'est bien, lui ai-je écrit, vous allez à la Mecque, tant mieux si vous y trouvez votre compte, notamment la paix et l'amour du prochain, mais assumez le passé historique de l'islam si vous voulez vraiment en être digne au lieu de traiter ceux qui vous reprennent de "haineux"... La Pierre, la Kaaba, vénérée par les pèlerins comme un objet sacré, est tout ce qui reste, tout ce qui a été sauvée de cette destruction radicale. »


La pierre sacrée adorée par les musulmans à la Mecque, la kaaba
Lien en relation :

Ah, j’oubliai de relever un point important, car il constitue le nerf de ma critique. C’est qu’à la page 914, là où il commet encore un chouia d’ésotérisme, il fait timidement référence à l’Inde, en toute discrétion, mais en évitant de la citer. En effet, sans aucune préparation, comme sorti de nulle part et saugrenu dans ses explications et ses comparaisons, le voilà qui décide de nous faire part de l’existence du mont Meru, en Inde. Cette montagne mythique est connue également des Hindous par cet autre nom, Kailash. Il écrit alors, tel un connaisseur : « On a constaté que plus une religion est complexe, plus la foi de ses adeptes est spéculative. Il n’en est rien concernant la divinité qui, elle, isolée là haut sur la Montagne cosmique*  (Meru) ou dans son Éther, passe pour n’avoir pas changé de nature depuis son auto conception. » (C’est moi qui souligne)
 

Le mont Kailash et ses mystères sous forme d'art

En clair, notre anthropologue et psychanalyste se plaint que le Dieu des Hindous n’a pas évolué comme celui des juifs. « Si la foi, écrit-il, est liée aux contenus de pensée proposés par la religion, il est notoire de préciser qu’un principe évolutionniste intervient pour clarifier ce paradoxe et donner aux contenus de la croyance la possibilité de s’adapter aux mutations collectives : ainsi, on a constaté que plus une religion est complexe, plus la foi de ses adeptes est spéculative. » Son raisonnement le pousse à déduire en conséquence que le premier, le Dieu des Hindous, est resté primitif et archaïque, et que le second, le Dieu des juifs, est plus adapté aux théories modernes de l’évolution et de la modernité. En d’autres mots, lorsque Moise s’est mis en colère, là-haut sur la montagne, déterminé à hacher menu comme chair à pâté les siens, restés à l’attendre en bas mais qui sont entre temps retournés à l’idolâtrie, ironie du sort Dieu n’est pas resté isolé… Comprenne qui pourra.

Par moments, j’ai l’impression qu’il le fait exprès. Page 915, il écrit : « Ouvrons le livre des religions du monde et voyons comme ce lien est appréhendé ailleurs, en Chine ancienne par exemple. » Mais pourquoi n’a-t-il pas choisi plutôt d’ouvrir un livre sur l’Inde au lieu de la Chine qui, elle, n’a jamais cru en Dieu ? Plus fin que Gribouille tu meurs! S’il ne le fait pas exprès, il devrait considérer l’oxygénation de son cortex cérébral qui montre des signes d’atrophie. Qu’il n’attende pas d’être vieux pour s’en rendre compte, à l’instar de Max Muller qui passa une bonne partie de sa vie à la dénigrer.

 

Max Muller sur la grandeur spirituelle de l'Inde

Et il en va de même pour Voltaire que pour Max Muller, ainsi que nous allons le voir. Il faut admettre que la vérité, d’autant plus qu’elle a une exposition historique, n’est pas cachée, invisible ou abstraite. Au contraire, tous peuvent la saisir proportionnellement à leur état intellectuel, selon notre sincérité, pour peu que l’on veuille bien s’en donner la peine et que l’on a l’humble volonté de la regarder en face, que l’on cesse de se mentir surtout. C’est un proverbe perse qui répondait à la question : « Quelle est la valeur des hommes –ce qu’ils cherchent. »

"Dieu, l’être suprême, est le Tout complet et absolu, et sa perfection étant totale, tout ce qui émane de lui, comme le monde phénoménal, constitue également une totalité complète en elle-même. Tout ce qui provient du Tout est un tout en soi, et parce que Dieu est absolu, il demeure le Tout complet bien que d'innombrables unités, complètes elles aussi, émanent de lui."      Isha Upanishad, verset 1

Le voltaire méconnu de Chebel

Pourtant Chebel cite Voltaire en connaisseur, semble-t-il, mais il n’a pas l’air de savoir qu’il avait, à son époque, parmi ses pairs, la plus grande bibliothèque constituée de livres hindous: « On connaît, écrit-il, l’anticléricalisme spontané de Voltaire, son opposition farouche à toute tartufferie religieuse. Pour lui, le dogme religieux est l’ennemi de l’homme, car il est compliqué et dangereux. Aussi, moins ces inventions humaines sont respectées, plus l’homme sera libre et se conduira convenablement. » Et c’est un psychanalyste qui nous sort ces inepties! Faut-il donc lui rappeler également les rivières et les lacs de sang que les athées, partout sur la planète, ont créé en massacrant femmes, enfants, vieillards et hommes !?! 

Vous remarquerez que j’ai souligné compliqué et dangereux. Saviez-vous qu’un dogme était compliqué et dangereux par définition ?

Citation de Voltaire sur la grandeur de l'Inde

Pour en lire davantage sur :

« Cinquième interrogation : valeur comparée des religions. » C’est le titre qu’il donne à une de ses réflexions. Et il commence ainsi : « La question de l’équivalence des religions se fonde sur une idée fausse dès le départ, ambigüe en tout cas. » C’est lui qui le dit, pas moi ! Même si je le répète à foison… Mais comment peut-il s’interroger sincèrement sur la valeur comparée des religions s’il ne connaît pas l’Inde ou, du moins, s’il n’en parle pas? Comme on dit, il faut avoir visité deux marchés pour savoir lequel est le meilleur.

Cela ne l’empêche pas d’écrire comme quelqu’un qui a fait scrupuleusement le tour de la question : « Il faut préciser que la religion n’est pas un corps figé ou mort. » Ou encore : « Toutes les religions se valent donc sur le plan de la foi, même si les religions monothéistes dominent les autres… » Et : « Aujourd’hui, plus que la religion, il faudrait parler de spiritualité. » Cependant, il n’a pas écrit un seul un mot sur le yoga, l’ahimsa (la non-violence), le végétarisme ou notre rapport de paix avec les animaux sur lequel il faut nous pencher sérieusement, l’âme éternelle telle que décrite dans la Bhagavad-gita, etc. Ne sont-ils pas des sujets de réflexion spirituelle dignes de combler le gouffre d’ignorance qui affecte nos civilisations occidentales en ce domaine ?

Quand Malek Chebel philosophe sur la religion
Quand Malek Chebel philosophe sur la religion

Malek Chebel sur sa passion pour l'Islam

Un amour, faut croire, qui le rend aveugle à la grandeur spirituelle de Dieu qu'il prend, en fait, pour une création des hommes.

Ou lire encore, en relation, ci-desous, ma critique du livre d'Ali Benmakhlouf.

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