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Le blog de Maroudiji

Les grands enjeux de société et les idées qui en font la trame, avec humour, passion et gravité.

Philosophie et critique

Le rire est humain, selon Bergson. Citation
Penseurs libres en mode abstrait. Art
Titre éventuel: Penseurs libres en mode abstrait.

À lire les écrivains, ceux qui font de la philosophie, de l'éthique ou de l'histoire, on se rend compte à quel point ils sont sous l'emprise de la pensée unique, du monisme, de l'idéologie et qu'il est difficile de penser par soi-même.

En relation: Libres penseurs et le nucléaire

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Les philosophes et la pollution...

Si philosophes et intellectuels s'étaient révoltés en masse, il y a 30 ans, il y a 20 ans, contre cette folle ruée de nos ressources et dont le pillage et la pollution ne nécessitaient pas de boule de cristal pour s'en alarmer, on leur tirerait notre chapeau aujourd'hui. C'était à ce moment-là qu'il faillait garder le diable dehors au lieu de faire des pieds et des mains maintenant pour le sortir! Toute cette énergie pour arriver à cette fin nous laisse sceptique quant aux intentions profondes de ces nouveaux lanceurs d'alerte...

Les philosophes et la pollution..

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Au philosophe fier de son ignorance

Je vais donc résumer la Bhagavad-gita pour que le philosophe sache de quoi il en retourne, mais résumer sur mesure, pour lui et ceux qui lui ressemblent puisqu’ils sont légions à jurer que la philosophie est née en Grèce, tout comme la démocratie ou la science.

Je le ferai de manière concise car ils n’ont pas de temps à consacrer à ce chef-d’œuvre de la littérature dont ils ne savent rien.

On va donc redoubler d’effort pour ne pas les fatiguer puisqu’ils ont une conception de la philosophie bien grecque, c’est dire chauvine, comme l’était ce peuple aux conceptions humaines et sociétales totalitaires et dont l’Occident et les thuriféraires n’ont cesse de reproduire les schèmes.

Ils sont si fiers de cette filiation qu’ils déclament aussitôt que l’occasion s’en présente leur amour inconditionnel et aveugle pour cette culture. Ils considèrent sa position unique et supérieure à toutes les autres. Par conséquent, les philosophes grecs occupent dans l’histoire de la pensée, pensée devenue philosophie quand elle a fait tabula rasa sur tout qui n’était pas rationnel, gagnant ainsi la première place sur le podium de l’intelligence débarrassée de ses scories, en gros débarrassée de Dieu.

Pour faire simple, à l’origine de la conscience il y a le singe, puis son cousin, né en Afrique, qui a quitté ce continent marchant sur ses deux pattes postérieures et devenant homme; il est arrivé en Grèce après maintes pérégrinations et tentatives de civilisation. C’est alors la fin de la préhistoire, achevée grâce aux génies des philosophes grecs. Voilà pour le préambule. Maintenant voici un aperçu de la philosophie que prône la Bhagavad-gita, mais avant je vous propose cette lecture :

Jean Grenier sur l'Inde, avec A. Camus

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Merleau-Ponty, un autre son de cloche

« Les doctrines mêmes qui paraissent rebelles aux concepts, si nous pouvions les saisir dans leur contexte historique et humain, nous y trouverions une variante des rapports de l’homme avec l’être qui nous éclairerait sur nous-mêmes (---). Les philosophies de l’Inde et de la Chine ont cherché, plutôt qu’à dominer l’existence, à être l’écho ou le résonateur de notre rapport avec l’être. La philosophie occidentale peut apprendre d’elle à retrouver le rapport avec l’être, l’option initiale dont elle est née, à mesurer les possibilités que nous nous sommes fermées en devenant des "occidentaux" et, peut-être, à les rouvrir.

Voilà pourquoi nous devrions faire paraître l’Orient au musée des philosophes célèbres, et pourquoi, ne pouvant lui donner toute la place qu’exigerait une étude détaillée, nous avons préféré aux généralités quelques échantillons un peu précis, où le lecteur discernera peut-être la secrète, la sourde contribution de l’Orient à la philosophie. »

Merleau-Ponty: Éloge à la philosophie

 

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Philosophie et croyance, indissociables?

La philosophie telle qu’on l’entend aujourd’hui n’est que la spécialisation d’une idée restreinte et isolée, quasi chauvine; elle n’est pas une tentative de saisir une ou des grandes vérités qui feraient la trame du monde. En général, elle n’est que dogmatismes s'appuyant sur des valeurs qui sont le plus souvent des croyances.

Quels sont donc ces philosophes dignes de considérations dont la philosophie soigne l’image? À ce point-ci, les discussions font rages. Parmi toutes ces imprécations enragées, il est rare d’entendre citer un philosophe, de faire référence à ses écrits, et, dans cette foire à l’empoigne, même une truie ne reconnaîtrait pas ses petits. Car les grands diseurs ne sont pas les grands faiseurs; ici, de la discussion ne jaillit pas la lumière mais de l’ignorance assumée, genre : je doute donc je suis, ou : je pense donc je suis, quand on ne préfère pas : il n’y a pas de vérités, chacun les siennes. Celle-ci encore pour sa risible hyperbole: I AM GOD!
 

Je suis Dieu. I Am God

En général, c'est du bla bla bla; un cran supérieur au charabia des forums ''Religion''. Souvent, on me fait comprendre, puisque je cite familièrement Nietzsche et l'Inde, que Schopenhauer est le philosophe de la connaissance. En quoi? ... Que ce soit sur le Web ou dans les salles de cours, c'est pareil: on passe à autre chose mine de rien au lieu de répondre. Tant que l'on peut tourner en rond en se lançant dans des envolées gutturales et cathartiques, c’est considéré philosophique. La philosophie tiendrait dans cet impressionnisme, significativement associée à une perte de vision. Voici un exemple de ce qui se dit pour justifier l’incohérence qui sévit en ce domaine, c’est une discussion : «J'aime la philosophie vivante et animée, les débats sans queue ni tête où chacun défend ses idées corps et âme mais où tout le monde sait qu'il ne détient aucune vérité. –Je suis néophyte en philosophie et je dirais à première vue comme toi; si la philosophie apporte plusieurs réponses différentes à une question (réponses valables dans leurs référentiels respectifs) finalement elle n'en apporte aucune de fondamentale; aucune de meilleure que les autres! Je comprends ce que tu veux dire; au fond, l'important c'est de s'être amusé de la réflexion; de s'être un instant échappé de l'ennui de la vie ...» Et ils sont très sérieux lorsqu’ils s’expriment ainsi sur les forums de philosophie.

Cette fascination pour les raisonnements circulaires qui aboutissent à se crêper le chignon, ou, au mieux, ce qui est rare, à définir les mots que l’on emploie, sans pour autant arriver à une conclusion qui donnerait l’entrain d’aller de l’avant, est irrecevable. Mais, non, on préfère mieux faire de la philosophie un art, comme celui de la poésie, employant des mots aux sens ambivalents à souhait, vidés de leur substance, et, ainsi, impressionner la cantonade du même moule qui ne demande pas mieux que d’être confortée dans ses illusions.

18 Août 2011

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Il n’y a rien avant le Big bang*

« Dieu est mort. » Car avant, disait Nietzsche, avant Platon, les Grecs avaient su intégrer Dieu à la vie elle-même ; tout était Dieu. Le soleil était Dieu, l’eau était Dieu, l’espace, le vide, l’énergie, la force, l’esprit, l’amour, l’illusion, tout l’était. Mais Platon a signé l’arrêt de mort du Démiurge et de ses associés pour ne garder qu’un Idéal fantasmé, impersonnel et effectif. Depuis, le philosophe revêt un habit particulier, celui du bourreau qui assassine les dieux. Il est devenu un tueur professionnel accrédité par ses pairs qui n’en peuvent plus de se faire rouler dans la farine par les religieux intolérants et avides de pouvoir. La preuve ? Depuis Platon il n’y en a plus de nouveau, les dieux se sont fait discrets, jusqu’à l’imperceptibilité totale ; jusqu’à l’absence de naissance et de manifestation divine et personnelle. Le vent ayant tourné en leur faveur, les fossoyeurs s’enhardissent ; ils prennent l’esprit en otage et établissent la rationalité comme critère de la raison. La science prendra alors son envol. Marchant sur les traces de la philosophie, elle dépassera ses prétentions à trouver par elle-même les clés qui ouvrent les portes à la compréhension de la vie et de l’univers. Depuis, Dieu ne gouverne plus à travers les hommes qui s’imaginent avoir pris leur destin en main. Ils n’ont plus besoin de lui, ayant transcendé la nécessité divine.

Note en marge : Le problème épistémologique de Nietzsche, c’est qu’il associe Dieu à la déité des juifs. Il n’en existe pas d’autre, aussi déterminant, dans son mental épris de spéculations métaphysiques à la suite de Schopenhauer, même s’il joue passionnément des variations intellectuelles sur ce thème : son Dionysos se nichant dans le cœur de l’homme ou le Dieu de Zarathoustra par exemple qui, depuis belle lurette déjà, est un archaïsme mythologique plagié, procédé typique des cultures qu’il étudie, tels les hébreux, les Perses ou les Grecs ; sans parler de son goût artistique et auto-saboteur pour un dieu qui danse. Voire Shiva, Krishna ou quelque Apollon au son d'une lyre.

* Ils n’en savent rien, mais ce credo populaire a le vent dans les voiles.
 

Nietzsche et le dieu dansant : Shiva, Krishna, Apollon

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Apprendre à rêver avec Heiddeger

Quand la poésie sert d'exutoire à la foi

« Fonder en raison l'être de quelque chose,
c'est toujours penser sur la base
d'une présence qui se montre.
Rendre raison revient à décliner
la clarté de ce qui est.
Mais cela ne nous dit pourtant rien
quant au venir en présence. »

C'est-à-dire d’où vient cette présence. La citation est d'Édith Blanquet, extraite de son livre Apprendre à philosopher avec Heidegger. On comprend alors pourquoi Heidegger a recourt à la poésie.

Toujours dans le même livre : « C'est dans ce projet que Heidegger se tournera vers la poésie qui peut nous faire toucher quelque chose de cet ordre, qui peut nous faire éprouver la présence dans sa venue en présence. »

Je vous donne un exemple de poésie qui touche -façon de parler- au Divin.

"C’est seulement lorsque vous boirez à la rivière du silence que vous chanterez vraiment. Et quand vous aurez atteint le sommet de la montagne, vous commencerez enfin à monter. Et lorsque la terre réclamera vos membres, alors vous danserez vraiment".
Khalil Gibran, Le prophète, "Sur la mort".

Ou lire encore :

Lire les présocratiques

« Il est remarquable qu'Aristote parle, à propos de Milet, d'une "science humaine" par opposition à des "discours sur les dieux" : à Milet, la science est née. »

 

Rien que ça ! La science, à partir de ce moment, ne vient pas du ciel, des dieux, comme on avait l'habitude et qui faisait un peu de sens, non, là, la science surgit des profondeurs de l'Hadès, de la Terre ou de l'ignorance ; à partir de rien -du chaos, la science est apparue. Bingo !


Le problème avec ces gréciologues, c'est qu'ils écrivent et pensent comme on le faisait dans l'antiquité ; quand quelque chose advient dans leur ville, ils le prennent pour un événement exceptionnel et mondial ! Qu'un de leur concitoyen soit le plus fort de Sparte, et le voilà le plus fort du monde ! Le fameux nombrilisme qui octroie aux Grecs l'invention de la science, la philosophie, le raisonnement, la démocratie, et que sais-je encore ! Et l'on continue, aujourd'hui, malgré toutes les connaissances que nous avons accumulées sur le sujet, à enseigner dans les collèges et les universités ce genre d'inepties d'un autre âge.

 

Ici, Aristote, le champion de la classification, parlant des pythagoriciens : « Dans le vivant rationnel, il y a un côté le dieu , de l'autre l'homme et enfin les être comme Pythagore. » Il indiquait par là qu'il était un être intermédiaire entre les dieux et les hommes. Réalité mal définie mais si bien élaborée chez les hindous. À rappeler que les Grecs n'ont pas inventé les calculs, ni les chiffres, comme on l'insinua pendant longtemps sans gène. Ensuite on a dit que ce furent les Arabes, mais là, encore, c'est faux.

« Très vite dans l'antiquité, Héraclite est devenu une figure : celle du penseur profond mais incompréhensible, qui ne s'est exprimé qu'au travers de sentence sibyllines et oraculaires. Celle aussi, du contempteur des hommes, qu'il déclare incapables de comprendre la nature des choses et d’accéder à la moindre vérité sur la nature. » Je seconde ! comme disent les anglais.

 

Une page du livre
Quand on parle d'évolution et d'animaux, la théorie avant lettre.

 

 

Et toutes les Académies et religions du monde  ont suivi béatement cette origine de l'homme... L'argument que ces gens-là vous jettent de façon désinvolte à la figure -quand on leur montre du doigt que le roi est nu-, tient au fait que, depuis deux milles ans, la science a accepté cette vérité comme un axiome, par conséquent, il faut vivre avec... (et ne pas remettre en question ces préjugés).

 

Le passé, contrairement à ce que l'on nous rabat sur la modernité, est une source de richesse inépuisable, pour peu, assurément, que l'on puisse y avoir accès. Mais réfléchissons deux minutes, emprunt d'un esprit dubitatif, à ce qui est écrit ci-dessous.

 

 

La première question qui devrait nous venir à l'esprit en lisant ces quelques lignes sur l'âme, c'est que lorsqu'on tient un témoin, on est en bonne position pour comprendre ce que l'on cherche ; or, ici nous avons un témoin qui témoigne. Mais de quel fait, de quelle expérience ? Un témoignage sans objet perçu, vu ou entendu, qu'est-ce là, une blague ? C'est ça faire de la philosophie ? :-) « Il semble que ... » Imaginez un témoin, se présentant devant un jury et qui débuterait ainsi ses explications : « Je crois que... » ou « Je pense que... », croyez-vous vraiment qu'il passerait pour crédible aux yeux du juge ? Non, alors pourquoi les Français font de la philosophe de pouponnière ? Et personne ne trouve cela insensé ! Ensuite, ces mêmes gens déclament que la Grèce a inventé la philosophie ou qu'elle a fait progresser l'homme, lorsque celui-ci a enfin réalisé qu'il pouvait raisonner... Dingue !

 

Pour en lire plus, avec Jean-Pierre Vernant et Roger-Pol Droit :

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